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L’expression du métissage dans la littérature africaine (1) de Liss Kihindou

Classé dans : Non classé — 15 septembre, 2011 @ 10:00

PUBLICATION  L’expression du métissage dans la littérature africaine (1) de Liss Kihindou 

La critique littéraire s’affirme au Congo. Et cela vient une fois d’être prouvé par Liss Kihindou qui, après plusieurs critiques dans la presse et sur la Toile, vient de publier un ouvrage intéressant pour la relecture de quelques classiques francophones qui posent le problème du métissage sur fond d’une écriture « brûlée par les rayons des soleils des indépendances ».  Trois romans, L’Aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane, Le Lys de le Flamboyant d’Henri Lopes et Les Soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma sur lesquels se fonde une étude sur un sujet pertinent qui construit un pont entre trois livres et deux cultures, voilà la quintessence scientifique que nous propose Liss Kihindou. Le métissage dans la littérature, un thème révélateur dans le choc des cultures que nous révèle la littérature africaine d’après les indépendances. Rencontre du Blanc avec le Noir, rencontre des langues africaines avec le français sont étudiées sous l’angle culturel, ethnologique et linguistique ; une relecture de trois noms de la littérature africaine d’expression africaine. 

I.                    Métissage culturel 

Avec la rencontre de deux cultures dont la première (occidentale) domine la seconde (africaine), se réalise au niveau du continent « l’occidentalisation » dont parle Cheikh Hamidou Kane dans son ouvrage. Aussi Liss Kihindou nous rappelle ces propos d’un personnage de l’auteur : « L’école où je pousse nos enfants tuera en eux ce qu’aujourd’hui nous aimons et conservons avec soin, juste titre ». Aussi la métamorphose que subit l’Africain en contact de l’Occident est définie par le personnage de Samba Diallo qui se confronte à la loi de l’école occidentale. Il devient par la suite une sorte d’ « hybride culturel ». Et la situation de Samba Diallo fait écho à celle de Karim d’Ousmane Socé. Karim, une âme qui veut briser l’antagonisme qui existe entre modernité et tradition, antagonisme crée par le métissage culturel. À travers son étude, Liss Kihindou nous révèle que Samba Diallo et Karim nous « donnent » deux exemples de romans africains qui signifient le métissage culturel à travers leur voyage en ville, à la rencontre du milieu occidentalisé. 

II.                  La symbiose des populations blanche et noire 

Le roman le plus pertinent dans cette étude est Le Lys et le Flamboyant d’Henri Lopes car écrit par un métis qui met en scène quelques personnages métis. Et se révèle dans ce roman la difficulté de vivre son métissage. Comme le précise Liss Kihindou, « à cause du regard antipathique dont il est l’objet, le métis a du mal à concevoir son métissage comme un avantage ». En quête d’identité, le métis est souvent rejeté par les deux communautés (noire et blanche) dont il est issu malgré lui, d’où la création d’une autre communauté, celle des métis, souvent repliée sur elle-même. Une double identité se remarque chez les métis : il est Blanc pour les Noirs et Noir pour les Blancs. Devant ce rejet par les deux communautés, le métis se trouve confronté à un autre combat situé dans le choc de la communication langagière. Se crée alors un métissage communicationnel, d’où cette remarque de Liss Kihindou : « Le roman africain contemporain voit se développer une langue française où retentit la parole africain ». 

III.                Le métissage au niveau du langage 

La rencontre des cultures africaine et  française à travers l’école qui se fonde sur l’écriture comme un instrument du raconté. Avec l’école des Blancs, l’Africain passe de l’abstrait de l’oralité au contrait de l’écriture. Aussi, les langues africaines s’intègrent dans les textes écrits essentiellement en français. Et ce fait se développe dans la mesure où les écrivains africains se confrontent à moult difficultés pour traduire les réalités du terroir. Se pose le problème de la traduction des langues orales africaines en français de texte écrit. D’ailleurs Liss Kinhindou est plus explicite à ce sujet quand elle affirme que « la traduction est un exercice des plus délicats car il ne suffit pas de traduire le mot, il faut aussi pouvoir faire passer dans la langue de traduction l’esprit de la pansée, sa force, sa vitalité ». Ainsi, remarquons-nous l’intrusion des mots africains dans les textes des romans pris comme corpus d’analyse. Avec « l’oralisation » de l’écriture, comme on le constate dans Les Soleils des indépendances et Le Lys et le Flamboyant, se dégage dans ces textes l’affirmation du moi africain qui se retrouve à cheval entre l’oralité africaine et l’écrit français. On peut affirmer sans ambages que ce métissage langagier a donné naissance à des africanismes et néologismes qui caractérisent la littérature africaine d’expression française. 

Pour conclure 

 L’expression du métissage dans la littérature africaine, une analyse qui révèle la pertinence des langues africaines dans la littérature rendue en français. Et le métissage dont fait allusion Liss Kihindou est un phénomène de l’affirmation de la civilisation africaine longtemps négligée par l’Occident. Avec ces trois auteurs ayant vécu l’ère colonial et subi les soleils des indépendances, est née une écriture métissée qui s’est imposée au fil des jours dans la littérature dite francophone. Et le mérite de Liss Kihindou est d’avoir explicité cette richesse scripturale acceptée de nos jours dans la littérature de langue française, les dictionnaires modernes ayant reconnu certains africanismes, à l’instar de quelques particularités langagières d’autres pays francophones comme la Belgique et le Canada. Ce livre, un véritable document dans la recherche sur les littératures africaines.    

(1)             Liss Kihindou, L’expression du métissage dans la littérature africaine : Cheikh Hamidou Kane, Henri Lopes et Ahmadou Kourouma, L’Harmattan, coll. Ecrire l’Afrique, Paris, 2011, 92p. 11 euros.

Le nouveau roman de Noel KODIA-RAMATA sous le titre « Un Journaliste blanc sous le soleil de l’équateur »

Classé dans : Non classé — 4 septembre, 2011 @ 10:28

Enregistré dans : Non classé — 16 juin, 2011 @ 19:47

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D’emblée, la lecture du nouveau roman de NKR s’ouvre comme le souligne l’éditeur sur un reportage sur les Enfants de la rue en pleine contrée africaine traversée par l’équateur. Un feuilleton à rebondissement d’un journaliste blanc nommé Claude Alain appartenant à la RFI qui se trouve confronté à une tentative de coup d’état avorté. Durant son séjour, il découvre une autre version sociale du pays. Et aidé par une collègue journaliste, Galiana, l’homme finit par arracher une interview historique d’un chef de l’état dans son propre palais. Qui vient de s’extirper des mailles du danger et du pire aussi, tendus par l’indécrottable et assoiffé du pouvoir le capitaine Moléki Nzéla. Quelques jours avant les émeutes sanglantes en plein capitale Tournevilloise, nés de l’échec retentissant des Tigres Noirs Katamalaisiens face à l’éminente équipe de foot-ball Diables Rouges du Congo au stade de la Trinité. 

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Les différents axes principaux 

De fond en comble, le récit palpitant de l’auteur s’article autour deux axes principaux  à savoir: le style et la méthode.  Un immense champ romanesque parcellisé par les multiples sujets. Un savoureux ouvrage qui recèle à la fois l’essai, le roman et le théâtre. Cet étonnant composite aux myriades de sujets qui touchent toutes les sphères du continent africain en profonde ébullition et mutation perpétuelle. Un autre style de genre dans l’écriture des œuvres littéraires Congolaises longtemps claquemurée dans le développement politico-social retondant. En brassant dans son roman, les différentes formes d’écriture possible l’auteur a mis en avant une nouvelle approche pour relater la réalité historico-sociale africaine et celle dite politico-environnementale. Mais cette innovation réside amplement  dans l’insertion des séquences sportives et scènes théâtrales…qui viennent ponctuer et colorer ce vaste assemblage de l’écriture des ouvrages littéraires. 

Du personnage central à d’autres, l’auteur enchaine dans la variété et la diversité des thèmes qui ramènent au point nodal du livre centré sur le reportage qui vire à l’impondérable et à l’imprévisibilité. C’est ce changement des tableaux synoptiques qui fait la richesse de l’ouvrage et la beauté de son contenu sublimé au fil des pages par le journaliste lui-même, la Star Galiana, le  président Koudia Koubanza,  l’incontournable Papa Wemba alias La Boule-à-zéro, le vieux Mabika, Monsieur Olivier Boulanger, la Mam’ Pangoula, ses enfants….. et les comédiens divers qui dans leur dialogue véridique donne une dimension politique, morale, humaine et spirituelle. Des passages édifiants qui drainent le lecteur dans les bords singuliers de l’auteur….ses autels de vision, ses citadelles de conviction et ses antres de croyances. Qui expriment ce que l’écrivain pense de l’Afrique d’aujourd’hui et celle qui vient. C’est suivant ce champ circonscrit que NKR fait parler son cœur et interroge son esprit et interpelle surtout notre conscience pour que le « Plus jamais ça » soit une digue infranchissable de l’indignité envahissante qui gangrène notre chère mère africaine. 

Voilà la trame principale du roman politico-social et historico-sportif et environnemental de l’écrivain congolais qui résume ses titres notoires : essayiste, romancier, poète et critique littéraire. En somme dans ce nouveau roman NKR n’a fait que ressortir ces fonctions pour formuler une pensée à Jean Hélène, grand reporter de RFI mort en terre africaine. Un vibrant hommage à lui et au difficile métier de journalisme dans sa globalité.

