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« Diélé: l’ange, l’homme et la bête »(1) de Pierre Ntsemou

Classé dans : Non classé — 22 juin, 2014 @ 9:09

Trois étapes dans une seule vie d’homme, de l’enfance à l’âge adulte, tel est le destin du héros Diélé que présente le roman du professeur Pierre Ntsemou. La belligérance entre les dimensions référentielle et littérale qui se remarque dans ce récit donne une autre saveur à ce roman.

Étrange destin d’un jeune Africain très intelligent à l’école qui deviendra un grand politique à l’âge adulte. D’abord secoué par la brimade qu’il subit à la rentrée au secondaire après un passage mouvementé au primaire, Diélé parvient à sortir de cet enfer en obtenant le bac, parchemin qui lui permet d’aller étudier à l’étranger. Contre toute attente, sa petite fiancée Fatou batifole avec un autre amoureux en son absence. Elle a trahi l’engagement de fidélité promis à Diélé qui est obligé de s’amouracher, à son tour, d’une actrice de théâtre du pays d’accueil. Il est accepté, malgré lui, par les parents de la fille qui sera son épouse. Aussi le destin de Diélé se voit interpeller par la politique quand il revient au pays avec sa femme. Et le narrateur de rappeler une partie du passé politique de l’Afrique centrale où le Royaume du Kongo, le Moyen Congo et quelques pays actuels d’Afrique centrale sont référenciés au cours du récit. Au pays, Diélé tente de retrouver son ami d’école Tony reparti à Bangui où il a été incorporé dans l’armée. Dans un État où règne la pagaille politique et où l’activité commerciale est largement aux mains des étrangers jaunes et waras, le président de la République espère alors résoudre tous ces problèmes avec l’expérience du jeune électronicien Diélé. Et sur la route qui le conduit vers le nord, il est rappelé à Brazzaville par le président. A partir de ce moment, Diélé s’implique ouvertement dans la gestion des affaires de l’État qui va l’emmener à la magistrature suprême quand le président se retirera du pouvoir. Lui aussi, après avoir mis de l’ordre dans la classe politique gangrené par le Mal, laissera le pouvoir dans les mains d’une femme, la jeune Bolingo, pour continuer la renaissance du pays. Riche en micro-narrations suspensives, le roman de Pierre Ntsemou se caractérise par un travail scriptural qui lie le référentiel au littéral, un mariage qui révèle une autre spécificité textuelle de l’auteur.

Roman-fable ou fable-roman ?

S’il est un point qui différencie le texte de « Diélé : l’ange, l’homme et la bête » de la plupart des textes de ses compatriotes, c’est la technique de la fable que l’auteur manie avec dextérité. C’est à travers le bestiaire que le roman nous fait découvrir la classe politique africaine. Tels des animaux sortis de la forêt et parfois des maisons dont ils ont la garde, les ministres du pays de Diélé se caractérisent par leur « animalité » sauvage. Aussi les animaux apparaissent-ils comme des personnages qui agissent comme dans les fables de la Fontaine : « Diélé demeura intraitable en maintenant à Makala ceux qui croyaient que les petits chiens du pouvoir allaient vite cesser d’aboyer contre les gros, gras et grands chiens du pouvoir » (p.156). Aussi, remarque-t-on dans le coulé narratif du texte, l’auteur qui se plait à comparer les hommes politiques à des animaux, plus souvent domestiques qui vivraient dans notre environnement. On le remarque dans la conspiration qui se trame contre le président : « Les rats et les souris s’étaient associés en bons rongeurs pour cette besogne (…). Alors tous les chats sortiraient leurs griffes de partout, les rats et les souris suivraient la danse en mangeant dans tous les greniers et les chiens reviendraient gaiement aboyer pour acclamer les uns, mordre encore les autres pour tout le mal d’ingratitude subi pour défendre l’homme et son pouvoir » (p.89). A travers ce roman-fable se dégagent quelques spécificités du pouvoir en Afrique.

Le président et Diélé : le pouvoir politique, d’une génération à une autre

Ce roman traite de l’Afrique des XXe et XXIe siècles, même si l’auteur fait un grand saut dans l’espace et dans le temps (technique de la narration qui précède l’histoire) pour des besoins fictionnels et esthétiques, en nous faisant entrer dans l’an 2025 : « (…) la nouvelle constitution est entrée en vigueur le 1er mars 2025 (…) Cinq mois plus tard le 15 août 2025 (…), le président annonçait un recrutement de 10000 agents… » (p.174). Avec le président, c’est l’Afrique du népotisme et du tribalisme que nous fait revivre le récit, une Afrique où « n’importe qui fait n’importe quoi ». Inquiété par le commerce intensif des étrangers, le président demande à Diélé de trouver une solution pour parer à ce monopole avant que le peuple ne s’en prenne au pouvoir. Quand Diélé entre au gouvernement, le pays connait un nouveau souffle qui pousse le président à changer de comportement : « Comme le pays pansait encore ses plaies tribales, le président ne voulut courir aucun risque ; il limogea (…) son cousin germain, ministre de la Justice(…) et ce fils de con de la Bembalie… » (p. 81). Ministre de la Communication puis au sommet de l’État, Diélé transforme en bien le Mal qui couvait dans le gouvernement. Un remaniement : remplacer la vieille génération par les étudiants qui vont constituer la nouvelle classe politique de la nation. Les jeunes s’opposent au népotisme et au favoritisme : « Ils refusèrent de se ranger en groupes ethniques, claniques, régionalistes ou communautaires » (p.160). Avec Diélé, il n y a plus d’injustice sociale ; il est pour l’émergence politique fondée sur des qualités morales et humaines : « (…) sous l’ère de Diélé (…) le mérite, la compétence et la justice étaient le triptyque à observer pour être élu gestionnaire des affaires de l’État » (p.164). Ainsi laissera-t-il un pays bien gouverné à Chimène Bolingo qui fait partie de son cabinet qu’il a remanié car appelé à d’autres fonctions internationales : une nouvelle mission de Nzamb’Mpungu.

Un travail soutenu du littéral dans un récit traditionnel

Le roman de Pierre Ntsemou s’inscrit dans la nouvelle écriture du récit africain qui privilégie le travail au niveau du signifiant. Il se caractérise, en dehors de l’imaginaire et de l’imaginé de la fable, par la théâtralité du récit où les personnages parlent plus que le narrateur. Ici, la théâtralité n’est pas dramatique mais plutôt comique. Le chapitre 1, « Le prurit ravageur » se lit comme une scène de pièce de théâtre à l’intérieur d’un récit où le narrateur serait confondu à un spectateur. Cette technique de théâtralisation fait écho au langage poétique dans le jeu de mots sur fond de répétitions, d’allitérations et rebondissements qui, sans cesse, meublent le texte tout au long de son déroulement. Et cette manie est source de musicalité qui donne une touche lyrique et esthétique au texte : « Mais on ne veut pas partir. On ne peut pas partir. On ne doit pas partir » (p.110). Un peu plus loin, c’est un mot qui est repris plus d’une dizaine de fois dans un segment narratif presque d’une page : « Et les danses du Gouvernement ont défrayé la chronique (…) toutes les parties de plaisir à l’hôtel du Gouvernement, à la piscine du Gouvernement, à l’hôpital du Gouvernement, au train du Gouvernement, dans l’avion du Gouvernement, dans (…) la forêt du Gouvernement, au stade du Gouvernement… » (p.134). On peut affirmer, sans ambages, que le récit dans ce roman est théâtralisé, une théâtralisation typiquement comique se mariant souvent avec une poésie en prose qui donne une certaine musicalité au texte. Cela confirme la plume plurielle de l’écrivain qui est d’abord poète (2) et dramaturge (3) avant de se découvrir romancier.

Pour conclure

Avec « Diélé : l’ange, l’homme et la bête », continue de s’affirmer une nouvelle tendance du roman africain où le « Comment raconter ? » prime peu ou prou sur le « Quoi raconter ? ». Aussi, à travers le style de ce récit, se dévoile un autre type de roman qui privilégie le travail du signifiant au détriment de l’histoire rapportée qui s’apparenterait à une tautologie. Et ce roman pourrait s’apprécier comme un tableau de peinture qui respecte et répète les couleurs choisies pour chaque image.

(1) P. Ntsemou, « Diélé : l’ange, l’homme et la bête », éd. Publibook, Paris, 2013, 19€

(2) P. Ntsemou, « La Flûte du cœur », éd. L’Harmattan, Paris, 2012

(3) P. Ntsemou, « Les Déboires de Patrice Likeur », éd. L’Harmattan, Paris, 2013

« Que justice soit faite » (1) de R.G. Gambou

Classé dans : Non classé — 21 juin, 2014 @ 9:21

Huit nouvelles constituent le recueil « Que justice soit faite » dont le fond nous rappelle quelques péripéties de la société congolaise. Ambiance du milieu estudiantin, relations amoureuses allant parfois jusqu’au mariage avec ses tenants et ses aboutissants, tels sont les sujets qu’essaie de développer l’auteur dans un style simple, claire et didactique.

Toutes les situations rapportées dans ces nouvelles mettent en relief l’espace géographique congolais en dehors de l’avant dernier texte intitulé « L’affaire du Docteur Mvimba-Mambou » qui construit un pont entre l’Europe et l’Afrique. Amours entre jeunes Congolais qui parfois dépendent du destin du héros ou de l’héroïne traversent presque tous les textes de Richard Gambou. Et au niveau du coulé diégétique, se révèlent presque dans tous les textes le quotidien ainsi que l’espace réel du Congo. Aussi, « Que justice soit faite » apparait comme des chroniques congolaises qui font penser à l’œuvre narrative de Jean Baptiste Tati Loutard avec deux points pertinents.