 Un style d’un autre genre littéraire 

Avec cette nouvelle aventure romanesque NKR nous amène dans les contrées lointaines et imaginaires de son monde coloré Africain. Une pure fiction littéraire que l’auteur nous concocte au menu dans ce fabuleux voyage au cœur d’une nation Katamalaisie. Ayant pour capitale Tourneville jouxtant le Congo-Zaire et le Congo. En pleine Afrique centrale. Un pays inexistant, inventé par l’écrivain congolais dans ses férues rêveries pour expliquer le lancinant phénomène des Enfants de la rue qui touche l’Afrique noire. « Les enfants de la rue, un groupe des bambins constitué en majorité d’orphelins….et les enfants sorciers…»page16. Explicitement, en créant ce nom de pays, ce romancier de l’imaginaire a mis en exergue la fonction référentielle des toponymes fictionnels. La topographie romanesque permet de comprendre la posture de l’écrivain dans la métaphore du voyage, dans la spatialisation qui conditionne la généricité et la topicité du texte.  

Un reportage d’un journaliste de RFI mené par un homme blanc « Moundelé» perdu dans le labyrinthe dans la capitale Tournevilloise en proie à cette irruption spontanée de cette furia des enfants délaissés, abandonnés….à la recherche d’un éclair d’espoir évincé par l’engloutissement et l’effondrement de leurs rêves de réussite et de bonheur brisé et calciné. Ces laissés pour compte que NKR décrit tristement comme des «enfants de la rue dont la mendicité et le vol à tire étaient leur dada »page19Ainsi « un journaliste blanc sous le soleil de l’équateur » un message de sensibilisation et de compréhension du problème de ces bambins encore appelés « Chégués et faseurs »page 27. Ces enfants victimes de l’atrocité des politiques et des dérives messianiques perpétrés par les églises de l’éveil qui cherchent à inventer un nouvel âge ou un nouveau paradis des âmes damnées et tronquées par un évangile de la haine et de l’exclusion. 

En pointant du doigt ce mal qui ronge la société africaine, l’auteur qui écrit « Plus rien ne marche. Plus rien n’est comme avant » page12, se situe dans le terrain d’un thérapeute et d’un éducateur pour montrer à tous, une porte de sortie de crise. Ou une ouverture solutionnaire pour endiguer ce fléau exorbitant. C’est un romancier moralisateur et un poète didactique soucieux du développement global de l’Afrique par ses écrits multiformes. 

A l’antipode du courant pamphlétaire indubitablement ancré dans la critique acerbe de la politique locale, NKR se positionne dans le champ référentiel littéraire qui amorce une disjonction dans le développement du roman congolais voire africain. En intégrant les éléments d’une écriture de l’essai, du roman et du théâtre. Un véritable essaim des ouvrages dans un seul ouvrage. Un jet miroitant de plume réussie. Comme pour marquer sa singularité dans la marque Congolaise de l’écriture des œuvres littéraires. C’est cette démarcation à la lumière du nouveau roman que l’auteur se différencie de la fratrie pour donner à cette famille de l’art majeur une autre coloration au visage pictural de la culture et patrimoine congolais. 

 Une méthode aux multiples sujets

A l’entrée de la frontière imaginaire, sa sève littéraire dans cet arbre romanesque Congolais, NKR se détache des lianes asservissantes politico-sociales pour s’expanser, s’élever et évoluer. Bien loin du champ libre de la culture universelle. Où le roman cesse d’être local, identitaire pour être uniquement monde, visionnaire et futuriste aussi. 

Loin d’être un ardent pourfendeur de la politique pour s’ériger en donneur de leçons, l’auteur conseille, guide et aide au développement dans ses analyses profondes des faits marquants et brûlants qui frappent l’Afrique. L’accent mis sur la politique, la société, l’économie, le sport et l’environnement est une illustration frappante d’un écrivain multiple, et exemplaire par sa critique de l’Afrique malade. Qui se guérira par ses propres maux reconnus et acceptés. « Le temps est le seul remède qui pourra cicatriser les blessures de la vie, de ta vie, de ma vie, de notre vie Faisons-nous confiance,…. ». page 84. L’auteur parle de l’amour pour panser ses plaies béantes d’hier. Il ajoute : « Nous devons écarter la main sale de la guerre interethnique pour nous reconstruire. Je t’en prie, mon cher Paolo ! Oublie ce passé. Et il finit par ce merveilleux message : « l’œil du futur nous fixe de son regard plein de promesses ». page 83. C’est l’écho de l’espoir que NR nous invite à caresser. « Ecrasons plutôt notre douleur et chassons la colère. Accrochons nous à l’espoir et l’espérance qui se dresse devant nous. Ni vengeance, ni revanche. La vie seule impose sa justice à l’humanité ». page.85 

Sous le fond d’un humour brillant, avec des mots Koongolais « mosutu, pini, mbao Kala,… » l’auteur, le fervent patriote nous a plongés dans l’enfance où les personnages hauts en couleur scintillent pour faire de ce roman une réussite. Ce haletant et épatant ouvrage qui coupe littéralement le souffle au fil de la lecture s’apparente quelque peu a un roman amical et d’amour déguisé. 

Il reste à la fermeture de ce livre ou fin de péripétie une extinguible soif de relecture….un bien étonnant voyage littéraire dont les contours donnent aux lecteurs avertis un message de vérité et de lumière aussi. « On meurt jamais d’amertume. Ressaisissons-nous pour nous accrocher à nos destins dont l’Eternel connait l’alpha et l’oméga». Page 86. Et le président Koudia Koubanza conclut : «les africains se réveilleront et s’uniront par la force de l’histoire pour créer une Afrique forte, dynamique et puissante… » .page 156. L’auteur boucle la boucle par un furtif baiser entre les deux amis et l’exil footballistique annoncé du prodige Chris en France. Et en exhortant la francophonie, ce vaste espace d’entente pour la sauvegarde des acquis et sa peur imminente qu’elle se transforme à la francofolie. 

Habitué à nous amener dans ses propres rivages si incommensurables, jaillissants et incendiaires des Enfants de la guerre, NKR en signant ce nouveau roman, il a écrit un de ses meilleurs livres qui fera date. Et nous dira, J’en suis persuadé, des belles histoires. Demain. 

Yves MAKODIA

« LE SORORAT » (1) de Dieudonné Nkounkou : Le référentiel brazzavillois au service du roman

Classé dans : Non classé — 20 avril, 2011 @ 9:29

Lorsque la jeune Bérengère arrive à Brazzaville après un long séjour à Paris où elle a eu l’occasion de rencontrer sa grande sœur Madeleine Baka-Kabadio venue en France pour des soins médicaux, elle ne sait pas qu’elle va tomber dans une vie surréaliste qui va l’emmener à la mort. Et cela va être déclenché par le cordon familial à la mort de son aînée Julienne. Les enfants laissés par cette dernière seront élevés par sa sœur Madeleine mariée à Armand-Blaise Ossélet. Un amour tendre et réciproque entre les deux malgré la stérilité de la femme. Un amour sincère qui a commencé depuis les bancs de l’école. Pour soigner sa stérilité, son mari l’envoie à Paris avec l’aide de son ami Atika, médecin à l’hôpital générale de Brazzaville. Et c’est à partir de ce séjour « médical » à Paris où elle est accueillie par sa petite sœur Bérengère que le récit va prendre un tournant qui va se fonder sur le triptyque Madeleine -  Ossélet – Bérengère.  Quand Madeleine attend un enfant après son traitement en France, le couple baigne dans le bonheur avec les triplés laissés par la défunte Julienne. Malheureusement Mado fait une fausse couche qui réveille « la sorcellerie à l’Africaine ». Le vieux Bamana, oncle maternel de la jeune femme, serait à l’origine de la fausse couche de cette dernière. Elle tombe de nouveau enceinte après la réparation de la dot par son mari qui a satisfait le vieux Bamana. Elle devient mère d’une paire de jumeaux. Bonheur dans le foyer où Ossélet devient père géniteur pour la première fois. Mais le bonheur n’est pas pour longtemps car Madame Ossélet meurt à la suite d’un accident cardiovasculaire. Et au même moment, arrive, par coïncidence, Bérengère à Brazzaville pour un retour qu’elle avait envisagé depuis longtemps. Quand la tradition et les coutumes du pays lui demandent de « remplacer » sa défunte sœur aux côtés du veuf pour élever les enfants laissés par cette dernière, Bérengère n’y croit pas.  Commence alors une autre page de son destin qui va évoluer en dents de scie. Malgré son éducation à l’Occidentale et se rappelant la parole de sa défunte sœur qui lui avait demandé de s’occuper de ses enfants au cas où elle ne serait plus de ce monde, Bérengère tombe dans le fatalisme de la tradition. Elle devient par le sororat la nouvelle femme d’Ossélet. Car il faut pérenniser la famille et élever les enfants laissés par Mado. Le nouveau foyer commence à construire un bonheur qui, malgré les deux conjoints, ne sera qu’un feu de paille. Bérengère est harcelée par son ancien copain de Paris, Gaétan Gossey qui lui déclare ouvertement son amour en voulant faire d’elle sa femme. Dans la maison conjugale, elle surprend son « mari » manifestant ouvertement son amour pour sa défunte femme. Bérengère ne peut accepter cette situation. Elle se croit ne pas être aimée par Ossélet. Et quand arrive Gaétan Gossey de Paris pour concrétiser son mariage coutumier avec la famille de Bérengère, cette dernière ne peut plus supporter d’être convoitée par deux hommes. Elle se donne la mort pour échapper à ce tumultueux destin. « Le sororat », un roman captivant qui livre plusieurs thèmes de réflexion qui méritent d’être mis en évidence. Quelques-uns paraissent pertinents. Roman et unité nationale  Le roman de Nkounkou nous livre un message qui devrait interpeller les Congolais. Un roman qui nous présente Brazzaville sur fond d’une diégèse qui va de la rue Kouyou du quartier Ouenzé  Mandzandza à la rue Ampère de Bacongo en passant par le centre-ville, un environnement qui ne connait pas les frontières du tribalisme. Aussi l’amitié entre Ossélet et Madeleine qui va se transformer en amour malgré le regard « régional » des parents et qui se concrétisera par la mariage interethnique, définit un point de l’unité nationale. Et c’est dans cette ville de Brazzaville des années 70 marquée par l’image emblématique du président Marien Ngouabi que Dieudonné Nkounkou dévoile sa connaissance du Congo profond avec ses réalités socioculturelles où la différence entre Nordistes et Sudistes apparaît comme une richesse nationale car s’appelant implicitement les uns les autres. Aussi Ossélet (le kouyou du Nord) et Madeleine (la kongo du Sud) vont mettre leurs familles devant un fait accompli : « Dès son arrivée au Congo [Ossélet] s’opposa bec et ongle à ses propres parents qui voulurent qu’il prît une jeune fille kouyou de son ethnie. Quant à Mado, sa famille lui fit pression pour qu’elle épouse un kongo, son ethnie. Ils sortirent vainqueurs de cette situation qui avait longtemps miné leur couple » (p.23). Et les rapports que vont développer le vieux Bamana, oncle de Mado, avec le patriarche Oléa-Ossié, oncle d’Ossélet, vont cimenter l’unité nationale tout au long du récit en dépit du destin tragique du couple. 


La mort dans « Le sororat »  A l’instar de Jean Baptiste Tati Loutard dont les œuvres ne peuvent se passer de l’instance de la mort, nous remarquons dans le roman de Dieudonné Nkoukou l’omniprésence de la mort. Julienne, à la mort de son mari  Baka-Kabadio, refuse d’être la femme de son beau-frère Bénazo par la coutume du lévirat. Celui-ci se sent « amoindri » quand Julienne refuse le lévirat et l’accuse de viol. Il se donne la mort pendant que celle qui l’a « refusé » lutte aussi contre la mort en donnant paradoxalement la vie à trois enfants : « Ne pouvant profiter de la femme de son frère, Bénazo avait mis fin à ses jours en se pendant dans les locaux du commissariat central de Brazzaville, alors que pendant ce temps, Julienne Baka-Kabadio (…) luttait contre la mort au moment où elle donnait naissance à des triplés » (p.100). La mort se révèle aussi dans l’accident qui emporte Back le grand dandy de Brazzaville. La mort, c’est aussi la double perte que connait Ossélet en un laps de temps : sa femme décède après un malaise cardiaque. Au moment où il pense retrouver le sens de la vie par le régime du sororat en prenant comme femme Bérengère, il est rattrapé par l’irréparable quand celle-ci se donne la mort, victime de la « maladie d’amour ». Et quand son ami Atika lui annonce la terrible nouvelle, il se retrouve sur le pont qui sépare la mort de la vie : « Le docteur Atika (…) s’avança devant son ami le visage ravagé par la douleur, la voix brisée -          Boss… Boss, elle est morte… Bérengère est morte.  Armand Blaise Ossélet poussa un énorme cri, manqua une marche, s’affala et perdit connaissance » (p.294). 

L’auteur du « Sororat » : un véritable Brazzavillois qui ne dit pas son nom  Ce livre est un roman des réalités brazzavilloises des années 70, des réalités qui dépassent la fiction. Un roman où la vie politique de l’époque avec ses réalités comme le Parti congolais de travail et son président sont mis en exergue. A certains moments, la distance entre l’auteur et son narrateur s’amenuise quand  la dimension référentielle efface la littérale pour révéler des réalités géographiques et sociales congolaises. Nous sommes géographiquement dans Brazzaville à travers le personnage de Bérengère : « Bérengère arpentait la rue Charles Foucault qui menait vers le rond point de la grande poste du centre-ville (…). Elle regarda du côté du cinéma Vog, sur l’avenue Lumumba (…). Elle traversa l’avenue pour aller vers la grande banque en pierre… » (p.191). Tout le roman de Nkounkou baigne dan le Congo profond où la tradition, le vivre-ensemble des ethnies et la politique trouve une place prépondérante dans l’histoire rapportée. De la politique, l’auteur ne s’empêche pas de mettre en exergue le président des années 70 par quelques anecdotes tirées du social congolais : « (…) Marien Ngouabi aimait faire enfourcher sa moto la nuit et visiter son peuple dans les lieux  de retrouvailles (nganda, bar-dancing) (…). C’était pour lui le meilleur baromètre de la vie politique congolaise » (pp. 196-197).  « Le sororat » : un roman multidimensionnel  On ne peut pas tout dire de ce livre qui apparaît comme un kaléidoscope du social congolais. Le roman de Nkounkou apparait comme une succession de clichés brazzavillois où la tradition et certaines coutumes sont relatées sans falsification. Le mariage interethnique entre les familles d’Ossélet et de Madeleine est une réalité qui écrit la belle page de l’unité nationale. Se révèle aussi la signification de la dot dans la société congolaise : pour éviter la sorcellerie qui serait à l’origine de la stérilité de sa femme, Ossélet est obligé de satisfaire les besoins du vieux Bamana. Pour préserver les liens familiaux, les deux familles se servent du sororat à la mort de Madeleine. Ecrit  dans un style clair et émotionnel quand le lecteur se retrouve confronté plusieurs fois à la mort tout au long du récit, « Le sororat » donne une autre dimension au roman congolais par son réalisme. Comme Tati Loutard des « Chroniques congolaises » et du « Masque de chacal », Dieudonné Nkounkou nous fait découvrir plusieurs « photos » de Brazzaville  (veillées mortuaires, ambiance musicale – qui pourrait intéresser le talentueux musicologue Clément Ossinondé – , phénomène de la sape) qui nous rappellent le Congo de la deuxième moitié du XXe siècle. 

(1)             Dieudonné Nkounkou, « Le sororat », éd. ICES, Paris, 2010, 206p. 

Littérature et chanson sur les deux rives du Congo

Classé dans : Non classé — 2 janvier, 2011 @ 9:24

  

On ne peut pas aborder ces deux entités culturelles sans faire allusion aux deux capitales les plus rapprochées du monde : Brazzaville et Kinshasa dont les pays vivent une même culture fondée essentiellement sur quelques langues communes telles le lingala et le kikongo et le français bien sûr, hérité l’un de la France et l’autre de la Belgique. Et il faut aussi rappeler que ces deux pays ont connu leur indépendance à la même année : le 30 juin 1960 pour la RDC et le 15 août de la même année pour le Congo-Brazzaville. Pour montrer que les deux Congo constituent du point de vue culture une même entité, on peut se référer à l’emblématique chanson « Indépendance Cha cha » chantée par l’orchestre African Jazz formé des musiciens des deux rives du fleuve. 

 

 

  La chanson que les linguistes qualifient de littérature orale existe en Afrique avant l’arrivée des Blancs chez nous. L’Africain est né chanteur. Il va même emmener la chanson avec lui au moment de la Traite négrière.

  A l’instar de la société française qui se moralise par le biais de ses écrivains et penseurs (le théâtre au XVIIè siècle avec des noms comme Molière et la philosophie des Lumières au XVIIIè avec des penseurs tels Voltaire, Rousseau, Montesquieu…), au Congo, ce sont les musiciens chanteurs qui vont moraliser la société à travers leurs œuvres, très souvent didactiques. Ici on peut citer des noms célèbres comme Franco, Kallé, Simaro, Essous, Pamelo…

  Mais avec la colonisation, les Congolais apprennent à parler, à lire et à écrire la langue du Blanc. Aussi, une certaine élite va passer de l’oral à l’écrit en publiant des livres.

 

 

Avec la colonisation, la langue française devient obligatoire dans le deux Congo (Congo-Belge et Congo-Français). Les Congolais, par le biais de l’école coloniale commencent à écrire en français et produisent des œuvres littéraires. Avant même les indépendances, deux noms se remarquent sur les deux rives du fleuve ; Lomani Tshibamba avec son roman Ngando au Congo-Belge et Jean Malonga de l’autre côté qui publie Cœur d’Aryenne et La légende de Mpfumu ma Mazono quelque temps après. Ces deux écrivains peuvent être considérés comme les pionniers de la littérature francophones sur les deux rives du fleuve. Et cette littérature  sera plus tard consolidée par  des noms célèbres : Valentin Mundimbé, Pius Ngandu Kashama, Mukala Kadima pour la RDC et Tchicaya U Tam’Si, Guy Menga, Sony Labou Tansi pour le Congo Brazzaville.

 

 

Des indépendances à nos jours, les littératures orale (la chanson) et écrite (le roman, le théâtre et la poésie) se fondent principalement sur le socioculturel des Congolais sans oublier quelques aspects politiques. Les musiciens chantent aussi les héros qui ont lutté contre la colonisation. Franco et Franklin Boukaka ont chanté Lumumba, Simon Kimbangou, André Matsoua. Mais compte tenu de l’évolution de la société au contact avec la colonisation et la néocolonisation, les thématiques seront plus révélatrices selon que nous sommes chez les musiciens ou chez les écrivains.