La vie en couple au centre des destins

Très souvent, dans ce recueil, il y a rencontre d’un homme et d’une femme qui se termine par une vie en commun. Dans « La passion », Bienvenu et Catherine vont vivre en couple ; mais le mariage n’arrive pas à cause des relations tendues entre les deux amants, jusqu’à la naissance de leur fils. Bienvenu demande pardon à Catherine quand il se rend compte que le bébé lui ressemble, lui qui croyait à l’infidélité de sa compagne. Comme Catherine dan « La passion », Marcelline est une fille qui se confronte aussi à la vie de couple. Voulant poursuivre ses études, elle s’est opposée au mariage précoce initié par ses parents. Elle laisse son fiancé à Pointe-Noire et se rend à Brazzaville dans le but d’aller poursuivre ses études à l’université Marien Ngouabi. Mais elle tombe sous le charme de Bakala dont il a fait la connaissance dans le train pendant le voyage. N’ayant aucun parent et aucune connaissance à Brazzaville, Marcelline vit en couple avec le jeune Bakala qui la soutient matériellement et financièrement en attendant sa bourse qui lui sera octroyée à partir de la deuxième année. Comme si le destin voulait la punir pour avoir trahi son fiancé, Marcelline assiste à la déchéance de Bakala qui tombe malade avant de mourir. Elle quitte le domicile de son défunt compagnon pour être logée dans le lycée où elle enseigne la philosophie. C’est dans cet endroit, où, malade, elle va trouver la mort, ayant refusé  de rejoindre ses parents à Pointe-Noire. Une mort par orgueil et par amour. Quand Clarisse, après sa formation d’institutrice connait Georges dans la nouvelle intitulée « La victime », elle ne sait pas ce qui va lui arriver après la mort de son mari. Elle a vécu dans un mariage boudé par la belle-famille. Accusée d’être à l’origine de la maladie puis de la mort de son mari, elle est maltraitée par ses beaux-parents. Ses belles-sœurs lui ravissent tous les biens matériels acquis dans le mariage et l’obligent à quitter la maison conjugale avec ses enfants. Après moult tractations, elle accepte, malgré elle, d’être l’épouse du cousin de son défunt mari (tradition oblige) avec qui elle va connaitre une nouvelle vie heureuse. L’amour de jeunesse se remarque aussi dans « Le paradoxe » entre le héros et Germaine, amour qui sera malheureusement troublé par les vicissitudes de la vie. Leur mariage traditionnel auquel s’oppose l’oncle paternel de Germaine ne pourra favoriser leur amour. Chacun, de son côté, sera obligé de mener sa vie avec une autre personne, et quel ne sera pas son désarroi quand le héros apprendra la mort de Germaine, mort causée par un mari jaloux, comme elle l’avait prédite, elle-même. Presque toutes les nouvelles de « Que justice soit faite » tournent autour du thème de l’amour. Aussi, dans « Folie d’amour », nous avons l’histoire du jeune Timothée rapportée par un ami d’enfance à son frère. Etudiant puis professeur de philosophie, Timothée vit en couple avec Marie Madeleine tout en ayant comme maîtresse, une certaine Gisèle. Ne pouvant plus gérer les deux femmes, l’enseignant, après avoir, malgré lui, subi les lois de la corruption à un examen du bac, tombe curieusement dans la démence en partageant sa vie entre les deux femmes. Le conflit entre homme et femme nous est encore rapporté dan « La vengeance » où Madeleine et son père se voient trahis par un homme dont ils ont réalisé la réussite sociale. Le traitre méritera la mort pour avoir trahi un officier militaire. Et l’image du militaire revient dans le texte éponyme intitulé « Que justice soit faite » par l’intermédiaire du colonel Mpiaka Mpiaka qui trouble les relations amoureuses d’Abel Koussikissa et Martine Mpoutou. Le jeune homme subit une expédition punitive de la part du colonel  qui l’accuse de s’être intéressé à sa fiancée. Quand l’enquête prouve à Koussikissa que c’est le colonel Mpiaka Mpiaka qui était son bourreau, il pense s’adresser à la justice pour réparation. Il sera déçu quand son avocat lui déconseillera de s’attaquer au colonel, un homme intouchable dans la ville. Mais justice sera faite quand l’officier sera emporté tragiquement, mêlé dans coup d Etat militaire. Avec « L’affaire du Docteur Mvimba Mambou », l’auteur nous plonge dans une autobiographie où le narrateur fait écho à l’auteur. Comme ce dernier qui a étudié la philosophie en Allemagne, le narrateur-héros, étudiant en Allemagne, se trouve confronté à un problème de racisme et à la xénophobie des Allemands pour avoir été violé par une jeune femme allemande. Comme dans les autres textes où se développe le thème de l’amour, le héros s’attache à une compatriote étudiante avec qui il va passer de bons moments avant le retour au pays.

Fiction et réalités congolaises dans « Que justice soit faite »

Presque tous les textes de ce recueil apparaissent comme des chroniques. L’univers diégétique ainsi le portrait des personnages rappelle le pays de l’auteur et une partie de la vie de ce dernier. Dans la majorité des textes, la présentation de certains héros fait écho à celle de l’auteur que nous rappelle la quatrième de couverture de l’ouvrage, ce dernier étant enseignant de philosophie à l’université Marien Ngouabi. La plupart des événements rapportés se passent à Pointe-Noire et à Brazzaville dont l’université accueille certains personnages pour leurs études supérieures. Dans « Folie d’amour », Timothée est présenté comme étudiant : « Il [Timothée] décrocha (…) son certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement secondaire en philosophie » (p.154). Le monde de l’université fait partie intégrante des aventures des personnages de « Que justice soit faite » : Francis Mounkassa est enseignant à la faculté des Lettres et des sciences humaines dans « La vengeance ». Des réalités congolaises, l’auteur nous fait découvrir certaines spécificités artistiques de son pays comme la littérature et la musique qui égayent  la vie de certains de ses personnages. Ces derniers s’intéressent à la lecture et particulièrement aux écrivains de leur pays : « Je fréquentais le centre culturel français de Pointe-Noire. J’y lus les poèmes d’un poète congolais qui s’appelait Tchicaya U Tam’Si (…). L’Europe inculpée d’Antoine Letembet et La marmite de Koka-Mbala de Guy Menga m’allaient droit au cœur » (p.110). De la musique, on peut rappeler l’incipit de la huitième nouvelle qui nous plonge dans l’ambiance mondaine de Pointe-Noire : « Le bar-dancing « Joli soir » était plein à craquer. L’orchestre les Bantous de la Capitale proposait (…) son riche répertoire de chansons (…). La voix de Pamelo Mounka dominait. Amen maria. L’argent appelle l’argent (…). Jean Serge Essous (…) charmait les âmes : Philosophie, Tongo Etani na mokili ya Congo (…). Les paroles des chansons étaient reprises par les danseurs sur la piste de danse » (pp.225-226)

 

Avec « Que justice soit faite », nous sommes dans des textes qui nous révèlent la société congolaise moderne où la classe estudiantine occupe une place considérable. Des textes qui créent un pont entre la fiction et quelques réalités sociopolitiques du Congo. Des réalités que nous rapporte l’auteur, quand il se confond à certains moments au narrateur.

(1)       R.Gérard Gambou, « Que justice soit faite » éd. L’Harmattan, Paris 2013, 251p. 25,50€

Ecrivaines d’Afrique centrale. « MIJI » (1) d’Emilie-Flore Faignond : De l’autobiographie au romanesque

Classé dans : Non classé — 18 août, 2013 @ 8:49

 

why-flame

 

Trois femmes et un homme métis d’une même mère, elle-même métisse. Des enfants de pères différents et dont Flore apparaît comme l’élément unificateur de la fratrie. Des enfants qui, avec leur mère, définissent l’étrange destin de Flore, personnage central du récit, s’étant mariée consécutivement à deux Européens; Lucas et Jean-Claude, voilà quelques pistes qui pourraient définir la trame de « Miji ».

Flore, une jeune et belle femme qui, après avoir souffert d’un premier mariage avec un homme qui lui laisse deux enfants à bas âge dans les bras, retrouve le bonheur de vivre quand le destin lui fait rencontrer Jean-Claude, un Belge qui travaille au Zaïre et qui lui donne un garçon quand ils sont encore dans cette grande ville africaine de Kinshasa des années 70. Mais quand le pays subit une secousse socio-économique à travers la politique de Mobutu qui voudrait favoriser l’émergence des cadres nationaux, l’amour de Flore avec Jean-Claude échappe à l’éclatement. Son contrat de travail n’étant plus renouvelé, Jean-Claude décide de rentrer dans son pays natal avec Flore laquelle il s’est marié. Et les trios enfants de Flore doivent voyager avec leurs parents. Commence alors une nouvelle vie conjugale pour Flore qui a tant souffert avec Lucas. En Belgique, aux côtés des parents de Jean-Claude, de son frère et ses sœurs qui sont en France, Flore mène une vie agréable, surtout quand le couple s’installe près de Bruxelles à Soignies. Et c’est en Belgique que va naître le deuxième enfant de Jean-Claude, une petite fille appelée Samantha. Du côté de maman Emma restée au pays, la nostalgie de tous ses enfants vivant à l’étranger, fait que cette dernière décide de rejoindre Flore en Belgique. Elle retournera un temps au pays à l’occasion de la mort de sa sœur. Mais entre temps, le foyer de Flore a subi un coup désagréable: ces deux fils qui ont passé les vacances aux côtés de leur père Lucas, n’ont plus de respect pour leur beau-père qui devient pour la circonstance violent et indifférent envers ces derniers. Une fois de plus, le bonheur conjugal de Flore se transforme en enfer : Jean-Claude est « bousculé » par l’attitude négative de son fils, sa mère lutte contre un cancer et est guérie après un lourd traitement. Flore est « sauvée » du naufrage conjugal par les vacances en famille dans le sud de la France. De retour en Belgique, avec l’harmonie qui est revenu dans le foyer, elle revoit en souvenirs son passé d’enfant en Afrique à travers l’image des parents restés aussi bien à Léopoldville qu’à Brazzaville. Et à la fin du roman, Flore et Solange de se demander à quand de nouveau les retrouvailles des quatre enfants d’Emma. « Miji » pourrait se définir comme l’après-douleur de Flore avec un certain Lucas dans le premier roman de l’auteure intitulé « Afin que tu te souviennes ».

Flore: une femme et deux hommes.