  Les musiciens chantent la politique pour glorifier les dirigeants même si ces derniers se comportent en dictateurs comme Mobutu au Zaïre. Ils sont en général derrière l’argent des hommes politiques. Mais la thématique principale des musiciens congolais se fonde principalement sur le triptyque « homme-femme-argent » avec tous les sentiments qu’il provoque (amour, jalousie, infidélité, déception sentimentale…). Et dans ce domaine, on peut citer Franco, Simaro-Lutumba, Essous et Pamelo pour ne citer que ces quelques noms comme étant des grands moralisateurs des sociétés des deux rives. 

 

  Les écrivains, quant à eux, se comportent comme la majorité de leurs confrères de l’époque. Ils écrivent aussi sur les « soleils des indépendances » Ils s’intéressent beaucoup à la politique. Romans anticoloniaux, romans fustigeant les dictateurs africains sont des ouvrages qui caractérisent la littérature congolaise des deux rives du fleuve. Et sur ce point, on peut se référer aux œuvres de Mundimbé, Ngandu Kashama, Mukala Kadima, Sony Labou Tansi, Emmanuel Dongala, Alain Mabanckou… Dans son roman Johny Chien méchant, Dongala nous fait revivre la guerre civile du Congo Brazzaville ; Mukala  Kadima dans son ouvrage intitulé La Chorale des mouches décrit la chute politique de Mobutu au Zaïre.

  On peut aussi remarquer que, des indépendances à nos jours,  la littérature et la chanson congolaises ont été influencées par les écrivains et artistes de l’Afrique de l’ouest dans le domaine culturel.

 

 

L’engagement politique au niveau de la littérature en Afrique centrale commence avec les œuvres de Mongo Béti qui s’attaque au colonialisme ayant pour support l’église catholique. Et ces romans tels Ville cruelle et Le pauvre Christ de Bomba peuvent être considérés comme des classiques dans la littérature engagée et engageante des années qui précèdent les indépendances. Aussi, cette lutte anticoloniale sera suivie plus tard par Kourouma avec ses fameux « Soleils des indépendances » qui essaient de revaloriser les coutumes et traditions africaines. Au niveau de l’engagement dans le domaine de l’écriture, l’Afrique a donné des grands noms comme Kourouma, Mongo Béti, Ferdinand Oyono, Sony Labou Tansi qui vont ridiculiser les pouvoirs néocoloniaux et dictatoriaux de leur pays. Malheureusement cet élan engagé et engageant en littérature ne fait pas écho à la chanson en Afrique centrale. Patriotique et moralisatrice au début des indépendances, la chanson en Afrique centrale devient plus mondaine que politique. Ici, c’est plutôt l’Afrique de l’Ouest qui associe littérature et chanson pour fustiger les pouvoirs politiques malades. Il faut rappeler que, depuis les indépendances, la chanson africaine a été aussi une arme dans le réveil des consciences. Elle a mis en relief les souffrances endurées pendant la colonisation et les dictatures qui se sont forgées sur le continent après les indépendances. Certains musiciens et écrivains se sont même expatriés de leur pays pour avoir braver des présidents dictateurs.

  Mais entre les musiciens de l’Afrique centrale et ceux de l’Afrique de l’Ouest, semble se creuser un fossé dans la conscientisation politique des larges masses populaires. Si dans l’histoire musicale des deux rives du Congo, Joseph Kabasélé a chanté « Indépendance Cha cha » et Franklin Boukaka la Révolution congolaise ainsi que les héros du continent dans les années 70, on remarque quelque temps après un vide dans la lutte politique, vide gagné par les danses tels le soukous, et le ndombolo. Des danses et chansons qui font l’apologie de la femme et même du sexe comme chez le célèbre musicien de la rive gauche du fleuve, j’ai cité Koffi Olomidé. A ce propos, on peut lire dans la presse congolaise  (magazine « Africa Info »), je cite : « Il est devenu un mode au Congo et surtout à Kinshasa auprès des artistes musiciens célèbres de chanter des bêtises, de vanter des exploits des actes sexuels et de mettre les supports discographiques à la portée des familles et des enfants » (1). Mais pendant que l’Afrique centrale danse et ne « s’occupe plus de la politique », les artistes musiciens de l’Afrique de l’ouest font danser en conscientisant politiquement leurs peuples. On peut remarquer la puissance des messages des artistes ivoiriens tels Alpha Blondy, Méwé et Tiken Jah Fakoly, des messages qui interpellent les hommes politiques et les larges masses populaires du continent. Alpha Blondy a chanté les journalistes en danger et Tiken Jah Fakoly, en chantant « Mon pays va mal » réveille la conscience de la jeunesse ivoirienne en situation de guerre. Et la jeunesse de toute l’Afrique pourrait transformer « Mon pays va mal » en « Mon continent va mal ». 

 

 

On peut dire que de l’indépendance à nos jours, le travail des écrivains et artistes musiciens congolais et africains est plus que nécessaire pour une véritable indépendance du continent. Ils doivent revaloriser leur culture et immortaliser leurs héros nationaux qui ont eu à sacrifier leur vie pour la libération du continent. 

 

 

 

 

 1 La chanson congolaise vers la pornographie in « Africa Info H.plus M. » n° 17 de mars 2010, p. 68 

 

Jean Baptiste Tati Loutard, deux après (In memoriam)

Classé dans : Non classé — 20 décembre, 2010 @ 5:58

A l’écoute de juillet 2009 Juillet, ventre d’un Quatre de couleur noire  Enseveli je suis dans le nœud gordien de 2009. 

Autour de moi le cri d’un cygne de mer menacé par un ornithologue  Nous n’avons pas pu repousser la main sale du désespoir 

Bonheur coupé par la lame de la mort 

Au détour d’un morceau d’une vie accomplie  Pays, mon pays le Congo dans la douleur, 

Tu verras toujours danser la mer du côté de Ngoyo ;  Il est immortel en moi dans l’écriture de « Mer et écriture ». 

Sur l’autre versant d’un soleil coupé du Kouilou,  Tchichellé chante le feu de brousse de Tchicaya 

En cette terre des Loango fertile en écriture. 

Tu as porté dans tes bras mes premiers vers  Au creux d’une poche de Bayardelle. 

Ta simplicité m’avait séduit  Indélébile tache que je porte en moi. 

Le temps de notre temps s’est accroché à moi 

On n’est jamais écrivain d’un seul livre  Un conseil sage que tu avais posé dans ma mémoire. 

Toujours j’écris, toujours je rêve, toujours je te lis,  Au cœur de notre Congo malade de littérature. 

Roi du lyrisme, tu es pour moi père spirituel.  Demain un autre jour pour nous car immortels sont les artistes. 

Premier roman de Matondo Kubu Turé : « Vous êtes bien de ce pays ? Un conte de fou » (1),

Classé dans : Non classé — 12 novembre, 2010 @ 8:45

 

 

Un roman qui sort des sentiers battus des textes narratifs congolais où les personnages vivent dans une société policée avec un vraisemblable qui rappelle le vécu sociopolitique de tous les jours. Avec le thème de la folie par l’intermédiaire du docteur Ma et son univers du Centre psychiatrique qu’il dirige, Matondo  Kubu Turé, nous rappelle la piste diégétique inauguré par Auguy Makey avec le personnage de Popolino dans « Francophole », « Sur les pas d’Emmanuel » et « Tiroir 45 ». 

 

Ancien étudiant en psychiatrie en France, Stanislas, que l’on appellera souvent par le docteur Ma, rentre au pays où il dirige un centre psychiatrique en vivant dans sa maison construite au bord du fleuve. Confronté à son ami d’enfance, le président  de la république dont la politique laisse à désirer, le docteur Ma subit les foudres des Tirailleurs du pouvoir. Après moult tractations avec le pouvoir, il sera tué en compagnie d’une malade avec qui il semblait partager l’amour. C’est dans la maison au bord du fleuve que l’irréparable se produit quand celle-ci est prise d’assaut par les hommes en armes du pouvoir. Et l’univers africain qui se révèle dans ce livre, annonce un continent « fou » politiquement. Aussi, ce roman de Matondo Kubu Turé apparaît comme une succession de portraits à travers lesquels se dégage une société africaine malade et qui parfois fait penser à quelques « morceaux » de l’histoire sociopolitique de son Congo natal. 