Lucas est le premier homme qui fait découvrir à Flore la sexualité profonde, une sexualité qui se transforme en cauchemar. Aussi quelques années après, quand elle tombe amoureuse de Jean-Claude, les tristes moments vécus avec Lucas lui reviennent à l’esprit: elle ne peut oublier le chagrin et les douleurs que lui avait imposés. Avec ce dernier, se dévoile un machiavélisme teinté de racisme quand il parle de leur petit enfant qui venait de naître: « Un macaque, un enfant de roturier qui va porter mon nom, mon nom à moi un descendant de Bourbon Parme » (p.37). Aussi, Lucas dans sa bestialité, se montre brutal avec Flore à certains moments de leur séparation de corps. Il la bat quand celle-ci se rend chez lui pour chercher l’argent pour soigner l’enfant malade, ce petit garçon qui ne peut supporter l’odieux spectacle: « Lâche ma maman (…) Sale type! Quand je serai grand, je te taperai. Méchant papa! Je ne t’aime plus! » (p.51). Flore, qui a tant souffert pour élever ses enfants auprès de Jean-Claude qui l’a remise sur le chemin du bonheur, retrouve, malgré elle, l’image maléfique de Lucas à travers ses enfants de retour des vacances chez leur père à Kinshasa. Celui-ci, par sa position matérielle et financière, a détruit la conscience des enfants qui s’en prennent à leur mère et à son mari qu’ils méprisent car considéré comme étant à l’origine de la séparation de leurs parents Aussi, se révolte souvent Franck le fils aîné de Flore contre Jean-Claude. Le bonheur conjugal de Flore bascule dans l’incertitude. Malgré toutes ces péripéties, Jean-Claude apparaît dans le roman comme le véritable amour de Flore, son “tisserand de l’espoir”, comme elle ne cesse de le déclarer tout au long du récit. Avec Jean-Claude, c’est le contraire de ce qu’elle avait vécu avec Lucas: « Jean-Claude “Son tisserand de l’espoir!”! Lui qu’elle considérait comme un sauveur. C’était lui qui avait tendu le fil d’Ariane qui l’avait enfin sortie avec ses fils du labyrinthe des larmes où l’avait entraînée Lucas » (p.23). Avec Jean-Claude, c’est le bonheur d’une mère de deux enfants acceptée par un homme décide à reconstruire une nouvelle vie avec elle. Et la couleur de peau de Flore, ainsi que les cicatrices de son premier mariage raté n’empêchent pas Jean-Claude d’aimer Flore: « Tu es une femme de couleur (…). Veux-tu m’épouser, Flore? Je sais que tu as certainement très peur de t’engager une seconde fois par les liens sacrés du mariage » (p.114). Avec Jean-Claude, s’ouvre une nouvelle page du destin de Flore qui apparaît comme une vengeance contre celle qui était écrite avec Lucas. Bonheur du couple avec la naissance du premier enfant de Jean-Claude, troisième garçon de Flore. Bonheur qui se poursuit en Belgique avec la naissance de leur fille Samantha et cela, malgré quelques relents de racisme plus ou moins remarqués du côté de quelques parents de Jean-Claude. Bonheur qui subit quelques secousses du comportement négatif des enfants du premier lit de Flore de retour de leur séjour aux cotés de leur père. Mais les vacances passées en famille en France sauvent ce deuxième mariage de Flore, Son mari ayant repris son « comportement » d’avant.

« Miji », un roman « multidimensionnel »

En dehors du destin de Flore, que l’on peut définir à travers Lucas et Jean-Claude, plusieurs autres « histoires » tournent autour d’elle. Et celles-ci pourraient développer d’autres thématiques pertinentes dans le coulé narratif. La famille, pour l’héroïne, apparaît comme l’élément essentiel de son destin tant au niveau du terroir natal que celui de son pays d’adoption. La famille, chez Flore, est synonyme d’amour. Tous les parents (grands-parents, père, mère frères, sœurs et enfants) occupent une grande place dans son cœur. Des êtres qu’elle présente aux lecteurs dans leur réelle « vie de chair et d’os » dans un spatio-temporel qui rappelle ses origines des deux Congo. Dans ce roman où l’auteure et le narrateur omniscient semblent se superposer ; et le référentiel, au service de la fiction, est tellement accentué que le texte pourrait se lire comme un « témoignage de famille ». Ce que révèle l’universitaire René Malu wa Koni sur la 4è de couverture du roman : « Lorsqu’il aura tourné la dernière page de ce livre, le lecteur saura que l’héroïne Flore avait une mission d’écriture à accomplir pour que jamais ne meurent les siens; tous ces êtres qui ont fait partie de sa vie ». « Miji », c’est aussi le majestueux fleuve Congo qui a bercé l’enfance et l’adolescence de l’héroïne; cet élément aquatique omniprésent dans son subconscient. Cet énorme serpent d’eau qui appartient à ses racines paternelle et maternelle : « Quel long chemin parcouru depuis cette petite enfance bercée par le chant d’un fleuve aux flots tapageurs » (p.344).

Pour conclure

Avec ”Miji”, se confirme la notoriété de l’écriture d’Emilie-Flore Faignond remarquée déjà dans son premier roman « Afin que tu te souviennes » où « certains personnages rappellent quelques réalités des deux Congo, un livre plein de poésie et se présentant comme une transposition fidèle d’une partie de la vie de l’auteure » (2). Et ce constat revient dans “Miji”, une saga familiale qui ne dit pas son nom.

Noël KODIA

1. Emilie-Flore Faignond, Miji, Hibuscus Editeur, Belgique, 2008, 326p.
2. Noël Kodia-Ramata, Dictionnaire des œuvres littéraires congolaises. Ed. Paari, Paris, 2010, p.
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« MIJI » (1) d’Emilie-Flore Faignond : De l’autobiographie au romanesque

Classé dans : Non classé — 15 août, 2013 @ 4:51

« Un bonheur compromis(1), premier roman de Parfaite Mfouo

Classé dans : Non classé — 21 octobre, 2012 @ 10:06

Après Calixthe Béyala, Justine Minsta et Marie Louise Abia, pour ne citer que ces trois écrivaines remarquées ces dernières années et dont les œuvres constituent une richesse littéraire de la sous région, une autre femme vient de confirmer le rayonnement de la littérature en Afrique centrale. Avec « Un bonheur compromis », Parfaite Mfouo est entrée dans le cercle des écrivaines de la sous région.
Eve, après plusieurs tribulations causées par son beau-père et après avoir divorcé de son homme Karl, ne sait pas qu’elle retrouvera le bonheur compromis en fuyant son natal pour aller se réfugier en France. L’amour scolaire qui lie Eve à Karl se confronte aux dimensions sociales et sociétales des deux familles. Chassée du toit parental pour avoir contracté une grossesse sur les bancs de l’école, Eve semble trouver le bonheur, quand son « petit copain » Karl reviendra au pays après ses études à l’étranger. Il deviendra son mari légitime malgré l’orgueil réciproque de leurs parents. Leur mariage tant désavoué par le père de Karl sera synonyme d’enfer pour le jeune couple. « Un bonheur compromis », un récit qui se développe autour des destins des deux principaux personnages influencés par l’environnement familial. Souffrance se mariant de temps en temps avec l’amour, bonheur perturbé et érotisme sont les principaux nerfs directeurs de ce roman.
Eve : de la souffrance au bonheur tant attendu
Du début à la fin, Eve porte en elle les stigmates de la souffrance que lui impose l’élément mâle. Et le bonheur n’apparaîtra que tardivement à la clausule du récit. Ses souffrances commencent quand son père se voit déshonoré par sa grossesse. Elle est chassée de la maison avant d’y revenir, la conscience du père ayant pris le dessus sur la colère. Assistée par toute sa famille et pardonnée, elle donne naissance à une petite fille qu’elle décide d’appeler Victoria pour la circonstance. Le bonheur s’ouvre à elle après ses études quand elle rentre dans le monde du travail et qu’elle retrouve, trois ans plus tard Karl, le père de son enfant. Mais le bonheur est assombri par la mésentente de leurs deux pères à propos de leur relation quand Karl était absent du pays. Ce dernier, après ses études à l’étranger et après avoir rompu avec Rosine que lui avait proposée son père, retrouve son amour de jeunesse et son enfant. Il se propose d’épouser Eve ; aussi décide-t-il de rencontrer la famille de cette dernière. Commencent d’autres tribulations pour Eve quand, au cours d’une discussion avec son père, Karl constate que celui-ci s’oppose à son projet de mariage. Il ne peut accepter l’attitude de celui-ci qui pense plus à l’argent qu’à l’amour et qui le fait chanter : gérer l’entreprise où vivre pauvre et malheureux avec Eve : « Puisque tu as décidé de me défier, voici l’enjeu : c’est la présidence de l’entreprise ou ton amour avec Eve » (p.80). Malgré l’opposition du père d’Eve et son désaccord avec le sien, Karl tient à affronter tous les obstacles pour vivre avec son amour d’enfance. Mais le bonheur de son mariage ne sera que de courte durée, son père usera de tous les moyens pour « casser » cette union. Aussi, il arrivera à ses fins quand, il se procure des photos compromettantes d’Eve lors d’un séjour d’agrément à Pointe-Noire. Il fait chanter la pauvre femme : en échange de ces photos pour garder le secret, il demande le divorce d’avec son fils que la jeune n’accepte pas. Les souffrances d’Eve vont s’empirer quand Karl découvre l’histoire des photos dont elle confirme la véracité. On pense alors au divorce. A partir de ce moment, la haine et l’amour se côtoient paradoxalement dans leur foyer. Et le comble est atteint quand, par inadvertance, Eve se fait engrosser par son homme de Pointe-Noire. Pour se venger de ce déshonneur, Karl, dans une dispute avec Eve chez elle, la viole à même le sol pour la punir de son infidélité : « Je vais prendre ce qui me revient de droit, et crois moi je vais t’ôter l’envie de recommencer. Joignant le geste à la parole, Karl ouvrit sa braguette (…). Il lui écarta les jambes avec fracas et s’enfonça dans sa profondeur d’un trait avec brutalité » (p.170). Humiliée et ne pouvant supporter ces souffrances qui ne que se multiplier malgré son amour pour Karl, elle décide s’exiler en France pour reconstruire sa vie. Mais encore une fois de plus, le destin le fait revenir vers Karl quand celui-ci les rejoint à Paris : ils revivent ensemble l’amour-passion au-delà de l’amour-adulte qui les font souffrir. Et quand Karl supplie son père de les laisser tranquilles dans leur amour malgré tout ce qui s’est passé, il décide de revenir au pays avec sa petite famille car le père a accepté la demande du fils. Aussi commence enfin le vrai bonheur des deux amoureux qui avait été compromis par les aléas de leurs destins : « Tu m’as manqué et je suis heureux de t’avoir retrouvée/Je t’aime, répondit-elle/(…) Tu me promets de mettre une croix sur ce qui s’est passé ?/Je te le promets » (p.202).
« Un bonheur compromis », un roman d’amour-passion sur fond de souffrance
Malgré toutes les désagréables péripéties qu’ils rencontrent, Karl et Eve vivent pleinement leur amour en défiant tous les obstacles. Et l’auteure le traduit par une couche d’érotisme qui revient de temps à autre au cours de la diégèse comme on peut le constater ci-après : « Ils se reposaient dans les bras l’un de l’autre et faisaient l’amour au salon même avant d’aller se coucher ; c’était tous les ours pareil » (p.69). Ils sont tellement consumés par les feux de l’amour qu’aucun endroit ne les empêchent s’éclater : « Leurs lèvres se cherchèrent et se trouvèrent (…) Eve tira Karl jusqu’aux toilettes attenantes à son bureau et ferma la porte à clé. Là ils firent l’amour debout avec passion et excités par cet endroit exigu » (p.105). Aussi l’acidité fictionnelle consécutive aux souffrances endurées par les deux amoureux se voit atténuées par ces scènes érotiques qui donnent une autre dimension au récit.
Quand les parents s’intéressent à l’amour de leurs enfants
Ce récit soulève un problème social qui caractérise la place des parents dans le mariage de leurs progénitures. Ici se révèle un amour que le père de Karl qualifie d’intérêt car il ne veut pas que son fils épouse Eve, une fille issue de famille pauvre : « Tu me fais perdre patience fiston. Combien de fois dois-je te dire que cette fille n’est pas assez bien pour toi ?/Qu’est ce que tu en sais ?/mais ouvre tes yeux bon sang ; sa famille est pauvre » (p.78). Malgré sa mère qui a tout fait pour qu’il trouve son bonheur en la fille qu’il aime, Karl ne pourra sortir du plan machiavélique de son père. Se découvrent quelques pans de la société congolaise gangrénée encore par le traditionnel au niveau de la conception du mariage. Mais l’auteure révèle la didactique de son roman en faisant échouer l’autorité du père qui sera obligé d’accepter le choix du fils. S’ouvre ç la fin du récit une nouvelle page des destins des deux amoureux : « Karl se sentait soulagé d’un grand poids. Cette fois, c’était bien fini ; son père laisserait Eve tranquille car M. Kana était connu par sa fidélité à sa parole » (p.199).
Un récit simple et agréable à lire et qui annonce une écrivaine prometteuse quand elle saura donner une autre dimension au signifiant de son écriture. Avec ce roman, on peut dire que, laEcrivaines d’Afrique centrale :
« Un bonheur compromis » (1), premier roman de la Congolaise Parfaite Mfouo
Après Calixthe Béyala, Justine Minsta et Marie Louise Abia, pour ne citer que ces trois écrivaines remarquées ces dernières années et dont les œuvres constituent une richesse littéraire de la sous région, une autre femme vient de confirmer le rayonnement de la littérature en Afrique centrale. Avec « Un bonheur compromis », Parfaite Mfouo est entrée dans le cercle des écrivaines de la sous région.
Eve, après plusieurs tribulations causées par son beau-père et après avoir divorcé de son homme Karl, ne sait pas qu’elle retrouvera le bonheur compromis en fuyant son natal pour aller se réfugier en France. L’amour scolaire qui lie Eve à Karl se confronte aux dimensions sociales et sociétales des deux familles. Chassée du toit parental pour avoir contracté une grossesse sur les bancs de l’école, Eve semble trouver le bonheur, quand son « petit copain » Karl reviendra au pays après ses études à l’étranger. Il deviendra son mari légitime malgré l’orgueil réciproque de leurs parents. Leur mariage tant désavoué par le père de Karl sera synonyme d’enfer pour le jeune couple. « Un bonheur compromis », un récit qui se développe autour des destins des deux principaux personnages influencés par l’environnement familial. Souffrance se mariant de temps en temps avec l’amour, bonheur perturbé et érotisme sont les principaux nerfs directeurs de ce roman.
Eve : de la souffrance au bonheur tant attendu
Du début à la fin, Eve porte en elle les stigmates de la souffrance que lui impose l’élément mâle. Et le bonheur n’apparaîtra que tardivement à la clausule du récit. Ses souffrances commencent quand son père se voit déshonoré par sa grossesse. Elle est chassée de la maison avant d’y revenir, la conscience du père ayant pris le dessus sur la colère. Assistée par toute sa famille et pardonnée, elle donne naissance à une petite fille qu’elle décide d’appeler Victoria pour la circonstance. Le bonheur s’ouvre à elle après ses études quand elle rentre dans le monde du travail et qu’elle retrouve, trois ans plus tard Karl, le père de son enfant. Mais le bonheur est assombri par la mésentente de leurs deux pères à propos de leur relation quand Karl était absent du pays. Ce dernier, après ses études à l’étranger et après avoir rompu avec Rosine que lui avait proposée son père, retrouve son amour de jeunesse et son enfant. Il se propose d’épouser Eve ; aussi décide-t-il de rencontrer la famille de cette dernière. Commencent d’autres tribulations pour Eve quand, au cours d’une discussion avec son père, Karl constate que celui-ci s’oppose à son projet de mariage. Il ne peut accepter l’attitude de celui-ci qui pense plus à l’argent qu’à l’amour et qui le fait chanter : gérer l’entreprise où vivre pauvre et malheureux avec Eve : « Puisque tu as décidé de me défier, voici l’enjeu : c’est la présidence de l’entreprise ou ton amour avec Eve » (p.80). Malgré l’opposition du père d’Eve et son désaccord avec le sien, Karl tient à affronter tous les obstacles pour vivre avec son amour d’enfance. Mais le bonheur de son mariage ne sera que de courte durée, son père usera de tous les moyens pour « casser » cette union. Aussi, il arrivera à ses fins quand, il se procure des photos compromettantes d’Eve lors d’un séjour d’agrément à Pointe-Noire. Il fait chanter la pauvre femme : en échange de ces photos pour garder le secret, il demande le divorce d’avec son fils que la jeune n’accepte pas. Les souffrances d’Eve vont s’empirer quand Karl découvre l’histoire des photos dont elle confirme la véracité. On pense alors au divorce. A partir de ce moment, la haine et l’amour se côtoient paradoxalement dans leur foyer. Et le comble est atteint quand, par inadvertance, Eve se fait engrosser par son homme de Pointe-Noire. Pour se venger de ce déshonneur, Karl, dans une dispute avec Eve chez elle, la viole à même le sol pour la punir de son infidélité : « Je vais prendre ce qui me revient de droit, et crois moi je vais t’ôter l’envie de recommencer. Joignant le geste à la parole, Karl ouvrit sa braguette (…). Il lui écarta les jambes avec fracas et s’enfonça dans sa profondeur d’un trait avec brutalité » (p.170). Humiliée et ne pouvant supporter ces souffrances qui ne que se multiplier malgré son amour pour Karl, elle décide s’exiler en France pour reconstruire sa vie. Mais encore une fois de plus, le destin le fait revenir vers Karl quand celui-ci les rejoint à Paris : ils revivent ensemble l’amour-passion au-delà de l’amour-adulte qui les font souffrir. Et quand Karl supplie son père de les laisser tranquilles dans leur amour malgré tout ce qui s’est passé, il décide de revenir au pays avec sa petite famille car le père a accepté la demande du fils. Aussi commence enfin le vrai bonheur des deux amoureux qui avait été compromis par les aléas de leurs destins : « Tu m’as manqué et je suis heureux de t’avoir retrouvée/Je t’aime, répondit-elle/(…) Tu me promets de mettre une croix sur ce qui s’est passé ?/Je te le promets » (p.202).
« Un bonheur compromis », un roman d’amour-passion sur fond de souffrance
Malgré toutes les désagréables péripéties qu’ils rencontrent, Karl et Eve vivent pleinement leur amour en défiant tous les obstacles. Et l’auteure le traduit par une couche d’érotisme qui revient de temps à autre au cours de la diégèse comme on peut le constater ci-après : « Ils se reposaient dans les bras l’un de l’autre et faisaient l’amour au salon même avant d’aller se coucher ; c’était tous les ours pareil » (p.69). Ils sont tellement consumés par les feux de l’amour qu’aucun endroit ne les empêchent s’éclater : « Leurs lèvres se cherchèrent et se trouvèrent (…) Eve tira Karl jusqu’aux toilettes attenantes à son bureau et ferma la porte à clé. Là ils firent l’amour debout avec passion et excités par cet endroit exigu » (p.105). Aussi l’acidité fictionnelle consécutive aux souffrances endurées par les deux amoureux se voit atténuées par ces scènes érotiques qui donnent une autre dimension au récit.
Quand les parents s’intéressent à l’amour de leurs enfants
Ce récit soulève un problème social qui caractérise la place des parents dans le mariage de leurs progénitures. Ici se révèle un amour que le père de Karl qualifie d’intérêt car il ne veut pas que son fils épouse Eve, une fille issue de famille pauvre : « Tu me fais perdre patience fiston. Combien de fois dois-je te dire que cette fille n’est pas assez bien pour toi ?/Qu’est ce que tu en sais ?/mais ouvre tes yeux bon sang ; sa famille est pauvre » (p.78). Malgré sa mère qui a tout fait pour qu’il trouve son bonheur en la fille qu’il aime, Karl ne pourra sortir du plan machiavélique de son père. Se découvrent quelques pans de la société congolaise gangrénée encore par le traditionnel au niveau de la conception du mariage. Mais l’auteure révèle la didactique de son roman en faisant échouer l’autorité du père qui sera obligé d’accepter le choix du fils. S’ouvre ç la fin du récit une nouvelle page des destins des deux amoureux : « Karl se sentait soulagé d’un grand poids. Cette fois, c’était bien fini ; son père laisserait Eve tranquille car M. Kana était connu par sa fidélité à sa parole » (p.199).
Un récit simple et agréable à lire et qui annonce une écrivaine prometteuse quand elle saura donner une autre dimension au signifiant de son écriture. Avec ce roman, on peut dire que, la création littéraire a encore de beaux jours dans le cercle des écrivaines congolaises.
Noël KODIA
(1) P. Mfouo, « Un bonheur compromis », éd. Pensée, Aix-en-Provence, 2010, 202p. 17 ,50 €