 

Le docteur Ma : un médecin pas comme les autres 

Etudes de psychiatrie à Nice où il se fait remarquer par ses professeurs. Il y travaille après son doctorat, fait aussi du théâtre et passe son agrégation avant de rentrer au pays. Et son passé va se refléter plus tard au pays dans sa confrontation avec le pouvoir, car dans sa jeunesse, « il avait mené tous les combats de sa vie. Il entra dans les jeunesses chrétiennes à dix ans, devint servant de messe et abandonna les fétiches de sa famille. Une décennie plus tard, il échoua dans les filières clandestines du communisme, se mit à lire Mao et à porter les tee-shirts à l’effigie du Che » (p.80). Ce passé troublant va ressurgir plus tard quand il est médecin dans son pays. Il écrit des lettres ouvertes au président de la république pour critiquer sa façon néfaste de gérer le pays. Ces critiques ne sont pas appréciées par ce dernier et ses Tirailleurs s’occuperont plus tard du docteur Ma. Dans l’exercice de son métier, il passe son temps entre le Domicile Loméka, un débit de boisson, le Centre psychiatrique, et sa maison située au bord du fleuve. Tout son univers dégage l’extra-ordinaire : sa « deux-chevaux » unique dans la Ville, ses infirmières  qu’il appelle bizarrement par La Noire, La Café-Au-lait, La Fauve, La Jaune et la Boule Ronde. En dehors de celles-ci qui font partie intégrante de sa vie de médecin, il est aussi marqué par cet « enfant du pays » dont la femme, malgré de longues et fructueuses études, s’est convertie en paysanne qui travaille ses champs d’ignames à Mati. Aussi, la disparition de son homme dérègle son mental. Elle se confie au docteur Ma pour être soignée. L’homme qu’elle aime a été fauché par les Tirailleurs du pouvoir. Cette femme qui devient Sa Folle, ne le quittera plus jusqu’au moment où le pouvoir aura raison sur eux : « Au matin, la vieille villa du docteur Ma, le psychiatre avait cessé de brûler (…) La disparition du docteur et Sa Folle allait défrayer la chronique toute l’année et même plus tard… » (pp.14-15). On constate aussi que le destin du docteur Ma tourne autour de la gente féminine. Il est aidé dans son travail par cinq infirmières qui se le « partagent ». La plupart de ses malades sont des femmes dont la plus marquante sera sa Folle. Pour l’atteindre, le pouvoir passe par des témoignages incongrus de femmes qu’il soigne et qu’il aurait violées. Accusations gratuites : « Ah oui, il m’a écarté les jambes (…) et puis il m’a caressé la cuisse droite, (…) » (p.170). Ce sont aussi les femmes qui vont défier le pouvoir pour essayer de le sauver des griffes des Tirailleurs. 

 

« Vous êtes de ce pays ? » ou le Congo sale décrié 

Même si la Ville du docteur ne porte pas de nom, même si le pays du président  Dominique Charles Nkumbi et son ami l’Archevêque Anatole n’est pas nommé, leur spatio-temporel fait un clin d’œil  au pays de l’auteur.  Et même si la fiction déborde dans tous les aspects, l’historicité du Congo s’y révèle par certaines réalités diachroniques que l’on ne peut contester. Des réalités « sales » qui interpellent l’homme afin qu’il change de comportement : « Cette année-là, on parla des Disparus du beach (…) Et dix petites filles du quartier Mukondo furent éventrées, le sexe mutilé (…). Le maire de l’arrondissement dix fut abattu à coups de kalachnikov par une patrouille militaire devant le marché de fruits et légumes » (p.36). Un peu plus loin, le lecteur averti tombe de nouveau dans les souvenirs congolais : « Dans ce pays sans nom, on avait déjà zigouillé un cardinal ! Trois présidents de la république… » (p.193).  Ce texte qui mêle  société et politique, plonge le lecteur dans l’univers congolais à travers l’instance linguistique mise en valeur par la présence des mots du terroir qui, sans cesse, reviennent dans le récit. Une « vraie » fiction avec certaines réalités sociopolitiques où des personnages chantent : « Pata pata eeh ! Sumba yayi eeeh ! eh! (…) Talu fioti (…) ikélé mboté eeeh! » (p.93). Mais ce regard romanesque du natal de l’auteur est plus près de nous à la page 48 qui rappelle un pan de l’histoire sociopolitique des années 60 à la fulgurante décennie 90 quand « le mur de Berlin s’écroule. Une centaine de partis politiques fébriles et ventriloques, formés à la querelle. La kalach réglait les débats. La guerre du tipoye. La guerre du sommeil du président. Les pillages. Les viols. Les massacres. Et toujours les disparitions… » (p.48).  Dans cet univers romanesque, le texte avance par superposition de clichés sociaux où toutes les catégories (hommes politiques, officiers, jeunes désoeuvrés, femmes) participent à la descente aux enfers du docteur Ma. 

 

« Vous êtes bien de ce pays ? », un roman de l’écriture 

Par sa spécificité et son original scriptural sur fond de la thématique de la psychiatrie, Matondo Kubu Turé ouvre une autre page du roman congolais. La dislocation de la narration à certains moments et la folie des mots et des personnages sont une sorte de mise en cause du roman traditionnel congolais fondé en majorité sur le réalisme primaire. Le texte de Matondo Kubu Turé se lit par fragments (peut-être se voile inconsciemment l’homme de théâtre qu’il est dans quelques méandres poétiques qui nous rappellent ses fameux « Visages noirs qui tuent » (2) : « Le soleil, pirogue volante du ciel, perçait la frondaison des arbres. Le crépuscule baragouinait une langue de murmures et de chuchotements » (p.61)  Et l’auteur amplifie le travail de poésie par la technique de la répétition et de la sonorité qui définit l’acidité sociopolitique du texte : « (…) des anges insolites, deux couleurs sans odeur, sans heurt, sans leurre (…) la nuit s’annonçait, une autre nuit. Il y a toujours une nuit dans la vie… » (p.74). Dans la technique de répétition, on remarque aussi le néologisme congolais « cent-cent » qui revient à plusieurs reprises dans le coulé narratif  (p. 59, 60, 70, 72…). 

 

En guise de conclusion 

Rares sont les romans congolais qui créent autant de personnages atypiques et périssables comme dans ce récit. Leur anonymat révèle des archétypes et symboles d’une société déréglée par la politique. Le destin du docteur Ma subit la loi dégradante de la dictature de son ami d’enfance devenu président de la république. Pour avoir écrit un « livre psychiatrique »,  Matondo Kubu Turé se révèle comme un poète « fou de l’écriture », un sociologue complet dans l’espace et  dans le temps de la nature humaine. Avec ce livre, le lecteur se retrouve dans  une incarnation psycho-mentale que lui rappellent l’homme dans ses états social, politique et l’écriture dans ses métamorphoses sociolinguistiques. 

 

 

Notes 

 (1) Matondo Kubu Turé, « Vous êtes bien de ce pays ? Un conte fou », Ed. L’Harmattan, Paris, 2009, 218 pages.

(2) « Ces visages noirs qui tuent », premier recueil de poèmes de l’auteur publié en 1978 aux éditions Saint-Germain-des-Prés, à Paris.

 

« Le Dernier crépuscule » (1) de Joao Campès : Premier « nouveau roman » congolais ?

Classé dans : Non classé — 12 novembre, 2010 @ 8:36

 

 Voici un roman qui se lit sans aiguillages temporels, menant de l’incipit à la fin le lecteur dans des histoires qui se surprennent, réalisant ainsi un formidable travail au niveau  de l’écriture pris comme matériau. Quand se termine le récit, le lecteur attend toujours la fin des « histoires » racontées qui rappellent « En attendant Godot » de Becket. Mais comme dans tout roman, le mariage entre les dimensions référentielle et littérale est obligatoire. Mais une spécificité se remarque dans « Le Dernier crépuscule » : un travail énorme sur le plan littéral, donnant ainsi au roman congolais une autre dimension. 

 

Esquisse d’un tracé référentiel 

« Le Dernier crépuscule »  est l’histoire de plusieurs destins qui se croisent par l’écriture mais qui ne s’appellent pas les uns les autres à cause de leur thématique. Et la foultitude de personnages (Nwapa Benson, Marie Léontine, Marie Laure, Marie Louise, Marie Madeleine, José Mové, le journaliste, le metteur en scène, Mofla, Guillaumette, Yaya, Didjé…) qui apparaissent et disparaissent tout au long du texte, se présentent comme des pièces d’un puzzle. Cette situation diminue la tension de la représentation. Dans le tracé diégétique, narrations et récits s’interpellent. Au début, Nwapa et Marie Léontine semblent les principales héroïnes du récit à travers leur vie professionnelle et privée dans Brazzaville. Mais quelque temps après elles sont effacées par la présence du narrateur homodiégétique. Commence alors une réflexion sur la littérature, et le roman apparaît comme une véritable mise en abyme du roman lui-même. Par les relations que tissent les principaux personnages du récit, on découvre une grande famille où le père, professeur de littérature, se donne au jeu d’échecs et enseigne le piano à des étudiantes. Dans ce roman s’élabore un texte qui se lit tantôt comme « Le manuscrit cancéreux », tantôt comme « Le Dernier crépuscule ». Le récit, qui a mis en valeur le roman, se termine par la présentation d’une pièce de théâtre écrite par l’un des enfants de la famille et qui pose les problèmes des relations entre la scène et le public. Difficile à saisir comme un tout cohérent avec les armes de la critique traditionnelle, ce livre pourrait se définir comme l’un des meilleurs romans modernes congolais en ce qui concerne  le travail au niveau du littéral. 