Ecrivaines d’Afrique centrale :
« Un bonheur compromis » (1), premier roman de la Congolaise Parfaite Mfouo
Après Calixthe Béyala, Justine Minsta et Marie Louise Abia, pour ne citer que ces trois écrivaines remarquées ces dernières années et dont les œuvres constituent une richesse littéraire de la sous région, une autre femme vient de confirmer le rayonnement de la littérature en Afrique centrale. Avec « Un bonheur compromis », Parfaite Mfouo est entrée dans le cercle des écrivaines de la sous région.
Eve, après plusieurs tribulations causées par son beau-père et après avoir divorcé de son homme Karl, ne sait pas qu’elle retrouvera le bonheur compromis en fuyant son natal pour aller se réfugier en France. L’amour scolaire qui lie Eve à Karl se confronte aux dimensions sociales et sociétales des deux familles. Chassée du toit parental pour avoir contracté une grossesse sur les bancs de l’école, Eve semble trouver le bonheur, quand son « petit copain » Karl reviendra au pays après ses études à l’étranger. Il deviendra son mari légitime malgré l’orgueil réciproque de leurs parents. Leur mariage tant désavoué par le père de Karl sera synonyme d’enfer pour le jeune couple. « Un bonheur compromis », un récit qui se développe autour des destins des deux principaux personnages influencés par l’environnement familial. Souffrance se mariant de temps en temps avec l’amour, bonheur perturbé et érotisme sont les principaux nerfs directeurs de ce roman.
Eve : de la souffrance au bonheur tant attendu
Du début à la fin, Eve porte en elle les stigmates de la souffrance que lui impose l’élément mâle. Et le bonheur n’apparaîtra que tardivement à la clausule du récit. Ses souffrances commencent quand son père se voit déshonoré par sa grossesse. Elle est chassée de la maison avant d’y revenir, la conscience du père ayant pris le dessus sur la colère. Assistée par toute sa famille et pardonnée, elle donne naissance à une petite fille qu’elle décide d’appeler Victoria pour la circonstance. Le bonheur s’ouvre à elle après ses études quand elle rentre dans le monde du travail et qu’elle retrouve, trois ans plus tard Karl, le père de son enfant. Mais le bonheur est assombri par la mésentente de leurs deux pères à propos de leur relation quand Karl était absent du pays. Ce dernier, après ses études à l’étranger et après avoir rompu avec Rosine que lui avait proposée son père, retrouve son amour de jeunesse et son enfant. Il se propose d’épouser Eve ; aussi décide-t-il de rencontrer la famille de cette dernière. Commencent d’autres tribulations pour Eve quand, au cours d’une discussion avec son père, Karl constate que celui-ci s’oppose à son projet de mariage. Il ne peut accepter l’attitude de celui-ci qui pense plus à l’argent qu’à l’amour et qui le fait chanter : gérer l’entreprise où vivre pauvre et malheureux avec Eve : « Puisque tu as décidé de me défier, voici l’enjeu : c’est la présidence de l’entreprise ou ton amour avec Eve » (p.80). Malgré l’opposition du père d’Eve et son désaccord avec le sien, Karl tient à affronter tous les obstacles pour vivre avec son amour d’enfance. Mais le bonheur de son mariage ne sera que de courte durée, son père usera de tous les moyens pour « casser » cette union. Aussi, il arrivera à ses fins quand, il se procure des photos compromettantes d’Eve lors d’un séjour d’agrément à Pointe-Noire. Il fait chanter la pauvre femme : en échange de ces photos pour garder le secret, il demande le divorce d’avec son fils que la jeune n’accepte pas. Les souffrances d’Eve vont s’empirer quand Karl découvre l’histoire des photos dont elle confirme la véracité. On pense alors au divorce. A partir de ce moment, la haine et l’amour se côtoient paradoxalement dans leur foyer. Et le comble est atteint quand, par inadvertance, Eve se fait engrosser par son homme de Pointe-Noire. Pour se venger de ce déshonneur, Karl, dans une dispute avec Eve chez elle, la viole à même le sol pour la punir de son infidélité : « Je vais prendre ce qui me revient de droit, et crois moi je vais t’ôter l’envie de recommencer. Joignant le geste à la parole, Karl ouvrit sa braguette (…). Il lui écarta les jambes avec fracas et s’enfonça dans sa profondeur d’un trait avec brutalité » (p.170). Humiliée et ne pouvant supporter ces souffrances qui ne que se multiplier malgré son amour pour Karl, elle décide s’exiler en France pour reconstruire sa vie. Mais encore une fois de plus, le destin le fait revenir vers Karl quand celui-ci les rejoint à Paris : ils revivent ensemble l’amour-passion au-delà de l’amour-adulte qui les font souffrir. Et quand Karl supplie son père de les laisser tranquilles dans leur amour malgré tout ce qui s’est passé, il décide de revenir au pays avec sa petite famille car le père a accepté la demande du fils. Aussi commence enfin le vrai bonheur des deux amoureux qui avait été compromis par les aléas de leurs destins : « Tu m’as manqué et je suis heureux de t’avoir retrouvée/Je t’aime, répondit-elle/(…) Tu me promets de mettre une croix sur ce qui s’est passé ?/Je te le promets » (p.202).
« Un bonheur compromis », un roman d’amour-passion sur fond de souffrance
Malgré toutes les désagréables péripéties qu’ils rencontrent, Karl et Eve vivent pleinement leur amour en défiant tous les obstacles. Et l’auteure le traduit par une couche d’érotisme qui revient de temps à autre au cours de la diégèse comme on peut le constater ci-après : « Ils se reposaient dans les bras l’un de l’autre et faisaient l’amour au salon même avant d’aller se coucher ; c’était tous les ours pareil » (p.69). Ils sont tellement consumés par les feux de l’amour qu’aucun endroit ne les empêchent s’éclater : « Leurs lèvres se cherchèrent et se trouvèrent (…) Eve tira Karl jusqu’aux toilettes attenantes à son bureau et ferma la porte à clé. Là ils firent l’amour debout avec passion et excités par cet endroit exigu » (p.105). Aussi l’acidité fictionnelle consécutive aux souffrances endurées par les deux amoureux se voit atténuées par ces scènes érotiques qui donnent une autre dimension au récit.
Quand les parents s’intéressent à l’amour de leurs enfants
Ce récit soulève un problème social qui caractérise la place des parents dans le mariage de leurs progénitures. Ici se révèle un amour que le père de Karl qualifie d’intérêt car il ne veut pas que son fils épouse Eve, une fille issue de famille pauvre : « Tu me fais perdre patience fiston. Combien de fois dois-je te dire que cette fille n’est pas assez bien pour toi ?/Qu’est ce que tu en sais ?/mais ouvre tes yeux bon sang ; sa famille est pauvre » (p.78). Malgré sa mère qui a tout fait pour qu’il trouve son bonheur en la fille qu’il aime, Karl ne pourra sortir du plan machiavélique de son père. Se découvrent quelques pans de la société congolaise gangrénée encore par le traditionnel au niveau de la conception du mariage. Mais l’auteure révèle la didactique de son roman en faisant échouer l’autorité du père qui sera obligé d’accepter le choix du fils. S’ouvre ç la fin du récit une nouvelle page des destins des deux amoureux : « Karl se sentait soulagé d’un grand poids. Cette fois, c’était bien fini ; son père laisserait Eve tranquille car M. Kana était connu par sa fidélité à sa parole » (p.199).
Un récit simple et agréable à lire et qui annonce une écrivaine prometteuse quand elle saura donner une autre dimension au signifiant de son écriture. Avec ce roman, on peut dire que, la création littéraire a encore de beaux jours dans le cercle des écrivaines congolaises.
Noël KODIA
(1) P. Mfouo, « Un bonheur compromis », éd. Pensée, Aix-en-Provence, 2010, 202p. 17 ,50 €

création littéraire a encore de beaux jours dans le cercle des écrivaines congolaises.

(1) P. Mfouo, « Un bonheur compromis », éd. Pensée, Aix-en-Provence, 2010, 202p. 17 ,50 €

« Les parodies du bonheur » (1) de Dina Mahoungou

Classé dans : Non classé — 19 mai, 2012 @ 9:35

« Les parodies du bonheur » (1) de Dina Mahoungou

« Les parodies du bonheur » (1) de Dina Mahoungou   Dina_Mahoungou3-200x300« Les parodies du bonheur », un recueil de huit nouvelles qui construisent un pont entre le natal de l’auteur et le pays dans lequel il vit depuis plusieurs décennies. La mort, la politique africaine construite sur la monstruosité du pouvoir, l’amour idyllique, tels sont les principaux thématiques que développe Dina Mahoungou avec une écriture directe et incisive.

Quand la mort accompagne les personnages de Dina Mahoungou
Après 23 ans d’absence, le personnage de Mahoungou (quand le narrateur se confond à l’auteur) dans « La Dormition de Denise » revient au Congo et découvre sa mère Denise rongée par un cancer de l’utérus. Au cours de la réunion familiale, le héros-narrateur, accompagné par ses enfants, réalise les métamorphoses de la vie du village qu’il a quitté depuis. Tout y semble nager dans la tristesse. Les enfants qui y rêvaient vivre le pittoresque sauvage africain constatent que leur père est en train de « suivre » la mort de leur grand-mère. A 53 ans, la mère du héros-narrateur a été meurtrie par la maladie. Et c’est avec peine que l’enfant vit ses derniers moments : « Les gens autour d’elle étaient bouleversés (…) ses derniers jours étaient une mise à mort en direct (…). Je voyais se disloquer ce que ma vie avait vénéré… » (p.20). Aussi, avec la mort de sa mère, le héros se découvre solitaire face à l’infini de la vie : « A ce jour, je suis devenu solitaire (…) ma mère avait emmené avec elle ou en elle mon peu d’amour et de liberté » (p.28). Le thème de la mort qui est souvent un leitmotiv de l’auteur car déjà longuement abordé dans son roman « Agonies en Françafrique », accompagne presque la plupart de ses personnages. Les quatre musiciens dans « Le chant des douves » trouvent la mort après leur énigmatique destin qui tourne autour de l’histoire de la vieille Simone internée dans un hôpital psychiatrique. Et c’est avec une note triste que se termine l’histoire du « Chant des douves » : « A cette mort atroce des musiciens, la voix de la fée (…) vaut un pesant d’or depuis longtemps… » (p.150). C’est dans « Le sens du combat » qu’elle crée un pont entre la fiction et la politique. Apparaît dans l’histoire de la jeune Bertille une catastrophe quand les militaires, dans l’exercice de leur métier, distribuent la mort à une partie de la population en rébellion. Mais la mort dans ce livre n’a pas la même signification. Elle souligne une grande perte familiale dans le premier texte quand le personnage de Mahoungou, le héros-narrateur, se trouve confronte au décès de sa mère. Elle est violente dans « Le sens du combat » quand Tata Rumba et ses partisans essaient de résister contre les militaires du pouvoir : « Du côté des partisans de Tata Rumba, une grosse mitraillette tirait à partir des buissons, des centaines de militaires trouvèrent la mort » (p.103). Et cette mort violente, constatée dans cette cinquième nouvelle, fait écho à certains pays africains dirigés par des hommes de paille.
Livre.Dina_Mah-210x300« Les parodies du bonheur » : la caricature des dictateurs africains
Comme la plupart des écrivains contemporains du continent, Dina Mahoungou s’attaque aux pays africains martyrisés par les dictatures militaires. Aussi, des pays imaginaires du livre reflètent certains quotidiens réels du continent. Dans « Les derniers jours des Kérébé », l’auteur nous présente l’Afrique des dictateurs avec ses tristes réalités à travers le personnage du président Kérébé. Celui-ci, soupçonnant un complot qui pourrait le renverser, se réfugie sur une île qui est une caserne militaire car abandonné à lui-même par quelques uns de ses proches : « Kérébé, ancien président à vie qui croyait avait l’autorité du talent et de la vertu, se résignait désormais seul, abandonné de quelques uns de ses amis » p.41). A l’image de certains pouvoirs en Afrique, le dictateur ne peut que constater la fin de son pouvoir prédit par Lukuta, le féticheur de sa femme. Aussi, la destruction de l’île Posso Posso va annoncer la fin de sa dynastie. L’image indécente du pouvoir africain se reflète aussi dans « La tragédie des Zola-Bantou » avec la dénonciation du tribalisme et du rejet du communautarisme. Des jeunes révoltés et leur famille sont interdits de séjour pendant 20 ans dans la capitale du pays où la dictature et la tyrannie se vivent au quotidien : « Pour museler l’irrédentisme, le pouvoir avait recours à des escadrons de la mort qui avaient encerclé toute la tribu et infiltré tous les points chauds de la ville » (p.57). Et le cynisme de l’homme politique se dévoile dans « L’enfer, à l’exclusion de tout autre lieu » à travers l’incarcération de Oulipo, un prisonnier politique. Louise Eugénie sa femme est obligée de se « dévergonder » pour le libérer de cette situation. Malheureusement la cruauté et l’animalité du politique prendront le dessus sur elle : son homme trouvera la mort suite à une torture : « La jeune Lari experte en cruauté s’était mise en devoir de lui labourer la verge à l’aide d’une scie à métaux, elle lui trancha la langue à l’aide d’un couteau suisse… » (p.81). Le sadisme du politique africain se découvre aussi à travers le personnage du maréchal dans « Le sens du combat » qui épouse agréablement le tragique. Dans ce texte, l’homme politique évolue dans le sadisme, comme le précise Dina Mahoungou : « Ici, le sadisme est érigé en règle de conduite ; des ballets de 4×4 voraces des soldats de la force tranquille entourés des blindés des cadors de la milice populaire dissèquent les faits et gestes dans tout le territoire » (p.90). La femme dans « La tragédie des Zola-Bantou » épouse l’image de militant d’avant-gardiste comme la jeune Samba dia M’Poukou influencée par la pensée philosophique de Sartre. La femme dans « Les parodies du bonheur » se voit humiliée quand l’homme montre son cynisme en profitant de la « violer » comme dans « L’enfer à l’exécution de tout autre lieu ». Mais une autre image plus gaie de la femme nous est présentée par Dina Mahoungou.