 

« Le Dernier crépuscule » : du récit d’aventures aux aventures des récits 

Si dans la majorité des textes congolais, nous découvrons généralement des récits d’aventures avec introduction et dénouement dans une logique du vécu quotidien qui satisfait le lecteur, dans le roman de Joao Campès, le fonctionnement du récit au niveau scriptural prend le dessus sur l’acceptabilité de la logique textuelle au niveau du signifié. Ce roman apparaît d’abord comme une belligérance entre  le récit et le discours  au sens linguistique de Benveniste. L’incipit se définit comme un récit conduit généralement par l’imparfait et le passé simple : « Au début son histoire était tellement incroyable que tout le monde avant beaucoup de mal à y  croire. « Il pleuvait » (…) Elle marqua un temps, sembla rêver » (p.9). Et un peu plus loin, le texte se transforme en discours quand le « narrateur-je » commente plus qu’il ne raconte, avec le présent et le passé composé que Benveniste  classe dans la catégorie des temps du discours : « José m’a dit que c’est là son obsession (…) ; pour le moment, il prend soin de relier tous les humains entre eux » (p.14) ; Avec la désinvolture des personnages qui se remarque par des coq-à-l’âne dans la trajectoire diégétique, se renforce la dimension littérale du roman ; le livre devient un perpétuel jeu de mots qui donnent une musicalité particulière du texte et nous rappelle la technique des nouveaux romanciers comme la répétition de mots : « Tout le monde avant mis sa tête des grands jours, un type avait une tête de veau, un autre une tête de porc, ici une tête de mule, énormément de têtes à claques, que de tête d’abrutis, que de têtes d’ahuris » (P71) ainsi que l’allitération : « C’est bien que la Seine n’est pas si large (…), mais la scène est tellement insoutenable… » (p.66) , « Un gars distrait ! Un gars d’Istraies, où ça ! » (p.89) font la particularité de Joao Campès. Ce genre de textes, nous les rencontrons à tout moment dans le roman. Et le retour obsédant d’un même texte réalise des récits dits répétitifs à travers des segments narratifs qui apparaissent dans le texte en gardant la même structure tant au niveau du signifiant que celui du signifié ; le segment textuel « Si je n’avais pas lu quelque part que tous les hommes sont  malheureux, peut-être que je ne serais pas malheureux » (p.151) est repris à la page152 sans modification aucune. Chez cet auteur, atypique, apparaît explicitement la technique de la mise en abyme qui nous rappelle les personnages de romans se découvrant parfois comme des auteurs de roman : « Dans cette correspondance,  les deux femmes Nwapa et Marie Léontine parlent aussi de la littérature et du roman, ainsi que du Dernier crépuscule (le manuscrit cancéreux) le nouveau roman de Marie Léontine » (p.179). Avec Joao Campès, le texte devient une succession de plusieurs éclatements narratifs dont les blocs ne se saisissent pas comme un tout cohérent. Les phrases du roman sont plus syntaxiques que sémantiques et se réalise ici la guerre des récits dont la plus significative oppose le romanesque au cinématographique et au théâtral. D’où le perpétuel questionnement du narrateur : « Qu’est ce que la littérature ? ». Dans ce livre, l’art du roman interpelle celui du cinéma et l’histoire de Nwapa et Marie Léontine qui nous donne des exemples précis où des segments narratifs sont des morceaux d’écran devant nos yeux : « (CLIP) Va et vient de la main sur le soleil (…) Nue sous une nuisette ultra transparente, Nwapa Benson sort de la salle de bains. Elle se serre contre son mari dans le couloir du palais des Congrès et tous deux regardent le tableau » (p.49). Ici l’effet cinématographique est mis en relief par le présent qui actualise les gestes de Nwapa. Et cette actualisation se remarquera aussi à la fin du roman quand celui-ci sera en relation avec le théâtre : « la scène représente deux larges boxes faisant face à la salle, séparés l’un de l’autre » (p.372) « Le Dernier crépuscule » apparaît comme une constellation d’autres récits qui reviennent sans cesse à l’esprit du narrateur. Une grande importance est donnée à la citation d’autres textes par le narrateur pour meubler sa production ; des extraits poétiques de Lao Tseu ainsi que ceux d’autres auteurs reviennent à tout moment dans le coulé narratif pour donner au roman une autre spécificité. On remarque par exemple l’image de « La Modification » de Butor avec sa thématique du voyage par train avec le récit à la deuxième personne « vous » : « Vous êtes dans le train (…) Une jeune femme est assise en face de vous… elle regarde devant elle, droit dans vos yeux… » (p.58). Apparaît aussi l’image de Camus à travers le personnage de Mersault dans le théâtre de Mofla : « Meursault (…) marchant quelque peu sur le plateau. Aujourd’hui maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas (…)  Mère décédée. Enterrement demain » (p.375). Ce texte ne nous rappelle-t-il pas « L’Etranger » de Camus ? 

 

Le Dernier crépuscule : un roman moderne pour une critique moderne 

Ce roman a bousculé agréablement la critique traditionnelle qui ne trouverait pas beaucoup à dire à propos à cause du dogmatisme sur lequel se fonde la résumabilité  de l’histoire rapportée. Avec ce roman, le travail de l’auteur doit être vu sous l’angle littéral. Sur ce point, ce roman de Joao Campès pourrait être considéré comme la première révolution textuelle dans la narration congolaise. L’on pourrait le définir comme le premier nouveau roman congolais car toute sa richesse se fonde sur le travail du langagier. Il se compose avant tout de mots. Aussi son analyse devrait s’écarter de la réalité empirique  à laquelle nous renvoie le romanesque traditionnel. Ici, il s’agit d’interroger les mots, de ne plus donner plus de signification au texte et de repérer les signes-mots pour décrire leur fonctionnement  par l’intermédiaire de la grammaire des textes. 

 

Pour conclure 

Après « Le Pacte des contes » de Philippe Makita, « Le Dernier crépuscule » revalorise la mise en cause du roman traditionnel congolais qui nous révèlent souvent des histoires qui se fondent sur les mêmes réalités sociohistoriques créant ainsi une intertextualité au niveau du signifié. On a l’impression que dans le roman traditionnel, « on prend les mêmes thèmes et l’on recommence ». Après lecture du texte de Joao Campès, on peut affirmer sans risque de se tromper que « Le Dernier crépuscule » vient d’annoncer l’autre versant du roman congolais,. Et pourquoi pas africain ? Son auteur sera-t-il compris par le dogmatisme de la critique traditionnelle ? 

 

 

(1) Joao Campès, « Le Dernier crépuscule », Editions EDILIVRE APARIS, Paris 2009, 395 p. 

« Casque colonial » (1) de Dieudonné Nsimba

Classé dans : Non classé — 7 novembre, 2010 @ 8:38

Ayant étudié en France, le jeune Bidounga rejoint son natal où sévit encore l’injustice coloniale. Respecté par l’administrateur blanc à cause de sa culture occidentale, le jeune homme est « accepté » dans l’administration. Mais la justice qu’il exige pour les populations autochtones ainsi que son franc parler avec l’administrateur Débarbier inquiète ce dernier.  Organisés autour de Bidounga, les populations mènent une lutte de libération qu’elle gagne dans un premier temps. Mais, humilié, l’administrateur blanc va utiliser les grands moyens pour mâter la rébellion. Aidé par le pouvoir de Nfoua (Brazzaville) qui lui fournit des armes à feu et l’Eglise catholique, Débarbier, avec l’appui des hélicoptères, met fin au rêve de Bidounga. Carnage dans le village où il est arrêté. Beaucoup de prisonniers envoyés au Tchad et dans le nord Congo. Le héros meurt dans les geôles de Mayama, rappelant la disparition énigmatique d’un certain Matswa. « Casque colonial », un roman du XXIe siècle qui nous replonge dans les souffrances coloniales. Le roman de Nsimba, un livre qui se fonde sur le destin du jeune Bidounga qui voit son rêve de libérer son village brisé par la machine infernale de la colonisation. 

Bidounga le rebelle Marqué par les idées de justice pendant ses études en France, Bidounga, de retour au pays, ne peut tolérer le comportement inhumain du Blanc dans son village. Il arrive au moment où son père est gravement malade. Il proteste contre l’attitude de l’abbé Maurice, patron de son père qui attend passif la mort de son employé au lieu de le soigner. Pour avoir bravé l’administration coloniale, le jeune homme apparait comme le sauveur des villageois qui admirent son courage. Ils décident d’être à ses côtés pour lutter contre l’administration coloniale. Mais pour le héros, il faut s’y préparer : « Il n’est pas encore temps de les affronter car nous ne sommes pas assez préparés. Nous le ferons le moment propice  » (p.88). Liant la culture traditionnelle aux idées de liberté découvertes au cours de son séjour en France, Bidounga arrive à travailler avec l’oppresseur de sa population, tout en concevant la lutte de libération avec celle-ci. Car il comprend que la main tendue de l’administration coloniale et malgré la grande fête du village « soutenue » par Débarbier ne sont que diplomatie pour mieux contrôler ses habitants pour les anéantir au moment opportun. Et la  suite des événements lui donnera raison à travers les dures épreuves que vont subir sa population et l’armée qu’il s’était fabriquée pour la libération de son peuple opprimé. Bidounga meurt en héros car l’administration l’élimine pour ses idées justes sur lesquelles se fondait l’espoir de son peuple lié à sa cause. Mais comment comprendre la naïveté du héros car « s’attaquer contre l’administration coloniale [représentée par Débarbier, Duhamel et l’abbé Maurice,] c’était faire le procès contre le grand rêve de démystifier la mauvaise foi du colon ! Et qu’au retour fallait-il assurer ses arrières » (p.179) 