Femmes, amour et érotisme dans « les parodies du bonheur »
Malgré l’acidité de quelques pans des diégèses rapportées et la bestialité du politique africain que dénoncent certains textes de l’ouvrage, celui-ci « parodie le bonheur » de l’homme à travers le sensuel et la sensualité de la femme. C’est dans les trois dernières nouvelles du recueil que la femme se découvre « érotique » à travers les souvenirs qui sont contés par les narrateurs. Dans « Le sens du combat », Lise Bertille, fille du ministre au pouvoir, se découvre sexuellement après 19 ans de puberté, et son érotisme se voit multiplier par cinq pour rattraper le temps perdu : « [Elle] venait de (…) perdre la dignité de la qualité (…). Un lieutenant d’intendance, un commis de cuisine, un tireur d’élite, un plombier-zingueur, un margeur massicotier en imprimerie faisaient la joie de sa nymphomanie maladive » (p.89). C’est dans les bras du lieutenant que Bertille fait éclater son érotisme : « Les mains du lieutenant (…) enveloppaient les seins de Bertille. Celle-ci soupirait comme une fille follieuse. (…) [La bouche de l’homme] suçotait tout le corps en répression, c’était une promenade sensuelle et fougueuse sur le corps de la fille » (p.91). Une scène de ce genre : l’histoire d’Adama dans « Don juan, roi de la brousse », un sans-papier, expulsé de France, dont le récit rappelle les aventures sentimentales avec une certaine Lebowska qui lui avait promis des papiers pour vivre avec elle : « [Lebowska] était à un tel état d’excitation qu’elle hennissait (…). Après ils s’étaient déshabillés, le pauvre Adama plein de courbatures (…) avait dégagé l’ultime jet. Un jet précipité bien déchargé entre les grosses cuisses de la truie. » (p.122). Et dans « PaoloTiti », se découvrent les souvenirs d’un autre narrateur qui exalte son amour pour Marie-France : « Je respire le parfum de ses aisselles. Toute joie bue dans ce corps olivier entre la bouche et les cuisses » (p.136).

« Les parodies du bonheur » : des textes couleur kongo et française
S’il est un point qui caractérise « Les parodies du bonheur », c’est le trait d’union que trace Dina Mahoungou au niveau du littéral entre les réalités kongo et françaises. Dans le texte s’y révèle une sorte d’autobiographie : « La plupart des gens avaient une démarche polie de nous saluer mon petit-frère Joseph Mahoungou et moi » (p.26). Une grande partie des patronymes des personnages appartiennent aux réalités kongo et française. Ta Boumpoutou (p.13), Ta Kongo (p.23), Samba dia M’Poukou (p.55), Yala Vounga (p.56) sont des noms kongo qui côtoient les français tels Laurent Georges (p.24), Nathalie Rottier (p.26). Dans l’univers romanesque, on constate que les histoires rapportées se passent en France et au Congo : « A 23 ans je revins de France, mes premières vacances au Congo » (p.19). Le récit de « Paolo Titi » se passe en France. Adama, le sans papier dans « Don juan 98 : Roi de la brousse », après sa mésaventure en France, va se retrouver chez lui à Mavoula-Kongo. Mais c’est au niveau du scriptural que l’auteur donne une autre dimension fictionnelle au livre. Il crée des lieux qui définissent le « métissage culturel » créant un pont entre les réalités kongo et françaises, particulièrement dans « La dormition de Denise » avec des endroits comme « Mabaya-la-Foyère aux hulots », « Louingui-les bosquets » et « Yanga-sous-bois » (p.15).
Les parodies du bonheur, un livre qui mérite plusieurs lectures à cause de la richesse de ses thématiques. Se remarque dans ce livre un travail au niveau du littéral : la mise en abyme de la littérature dans « Paola Titi » et l’isotopie de l’eau dans « Le chant des douves ». Il y a aussi dans cet ouvrage un autre style de récit : la revalorisation des cultures kongo et française. Un style qui paraît propre à l’auteur qui vit au carrefour de ces deux cultures. « Les parodies du bonheur », un livre qui mérite un autre regard des critiques traditionnelle et moderne pour en découvrir son substantifique moelle.


(1) « Les parodies du bonheur », Dina Mahoungou, éd. Bénévent, Nice, mars 2012, 150p. 13,50€

Tendre Nostalgie de Y.F. de Nkodia-Mantseka ou la vertu d’amer au-delà de soi-même

Classé dans : Non classé — 13 mai, 2012 @ 9:31

LIVRE

« Tendre Nostalgie » (1) de Y.F. Nkodia-Mantseka ou la vertu d’aimer au-delà de soi-même

Entre la vie et la mort, le destin d’un homme trouve son compte. Et c’est sur ce trajet virtuel qu’Yves Fernand Nkodia-Mantseka développe une poésie qui se fonde sur l’Homme. Une poésie pleine de tendresse et de nostalgie.

 

 

2570680-3628488 dans

l’auteur de l’article Noël KODIA-RAMATA

Une quarantaine de poèmes définit « Tendre Nostalgie ». Le bonheur, l’amour et l’espoir de l’homme, parfois rattrapé par quelques morceaux de douleur et de tristesse, le silence ami du poète, le désir d’une « monde un » pour l’Afrique et son Congo natal, la femme sentimentale et l’image d’outre tombe de son père, tels sont les multiples directions où se dirige le regard du poète.

Une poésie qui n’agresse pas, une poésie de combat spirituel où l’auteur se dévoile par son côté humain. Un recueil de poèmes qui tourne le dos au souffle aigu, engagé  et revendicateur de ses aînés tels Tchicaya U Tam’Si, Tati Loutard et Maxime Ndébéka.

Bonheur, amour et espoir

Du début à la fin, « Tendre Nostalgie » nous révèle en grand partie un sentiment de bonheur où l’amour et l’espoir restent permanents :

« Entre ciel et terre,/L’indicible a établi une échelle de vie/A nous de chercher/Pour cueillir notre étoile du destin/Et trouver la clé de l’éternel bonheur » (p.19).

Nkodia-Mantseka se montre optimiste tout au long dans ses appels à l’homme. Celui-ci étant incapable d’appréhender le futur comme il le fait pour ses passé et présent car il n’est pas l’égal de Dieu :

« Chaque jour la vie nous apprend/A ouvrir une nouvelle porte/ (…) Le futur ne nous appartient pas » (p.20).

Il doit alors aller chercher son bonheur dans la paix et l’amour :

« Toutes les doctrines périront avec le temps de l’âge/(…) Seul restera dans l’immense glèbe de la vie/L’écho unissant l’amour » (p.21).

Nkodia-Mantseka est un poète de l’amour de la paix et de l’amour qu’il cultive tout au long de son inspiration :

« Le soleil m’a donné l’amour/L’espoir faisant grandir la patience/Aujourd’hui, c’est le temps d’aimer » (p.38).

Mais le poète a beau chanter le bonheur, l’amour et la paix, ceux-ci se voient toujours rattrapés par la main sale de la douleur et de la tristesse qui font partie des vicissitudes de la vie de l’homme :

« Les blessures ne se ferment jamais avec l’âge du temps/(…)Les déceptions jonchent ce sentier de l’écolier de la terre » (p.22).

Mais devant cette dualité bonheur/douleur qui marque le destin du poète, celui-ci est obligé d’être ami du silence.

Le silence, ami du poète

Nkodia-Mantseka est un poète du silence où nostalgie et tendresse viennent à tout moment le solliciter. Le silence, c’est aussi l’image de l’outre-tombe que nous rencontrerons dans la dernière partie du recueil :

« O Silence constructeur de ma vie/(…)O Silence, forces ensorceleuses » (p.26).

Le silence, ami du poète est en relation avec les hommes pour créer un monde de bonheur où l’enfance et les souvenirs reviennent à la surface de ses pensées. Le temporel et la campagne-nature sont deux instances qui accompagnent le poète :

« Le soir à la campagne des anciens/Le silence parle aux hommes/Le silence gardé dans la case de chacun/Embellit le repos réparateur de tous » (p.49).

Enfance et souvenirs

Quel écrivain, quel poète ou quel philosophe qui n’a pas plongé dans l’analepse de son destin pour créer un autre moi ? Nkodia-Mantseka ne fait pas exception. Après une absence du pays de plus de deux décennies (il vit en France depuis décembre 1989), enfance et souvenirs s’entrechoquent  en lui :

« Mes instants de jeunesse passent/En laissant des souvenirs/Emmurés, craquelés par le temps » (p.48)

L’enfance du poète joue à cache- cache avec ses souvenirs. Car dans le destin d’un homme, de surcroit poète, il est difficile de séparer ses deux instances de l’âme intérieure. Toutes les images ayant marqué le subconscient du poète se réveillent à certains moments de son inspiration :

« Autour des jardins d’enfants, (…)/Des instants de jeunesse passent/En laissant des souvenirs (…)/Les jeux d’enfance furent des dessins/Des bateaux de papier dans les marigots » (p.48)

De l’enfance aux souvenirs, il n y a qu’un pas. Aussi, dans ses souvenirs, se réveillent bonheur et tristesse, comme pour marquer la dualité du destin de l’homme où heurs et malheurs se côtoient :

« Souviens-toi du parc somptueux, mystérieux/(…) Et ce perroquet qui chantait les airs funèbres/En répétant la voix des morts dans les ténèbres » (p.52).

La somme de l’enfance et des souvenirs étant le produit de l’actuel Nkodia-adulte. Celui-ci est devenu un homme pluriel au niveau social et sociétal. Homme de cœur, il est pour une seule humanité. C’est l’apôtre d’un « monde un », d’un village planétaire, d’une « Afrique une ». Un monde où l’amour entre les hommes devient le leitmotiv du poète :

« O Peuples du monde restons dans la fraternité/Notre unique patrie s’appelle l’humanité/Chassent l’antisémitisme, la xénophobie… » (p.43).

Et dans cet appel à un « monde un », Nkodia-Mantseka n’oublie pas ses racines qui prennent naissance sur la terre africaine. C’est dans la cinquième partie du livre que l’on entend la voix du continent. Le poète y chante son Afrique qui fut un grand continent dans le monde :

« Les seigneurs pharaons reviendront en Afrique/pour ciseler les pierres des temples anciens/Où demeure encor caché l’arcane magique/Qui magnifie l’Egypte antique des miens »(p.59).

La fraternité, l’amour qu’il a prônés pour « un monde un » trouve aussi sa place au niveau de son Afrique qui doit se débarrasser de cette tare qui la déshonore ; il le lui crie haut et fort :

« Ramène tes enfants vers la case commune/Et fais taire le tribalisme, le régionalisme/Qui les affrontent, les divisent totalement » (p.63).

Et comme le Congo natal fait partie de ce continent malade, il ne peut s’empêcher d’exprimer son nationalisme positive, malgré les quelques mésententes que travers le pays :

« Demain nos petits enfants sèmeront l’amour, (…)/Le Congo restera un pays toujours plus beau,/Les martyrs reviendront avec un grand flambeau/Qui marquera la fin des guerres fratricides,/Le sang d’alors fera germer les temps placides » (p.54).

Le poète est un homme complet dans toute la sphère des sentiments tel l’amour idyllique et la mort qu’il porte consciemment et inconsciemment en lui. Nkodia-Mantseka, au niveau de l’image de la femme, apparaît timide : il ne pousse pas loin le sentimental comme on le remarque  par exemple chez Tati Loutard qui, à un certain moment, baigne dans l’érotisme. Les amours de Nkodia-Mantseka vivent souvent son natal et sont presque nominés. « La Parisienne » :

« Le visage de mon amour est doux et serein/Elle passe au bord de la Seine en veste d’hiver,/Son allure svelte exalte mon âme langoureuse » (p.73).

La mort qui ponctue la vie de tout être vivant arrive à son tour  dans le recueil où l’image du père qui n’est plus est gravée dans la conscience du poète :

« Où se trouve mon tendre et magnifique père ?/Il est dans un autre monde majestueux (…)/Enterré au cimetière de mes aïeux » (p.80).

Avec un style qui lui est propre et qui s’écarte de l’agressivité et la fougue verbale des autres poètes congolais, Nkodia-Mantseka commence à écrire dans « Tendre Nostalgie », une autre page de la poésie congolaise. Comme le spécifie bien son préfacier, « sa poésie est belle comme un service public. Il est l’homme de la solidarité, de la communication avec les plus souffrants ».

Yves Fernand Nkodia-Mantseka, un jeune poète que les Africains en général et les Congolais en particulier doivent lire et relire pour aller vers « un monde un », gage d’une Afrique émergente.

Noël KODIA

(1)             Yves Fernand Nkodia-Mantseka, « Tendre Nostalgie », éd. Edilivre, Paris, 2011, 83p. 12,50 €

 

Source de l’article: Afriqueducation numéro 347 du 1er au 15 mai 2012 page 37 à 38

 

« Rêves sur cendres » (1) de Ngoma Malanda ou le rêve des rêves

Classé dans : Non classé — 10 février, 2012 @ 10:06

Sur les traces de leurs doyens, les jeunes poètes ne cessent de travailler leur imagination. Dans les rêves qu’il porte en lui, Sauve-Gérard Ngoma Malanda qui, à certains moments s’éclaire de la lumière de Tchicaya U Tam’Si, nous plonge dans la poésie du Christ, de la femme et de l’amertume de l’homme toutes ses dimensions physiques et métaphysiques.

Ngoma Malanda, comme la plupart des « rêveurs », se découvre enfant de Dieu dont l’image apparait dans une partie de sa poésie.

« Chaque pays fomente son Christ / Je me fais prophète pour t’annoncer /  Le vrai »

Mais, c’est surtout pendant les moments difficiles, moments où l’homme devient son propre destructeur que le poète interpelle le Christ devant l’acidité de la vie. Un exemple sur les malheurs de l’Afrique :

« Me voici Christ mes plaintes voilà / Mon peuple pleure son pain / Celui du Rwanda à mon sexe accroché »

De l’espace-Dieu où il se voit à travers l’image du Christ, notre poète se retrouve dans son adolescence, un segment de son destin marqué par la main sale de Satan. Ngoma Malanda, un enfant qui a voulu blaguer » avec l’irréparable comme tout adolescent qui, à un certain moment, peut péter un câble…  Un garçon qui se découvre idiot :

« Je me rappelle mes seize ans : « Je bus la coupe d’acide / La mort se refusa à moi qui l’ai traquée / L’acide prit un goût rêche / Je me rappelle bel idiot ».

Mais la mort qui refuse de l’embrasser ne quitte pas l‘inspiration du poète. Elle épouse parfois la souffrance féminine comme elle nous est livrée ici :

« Ce con que l’on tord / Chair que l’on zigouille / Le sang gicle / Les femmes se lamentent / Cette vie n’est plus vie »

La mort chez Ngoma Malanda dégage une autre réalité africaine dans le poème « Pleureuses de veillée » dont le titre met en abyme l’idée développée par l’auteur :

« O femmes pleureuses de nos veillées / Votre chœur écharde de mon cœur / Ce soir avec ma mère accompagne ses morts »

On voit comment le poète puise dans l’ancre de la mort pour nous ramener à la source de nos morts à nous qui ne sont jamais morts et que la gent féminine pleure pour accompagner le départ de ceux qui sont partis se reposer à Mpemba.

Le rêve dans cette poésie de Ngoma Malanda prend une autre dimension qui dégage implicitement dans le dédoublement de son moi intérieur. Comme la plupart des « rêveurs », il n’échappe pas à l’attirance d’un autre ailleurs, comme le signifie les deux dernières parties du recueil : « Vers l’exil » et « Sur les cendres de l’exil ». Et de cet exil, se dévoile l’image de la femme sur fond d’un érotisme qui se repend dans presque tous les textes des deux dernières parties du livre. À une amie, il clame :

« Ton désir plus grand que l’orgueil / Me laissait ployer à tes débiles fantaisies / Dans ta soif tu psalmodiais  / Je n’ai pas oublié ».

Ngoma Malanda va un peu plus loin dans le poème intitulé « Lueurs » par la nudité des mots qui s’égrènent  un à un dans ce poème qui invite au feu de l’amour. Le cœur de la femme ainsi que certaines de ses parties intimes deviennent lumière qui éclaire la sensibilité et les sensations de l’homme :

« Sur ton pubis je bâtis le mur de lamentations / Eponge ma faute sur tes reins / O ton nombril mon nombril scellent le nœud / De notre raison / Et nous sommes deux et le temps ».

Et cet érotisme déclaré, n’est pas loin de celui de son préfacier dans « Les Racines congolaises » :

« J’oublie, nous passions par le bois. /  Pour ne point sortir innocents, deux fois /  Nous avons écrasé l’amour contre nos poitrines / Plus de mille étincelles en jaillirent »

À une certaine Nicole qui l’a du « allumer », il déclare :

« La houle de l’amour use ton corps / Sur ton ventre le vent refuse tout désaccord »

Et ce regard teinté d’érotisme, est mis en valeur par des mots et expressions tels nombril, sexe, cul-bon-Dieu…qui reviennent dans plusieurs textes révélant implicitement l’obsession du poète pour le sexe, comme le sont en général tous les artistes.

Comme son préfacier, il est aussi gagné par l’image de la mer, mais d’une façon timide. Il est le « gardien du phare sur la mer » dans le poème « Le lait sale » :

« Mon gouffre plus profond que jamais / Me laisse pâmé sur la mer / Sans foi me voici soumis aux leurres marins »

et dans « Amertumes » :

« Nous avons la mer à choyer / Nous aurons d’autres rêves ».

« Rêves sur cendres » se définit par sa richesse poétique que l’on ne peut saisir comme un tout. Se découvrent plusieurs pans au niveau du signifié comme la part du rêve et de l’exil. Part du rêve et de l’exil qui porte en son sein l’eau, la femme, la mort, le bestiaire… Une foultitude de thèmes que Ngoma Malanda entraine avec lui comme des « rêves portatifs ». Aussi, devant ces rêves, le critique se voit obligé de faire un choix, parfois subjectif, pour taper dans le mille en ce qui concerne l’interprétation des textes. Car l’écriture du poète se révèle plurielle.

Et s’il faut conclure cette analyse de la poésie de Ngoma Malanda, tout est dit par son préfacier : « la beauté et la maturité du verbe de Ngoma Malanda nous indiquent qu’il ne s’agit pas de juvenilia. Il y fait preuve d’une bonne maîtrise de la langue ». « Rêves sur cendres », des vers à casser pour sucer leur substantifique moelle.

Et malgré la prédominance des narrateurs dans la littérature congolaise, les adeptes de Tchicaya U Tam’Si, Jean Baptiste Tati Loutard et Maxime Ndébéka ont aussi leur mot à dire. Et Ngoma Malanda a dit le sien.