Débarbier et Duhamel : la colonisation en puissance Deux personnages en rapport avec les miliciens dont l’homme orchestre est le terrible Ramazoulaye qui nous rappellent que les événements rapportés se situent à l’époque coloniale. Tout qui « colle » à ces personnages est lugubre car synonyme de souffrances physiques et morales des villageois. Quand Débarbier se confronte à l’attitude « révolutionnaire » de Bidounga qui lui impose le respect des droits de l’homme, il est obligé de jouer à la diplomatie : « reculer pour taper fort ». Devant les critiques de Bidounga, il libère tous les prisonniers et accepte même ce dernier dans l’administration coloniale. Aussi, ce brusque changement de Débarbier (qui va même financer la fête des populations indigènes) va étonner l’oncle du héros : « C’est incroyable ! Incroyable mon neveu ! Le chef de l’administration l’a fait pour nous ? Lui qui montre tant d’hostilité contre les nègres que nous sommes » (p.112). Mais la liberté retrouvée par le retour du jeune homme pays ne sera que de courte durée, les populations vont de nouveau subir les affres de l’administration coloniale : « La destruction des nombreuses cases construites à peine (…) affligeait les hommes (…). Ce matin (…) une nouvelle s’était répandue dans tout le village, celle de l’arrestation de Bidounga par les miliciens. C’est certain qu’ils avaient reçu l’ordre de Débarbier » (p.142). A partir de ce moment, la guerre est déclarée entre l’administration soutenue par certains villages et les partisans de Bidounga. Ainsi va se réveiller l’âme coloniale qui constate le replis de la main d’œuvre dans le village de Bidounga. Et cette âme coloniale se remarque aussi en la personne de Duhamel. Cet homme apparait comme une partie de Débarbier. Le casque colonial collé à sa tête et les miliciens qui l’accompagnent à tout moment symbolisent la terreur dans les villages, surtout dans l’exploitation du « moukouézo ». Duhamel, un homme sans foi ni loi. Et les armes qu’il se fait ravir par les combattants de Bidounga sont une preuve de son caractère d’homme de paille : « Il y avait des calibres 16 à percussion, des fusils calibres 20 à broche, des fusils à platine calibre 12, des pistolets d’officiers de calibre 1816, de pistolets de Borel modèle 1779, des revolvers Novo, des explosifs… » (pp.170-171). 

« Casque colonial », un roman de la tradition kongo Dieudonné Nsimba se définit dans ce livre comme un sociolinguiste avec un regard d’anthropologue qu’il pose sur la société kongo qu’il nous présente. Apparait dans ce récit des réalités socioculturelles ignorées peut-être par la génération actuelle. De la conservation d’une dépouille, voici ce que nous révèle l’auteur : « [Les femmes] oignaient le corps de cendre et cassaient des œufs dont elles recueillaient les coquilles, les enfilaient en brochette sur une brindille et les plaçaient partout dans la hutte (…). Grâce à ces procédés, le corps restait à l’abri des odeurs et de la décomposition » (p.65). Aussi la tradition kongo dans la lutte contre l’injustice sociale se définit dans le combat que mène le peuple de Bidounga contre l’administration. Malgré son passage à l’école des Blancs, le héros n’oublie pas les us et coutumes de son peuple ; aussi il se découvre un véritable chef qui lie l’intelligence des Blancs avec la sagesse ancestrale dans sa lutte contre l’administration. Du point de vue de la forme, l’auteur nous fait redécouvrir une spécificité traditionnelle africaine que l’on rencontre aussi chez les kongo : le chant qui accompagne les heurs et malheurs de la société. Et quelques segments textuels du roman est sans cesse chantés en kongo-lari (pp. 43 45 66 et 137…) pour traduire le terroir dans lequel se déroule l’histoire de Bidounga. Et le lexique des mots kongo-lari qui constitue la clausule du roman spécifie la tradition kongo que l’auteur y insuffle. 

D’une richesse qui va au-delà de quelques thèmes qui nous ont paru pertinents, « Casque colonial » place le lecteur devant quelques réalités sociales telles l’anticolonialisme d’Olga la fille de Débarbier, l’importance du bestiaire et du végétal dans le roman, le mariage entre le colonialisme et l’Eglise dans l’exploitation des indigènes. Réalités qui donnent une autre dimension au récit et qui pourraient faire l’objet d’études intéressantes.  (1)             Dieudonné Nsimba, « Casque colonial », Ed. Elzévir, paris, 2010, 183p

Roman: « Une fille du Congo » (1) de Patrick Serge Boutsindi

Classé dans : Non classé — 6 novembre, 2010 @ 10:01

 

Quand la jeune Bouesso quitte le village Makanda pour ses études à Brazzaville chez sa tante qui y vit avec son mari, elle ne sait pas que son destin va subir une série de péripéties rocambolesques à la rencontre de plusieurs hommes. Violé par le mari de sa tante, elle subit la colère de cette dernière quand elle réalise la « faute » commise par sa nièce. Chassée du toit parental, elle est accueillie par son amie Véro qui la recrute comme serveuse dans le bar où elle est actionnaire. Commence alors une nouvelle vie où l’homme va occuper une place prépondérante. Elle accouche d’un mort né après avoir été mise en enceinte par Bikou, le mari de sa tante. Entre temps lui reviennent les souvenirs de son premier amour de jeunesse (à lécole) : Itoua qui l’a connue à l’école. En compagnie de Véro, elle devient la maîtresse de Pascal, ami de Maestro, l’amoureux de Véro. C’est dans ce bar où elle exerce qu’elle est séduite par un certain Maker vivant en France et en séjour au pays. Marié puis divorcé, ce dernier promet un nouveau mariage à Bouesso. Mais le bonheur promis ne sera pas de la partie car Maker, de retour, en France, meurt. Bouesso est accusée de lui avoir transmis le sida, une accusation qui va s’avérer mensongère. Avec Pierre Malonga, un autre homme, rentré d’exil de France, en faveur de la Conférence nationale, Bouesso découvre un autre pan de la société congolaise. Avec cet homme « très engagé », Bouesso s’intéresse à la politique et devient une grande militante au sein du parti crée par Malonga.  Mais ce dernier sera broyé par la machine infernale de la politique sur fond de trahison d’un ami. Il connait une déchéance psychologique avant d’être abattu froidement par ses ennemis politiques. Bouesso qui va se retrouver au mauvais moment et au mauvais endroit échappe, par chance, à la mort malgré les deux balles qu’elle recevra des tueurs de Malonga. S’évanouissent ici les ambitions politiques du parti de Malonga ainsi que l’optimisme de Bouesso qui pense à l’exil pour aller vivre une autre expérience en France. « Une fille du Congo », un roman politique, mais qui révèle trois caractéristiques de l’écriture de l’auteur. 

 

L’ombre de la politique congolaise 

Après lecture, « Une fille du Congo » apparait comme un roman politique se fondant surtout sur la (re)naissance de la démocratie pluripartiste au Congo. Et cette thématique tourne autour de certains personnages tels Malonga et ses amis de lutte Makita, Bikinkita et Ikondi auxquels il faut ajouter l’héroïne Bouesso. Brillant étudiant en France pour être avocat, il regagne le pays au lendemain des indépendances africaines. Fonctionnaire puis ministre délégué à la présidence. S’oppose à la Révolution de 1963 et se retrouve en prison avant son exil.  Se révèle panafricaniste dès son retour au Congo en épousant les idées de Nkrumah. Critique l’Eglise dont se sert le Blanc pour exploiter une Afrique malade qui refuse son propre développement : « L’Afrique doit écrire sa propre histoire comme l’a dit Patrice Lumumba (…) L’Afrique doit s’unir comme l’a écrit Kwame Nkrumah (…) Je tiens nos ancêtres responsables de nos malheurs, et de toute cette ignorance chez les Noirs » (p.123-124). Et sa conviction et ses idées avant-gardistes vont gagner une grande partie du peuple au cours de ses voyages de campagne à l’intérieur du pays. Bouesso, depuis sa « rencontre » avec trois vieux politiciens du pays à son lieu de travail, va aussi s’intéresser à la politique ; et cela au grand étonnement de son amie Véro : « Mais qu’est ce qui te prend Bouesso ? C’est la politique qui t’intéresse maintenant ?  Mais qui t’a mis cette idée dans la tête ? » (p.86). Mais c’est surtout aux côtés de Malonga qu’elle réalisera son ambition politique en occupant une place important dans le parti dirigé par ce dernier. Bouesso apparait comme le prototype de la femme congolaise façonnée par la Révolution d’août 1963. Sa conviction politique pour une justice sociale justifie le risque qu’elle prend quand Malonga est assassiné par ses ennemis politiques. Et le roman de mettre en relief le côté tragique et dramatique de la politique africaine en général et congolaise en particulier sur fond d’une démocratie pluripartiste cacophonique. Après l’assassinat de son président, Bouesso découvre la véritable face énigmatique de la politique congolaise : « on avait enterré Malonga de peur de proroger la Conférence nationale (…) Son parti venait de connaitre une nouvelle scission (…) l’électorat du parti venait de s’effriter » (p.207). 

 

La femme dans « Une fille du Congo » 

En dehors de Bouesso considérée comme héroïne du récit, la femme en général joue un grand rôle dans l’histoire rapportée et définit un pan de la société congolaise au féminin. Elle apparait dans ses dimensions sociales. Bouesso, une fille qui croit à sa réussite sociale à travers les études qui l’attendent à Brazzaville. Malheureusement son rêve se voit brisé par l’appétit sexuel du mari de sa tante avant d’être accueillie par son amie Véro. Celle-ci symbolise la réussite sociale en ne comptant pas grandement sur l’argent des hommes ; elle est actionnaire dans un bar et se veut apolitique. Aussi, elle ne comprend pas l’ambition politique de Bouesso. Peut-être qu’on lui donnerait raison quand on voit le tragique dans lequel elle va se retrouver avec Malonga. La femme dans « Une fille du Congo » nous rappelle « La femme infidèle » du dramaturge Letembet Ambily. Longtemps humiliée par son mari pendant leur séjour en France, Madame Malonga prend plaisir à se faire baiser par son directeur d’école. Elle réalise ouvertement son instinct de vengeance sexuelle : « Pauline fut une fellation [à son amant]. Pour elle commençait là un début de vengeance contre les infidélités de son époux au cours de leur exil à Paris » (p.143). En dehors de cette dépravation que définissent Véro, Bouesso et Pauline, la femme chez Boutsindi a un côté valorisant. La tante de Bouesso ne digère pas la trahison de sa nièce qui commet la bêtise de coucher avec son homme. Elle la chasse de la maison pour sauvegarder son mariage. Germaine, une intellectuelle universitaire semble s’inquiéter de l’infidélité de Pauline qui pourrait influencer négativement la vie politique de son mari. 

 

« Une fille du Congo » ou la liberté de l’érotisme dans le roman congolais 

S’il est un auteur congolais qui a su exploiter les artifices du roman érotique, c’est Patrick Serge Boutsindi. Il rappelle quelques textes de la Camerounaise Calixte Béyala : « Elle se frottait à lui, caressant son sexe » (2). Avec Boutsindi, le sexe n’est plus « voilé » comme dans les romans de ses compatriotes comme chez Lopes ou Dongala par exemple pour des raisons de pudeur. Dans presque tous ses récits les personnages trouvent plaisir à copuler ouvertement comme au cinéma. On peut lire dans « Le Bongui » : « l’Abbé Nkéoua glissait son pénis dans le vagin de maman » (3). Une multitude de scènes érotiques caractérise « Une fille du Congo » : Bouesso se fait violer par Bikou. Par la suite, chassée du domicile parental, elle tombe dans les bras de Pascal quand elle travaille comme serveuse dans le bar de son amie Véro. C’est dans ce bar qu’elle est séduite par le « Parisien » Maker en vacances à Brazzaville avec qui elle fera l’amour, ce dernier lui ayant promis le mariage. Quand elle se donne à la politique, elle devient pendant un certain temps la maîtresse de son chef de parti, comme elle le rappelle elle-même : « La maîtresse que j’étais continuais à satisfaire sexuellement Malonga. Nous ne cessions de faire l’amour dès la tombée de la nuit » (p.156). En plus de l’héroïne qui évolue dans la luxure, il y a aussi Véro qui se livre à son amant Maestro. Pauline, de son côté, devient la maîtresse du directeur de son école avec qui elle passe de « bons moments » : « Ils se collèrent de plus en plus fort (…) La bitte de Monsieur le Directeur enfouie dans le vagin de Pauline Malonga, fit jouir celle-ci »  (p.195). Et ce thème de l’érotisme est accentué, dans le coulé narratif, par une isotopie du sexe spécifiée dans le récit par la récurrence des mots tels « zizi, sexe, vagin, pénis, clitoris, érection, fellation, baiser, éjaculation, sperme, copulation, bitte… ». Un vocabulaire tabou et impudique qui donne une autre beauté sensorielle et sensitive au texte. 

 

Boustindi, maître du réalisme 

Du style, Boustindi construit souvent ses textes en se fondant sur les réalités des faits sociopolitiques de son pays où la géographie de l’univers romanesque rappelle certains lieux de Brazzaville : « L’hôtel Kipling ressemblait à un motel(…) Il était situé dans la rue Lékana. C’est là que Madame Malonga et le Directeur s’étaient donné rendez-vous » (p .141). Cet hôtel ainsi que la rue Lékana sont des réalités de Brazzaville. Et le réalisme de Boutsindi se caractérise aussi dans la mise en scène de certains éminents noms politiques ayant existé ou qui existent encore : « Le jour de l’ouverture de la Conférence nationale, le président Denis Sassou Nguesso vint lui-même (…) donner le coup d’envoi du grand débat national (…). On évoqua à cette occasion les assassinats politiques perpétrés à l’époque de la présidence d’Alphonse Massambat Débat, de Marien Ngouabi et Joachim Yhombi Opango… » (p.159). 

 

« Une fille du Congo », un roman qui montre comment le réel social et sociétal, mélangé à l’imaginaire, peut donner naissance à des chefs-d’œuvre littéraires comme la plupart des livres de Boustindi. 

 

 

Notes 

(1) P.S. Boustindi, « Une fille du Congo », éd. L’Harmattan, Paris, 2010.

(2) C. Béyala, « Femme nue, femme noire », éd. Albin Michel, Paris, 2005

(3) P.S. Boustindi, « Le Bongui », éd. L’Harmattan, Paris, 2005

 

« Ma première colo » (1) de Gaston Mbemba Ndoumba

Classé dans : Non classé — 5 novembre, 2010 @ 11:16

 

Belle petite histoire que l’on peut classer dans le roman de jeunesse. Une histoire rapportée à la première personne par l’héroïne, la petite Fanny redoutant dans un premier temps l’expérience d’une colonie de vacance car ne voulant pas se séparer de ses parents. 

Après une riche discussion avec une amie de classe qui a déjà fait partie d’une classe de neige et d’une colo, Fanny décide de « découvrir » la colo. Et c’est avec son amie Margot qui a accepté son projet d’aller en colo que Fanny va tenter son expérience tant attendue. La décision de l’héroïne sera agrémentée par la complicité des parents des deux amies qui vont les inscrire à une même colonie de vacances. Pour les deux filles, ça sera leur première colo. Aussi, vont-elles amorcer les préparatifs avec leurs parents, le départ étant prévu pour le 14 juillet 2008. Une expérience qui va s’étendre sur cinq jours au cours desquels les deux filles, en compagnie d’autres enfants, tous encadrés par des animateurs dans l’exercice de leur métier, vont goûter les délices de « vivre en société », loin des parents. Cinq jours qui vont marquer la petite Fanny qui, le premier jour, éprouve déjà le sentiment d’avoir abandonné ses parents et de se demander si elle serait capable de supporter la cohabitation avec les autres enfants qui font partie du voyage. Et c’est par car que le groupe va quitter Paris pour la ville de Saint Maurice dans l’Oise. A partir du départ du convoi, le texte se présente comme un cahier journal dans lequel l’héroïne note tout ce qu’elle voit, entend et fait en compagnie des autres et particulièrement avec Margot. La première expérience de la colo est marquée par le déclenchement inattendu d’une alarme du centre qui abrite les enfants. Commence à ce moment le professionnalisme des animateurs et animatrices qui emmènent les enfants dans le bâtiment prévu en cas d’incident. Quand les pompiers arrivent sur les lieux, ils rassurent les enfants : le déclenchement de l’alarme a été accidentel car trop vétuste. Cette première nuit parait un peu bousculée pour les enfants. Fanny a remarqué l’efficacité de leurs accompagnateurs et accompagnatrices qui ont assuré leur sécurité. Le lendemain, « traumatisés » par l’incident de la veille, les enfants sont pris en charge psychologiquement par les animateurs. Aussi, la petite Fanny est chagrinée par l’absence de ses parents. Margot, de son côté, redoute un nouvel incident, d’où sa peur de dormir dans l’immeuble. Mais elle est rassurée par l’animatrice Natacha. Au cours de cette deuxième journée, le petit Charles, âgé de sept ans est rentré à Paris car souffrant de varicelle. Le 16 juillet, les enfants se montrent en forme pour affronter une journée chargée qui va les emmener à la mer de sable. Et c’est à cette occasion que Fanny découvre que Camille a été en Afrique avec ses parents. Cette dernière a été marquée par la ville de Saint Louis et l’île de Gorée au Sénégal d’où étaient partis la plupart des esclaves noirs vendus en Amérique. Et le récit de réveiller en Fanny l’envie d’aller visiter l’Afrique. Pour la première fois, elle revit le vide crée par l’éloignement des parents quand elle reçoit la lettre de son père ; elle ne peut s’empêcher de verser des larmes. Aussi, l’histoire passionnante de Moïse racontée par les animateurs va ponctuer la soirée avant que tout le monde rejoigne le dortoir à 21 heures. Le jeudi 17 juillet, avant dernier de la colo : activités en groupe avec  les animateurs le matin et séance avec  les poneys l’après-midi. Et une soirée dansante a lieu pour clôturer la journée : enfants et accompagnateurs sont émerveillés dans une atmosphère baignée de musique. Quand le dernier jour arrive et annonce la fin de la colo, Fanny réalise le goût de cette sortie. La journée se termine par la révélation de l’histoire du père Noël qui précède tous les 25 décembre et dont la jeune fille avait découvert la mise en scène de ses parents. Une micro-histoire (synonyme de sa déception devant le mensonge de ses parents) dans la macro-histoire qui constitue la première colo de Fanny. Le retour sur Paris intervient après un voyage mouvementé avec quelques malaises dans le groupe, mais sans gravité. Quelle joie pour Fanny et Margot quand elles retrouvent leurs mères !

Ecrit dans un style claire, simple et « scolaire » qui se remarque dans le quotidien des enfants, « Ma première colo » relance la littérature de jeunesse où se marient didactique et pédagogie, inaugurée par des écrivains tels Guy Menga, Caya Makhélé et Kintsa. Ce texte, une découverte du monde de l’enfant. Et son auteur (2) de spécifier dans sa dédicace au critique, « Ma première colo » est une aventure intellectuelle et humine mais aussi une «’initiation » à l’école des enfants ». 

Notes 

(1) Gaston  M’bemba Ndoumba, « Ma première colo », éd. Bénévent, 2010, 60p. 

(2)Sociologue et essayiste, M’bemba Ndoumba est auteur de plusieurs ouvrages dont le remarquable « Ces Noirs qui se blanchissent la peau : La pratique du « maquillage chez les Congolais », éd. L’Harmattan, 2004. 

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