 

(1)             Sauve-Gérard Ngoma Malanda, « Rêves sur cendres », Ed. L’Harmattan, Paris, décembre 2011, 10,50€

« L’Arbre aux mille feuilles » (1) de Zounga Bongolo : Matsouanisme et révolution au Congo

Classé dans : Non classé — 10 février, 2012 @ 2:19

Quand Alifax Salabange revient au pays sous l’initiative de son ami Samson Licouf et où il est nommé sous-préfet de Kinkala, il croit mettre ses compétences au service des larges masses populaires. Mais contre toute attente, il est surpris la méchanceté de la Révolution des 13,14 et 15 août 1963 qui broie ses propres fils. Il est accusé dans un complot imaginaire contre le pouvoir et tombe dans la politique politicienne en se mettant malgré lui aux services de la secte des matsouanismes appelés encore « corbeaux » qui combattent la Révolution. Torturé puis sauvé de justesse de la mort que veulent lui donner Mabouaka et Castro, deux sbires de la Défense civile, fer de lance de la Jeunesse du mouvement national de la Révolution (JMNR), il est pris en charge par les corbeaux de l’île du diable qui feront de lui le Corbeau-en-chef. Tous les malheurs d’Alifax proviennent de son ami Samson Licouf qui n’avait jamais accepté d’avoir été abandonné par Jolyverte pour tomber dans les bras d’Alifax. Celle-ci sera assassinée par vengeance. Mais après le bouleversement politique dans le pays où l’armée a maté certains éléments armés de la Révolution regroupés au sein de la Défense civile et après la débâcle de Licouf, Alifax est dans le milieu du nouveau pouvoir. Il retrouve ses enfants et une certaine Jaria qu’il avait agréablement connue au cours de ses mésaventures. « L’Arbre aux mille feuilles », un roman polyphonique où fiction et réalités sociopolitiques se battent, pour définir deux principales directions de la diégèse que déroule le récit.

Le matsouanisme : de l’anticolonialisme  la Révolution

Traitée presque par la majorité des écrivains du Pool (Makouta Mboukou, Guy Menga, Placide Nzala Backa…) la thématique du matsouanisme est reprise ici par Zounga Bongolo dans une dimension plus fictionnelle que réaliste. Aussi, il livre le côté métaphysique de ce mouvement messianique quand il le situe du côté de l’île du diable qui été toujours un mystère pour les populations des deux rives du fleuve. Et c’est sur l’île qu’Alifax commence ses premiers pas dans l’initiation qui lui donnera le titre de Corbeau-en-chef. Tout paraît mystérieux autour de cet endroit. Alifax y est emmené par les corbeaux infiltrés au sein de la JMNR. Pris par un sentiment de peur et d’inquiétude, Alifax n’a jamais été séduit par les sectes, d’où son comportement un peu oisif devant un certain Lembréta : « Alifax craint de discuter avec un fanatique. Les sectes religieuses ne l’ont jamais séduit. Les fréquenter signifie pour lui, activer les forces qui maintiennent l’homme dans l’inertie ». Mais malgré lui et pour avoir été sauvé de la mort par les matsouanistes, il est obligé de coopérer avec ces derniers. A travers ce roman, se révèle la force d’un mouvement de revendication des droits de l’homme qui a lutté contre le pouvoir colonial puis néocolonial représenté par le premier président congolais avant de braver la Révolution : « Nous sommes un peuple persécuté, redit Lambréta [le matsouaniste]. D’abord par les colons qui ont mené contre nous une hostilité larvée. Ensuite, par l’église catholique qui a mis sa main à la pâte en dressant ses fidèles contre nous. Enfin par Fulbert Youlou qui a décidé d’anéantir le mouvement par la déportation des fidèles à travers le pays ». Pour les matsouanistes, Alifax apparaît comme l’envoyé de Dieu après Matsoua pour remplacer Youlou embourbé dans la trahison. Même quand ce dernier sera chassé du pouvoir, ses successeurs se montrent impopulaires par les agissements de la Défense civile. Et quand celle-ci affronte l’armée républicaine, les matsouanismes jouent à l’équilibriste dans ce combat pour venger les leurs et Alifax qui ont subi la barbarie des éléments de la JMNR transformés en véritables épouvantails de la population.

Quand la Révolution dévore ses propres fils

La Révolution, dans sa méchanceté envers ses propres fils, est représentée par des hommes de paille tels Licouf, Mabouaka et Castro qui seront les bourreaux d’Alifax qui est étonné quand il découvre la véritable face de Licouf. Ce dernier, un prototype de cadre africain qui, malgré sa culture puisée au « pays des Blancs », se montre ridicule pour un problème de femme. Cynique, Il plonge son ami dans un coup d’Etat pour le torturer moralement et physiquement. Et dans la lutte des cadres pour le pouvoir, Samson Licouf va causer la mort de plusieurs de ses collègues rentrés d’Europe après lui, y compris Alifax : « [Albain] a été empoisonné au cours d’un banquet (…) Lucide Lissossi (…) a péri dans une catastrophe aérienne. Et le [prochain], c’est toi, Alifax Salabange ». Il s’en prend ensuite à Jolyverte, la femme de son ami au cours d’un rendez-vous dans un hôtel de Brazzaville en essayant d’abuser d’elle. Repoussé et fâché, il sera à l’origine de la mort de cette dernière. Quant à Mabouaka et Castro, ils forment le tandem de la mort au sein de la JMNR. Deux tortionnaires du camp Makala sans pitié qui donnent la mort avec plaisir. Alifax, accusé de matsouaniste, subira les foudres de Castro avant d’être « protégé » par Mabouaka qui le reconnaitra comme sous-préfet de Kinkala quand il sera emmené au camp Makala : « Mabouaka est la main du diable (…). Celui qui le voit est un homme mort ». Aussi, il n’est pas étonnant qu’ils précipitent Alifax dans le fleuve pour se débarrasser de lui. Heureusement que celui-ci sera sauvé de justesse par les corbeaux.

Ce récit riche en rebondissements décrit une partie de l’histoire du Congo avec des personnages qui reflètent des acteurs réels de la politique congolaise. Et la force de l’écriture de ce livre se situe au niveau de la belligérance entre la fiction et quelques bribes de la réalité de Brazzaville d’après août 1963, ville où les hommes et les femmes atteints de folie deviennent des héros pour braver les vices du pouvoir politique.

En guise de conclusion

Quatrième roman après « L’Enfant prodigue de Soweto », « Les Sorciers de l’île Tibau », et « Un Africain dans un iceberg », « L’Arbre aux mille feuilles » se situe dans la continuation de la verve de Zounga Bongolo que l’on peut considérer comme l’un des écrivains les plus féconds de sa génération. Avec ce roman, l’écriture de l’auteur fait écho à un autre grand nom du roman congolais, Dominique Mfouilou dont l’ensemble de l’œuvre reflète la révolution des 13,14 et 15 août 1963 avec tous ses paramètres.

 

(1)     Zounga Bongolo, « L’Arbre aux mille feuilles », éd. L’Harmattan, Coll. Ecrire l’Afrique, 2011, 193p. 19€

« Agonies en Françafrique » (1) de Dina Mahoungou : le romanesque congolais en mouvement

Classé dans : Non classé — 12 novembre, 2011 @ 9:43

Brazzaville, Paris et sa banlieue, Bruxelles, tels sont les espaces toponymiques dans lesquels se déroule l’histoire de la famille Matouba-Touba. Une histoire de la guerre de Brazzaville, de la vie tragique qui poursuit Yves Matouba-Touba en Europe. 

Après son séjour raté au pays, Yves Matouba-Touba revient à Paris où il retrouve sa femme Béatrice et ses trois enfants qui ont grandi sans lui. Dans Paris, il assiste impuissant à la déchéance de sa progéniture et cela malgré la bonne volonté de sa femme Béatrice dont l’amour maternelle envers ses enfants est sans reproche. En Yves Matouba-Touba, se résume la vie de sa femme marquée par la mort atroce de sa fille unique, esclave de la drogue, l’assassinat de sa belle-sœur Léonie, la mort de ses beaux-parents brûlés vifs pendant la guerre de Brazzaville. A cela, il faut ajouter la déperdition de ses jumeaux empêtrés dans les histoires de vol et de recel dans cette société cruelle de Paris qui va tour à tour les broyer avant de s’occuper du reste de la famille. « Agonies en Françafrique », un roman multidimensionnel avec une foultitude de thèmes et dont la mort apparait comme le personnage central. Ce livre, un roman qui épouse le style du polar et du fantastique qui pourrait définir l’auteur comme un laborantin du récit. 

Paris intramuros dans « Agonies en Françafrique » 

Si Brazzaville avec ses guerres de la décennie 90 apparait en analepse dans le récit, toute l’essentiel de l’action, de l’intrigue au dénouement, se passe dans Paris et sa banlieue dont l’auteur semble connaitre les coins et recoins de la vie mondaine africaine et asiatique. Paris et sa banlieue se dévoilent  tout au long du récit avec leur univers à multiples physionomies comme dans les quartiers chauds tels Belleville, les Tartarets et surtout le 18è. Et c’est dans ce Paris chaud que la fille de Matouba-Touba va succomber à la drogue : « Tous les après midi, elle s’asseyait à l’arrêt du bus 56 au Château-Rouge en direction de Clignancourt (…). Ensuite, elle tapinait au square Léon, derrière les massifs de St Bernard ou quelquefois à Louise de Marillac, le jardin du métro La Chapelle » (p.75). Dans ce Paris de Château-Rouge qui caractérise l’autre versant de la diaspora africaine, l’auteur est rattrapé par l’identité des sapeurs de son terroir mise en relief par des célébrités comme Djo Balard, Célestin Profa-Kiomba et bien d’autres : « Dans le restaurant exotique Tari-Kalar, Goma le môme, le grand Dobrin, les grands devanciers de la sape (…) dégustaient leurs plats avec dignité ». C’est encore dans ce Paris que plusieurs acteurs vont  tomber dans le piège de la mort qui est omniprésente dans le roman. 

« Agonies en Françafrique » : le récit de la mort 

Elle est partout sur tout le trajet événementiel du roman. Mais ici, comme chez Tati Loutard et Sony Labou Tansi, elle montre son caractère violent et horrible quand elle frappe ses victimes. De Brazzaville à Paris en passant par Bruxelles, elle « fait mal » aux lecteurs sensibles car elle se dévoile pure dure et crue. Dans la guerre de Brazzaville, les parents de Matouba-Touba sont brûlés vifs. À Paris, la jeune Nade qui a décapité son père, tombe dans la démence avant de se suicider en se faisant écraser par le train. Marquée par la « disparition » de sa progéniture et celle de son mari, Béatrice, dépossédée de son statut de mère, d’épouse et de femme heureuse et découvrant en elle un cancer en phase terminale, se suicide : « elle était complètement nase, elle expirait par son nez ensanglanté des vapeurs blanches (…). De son geste hagard, Béatrice plana dans l’air ». La mort chez Dina Mahoungou se veut horrible et atroce : « [Le Chinois] reçut un coup dans la tête venant d’un silencieux, ça tachait, c’était désagréable. Les fragments des os de la tête fracturée pendaient comme de la fiente d perroquet ». Et cette « façon de mourir » atroce et horrible fait écho à celle de Yves Matouba-Touba piégé dans un incendie : « Les poudres et les barriques explosèrent (…). Yves avait aussi explosé avec les barriques, anéanti avec soudaineté et violence, il était réduit en lambeaux ». 

Du réel à la caricature en passant par le polar et le fantastique : un style signé Dina Mahoungou 

À certains segments textuels, le roman se lit comme un polar tant au niveau du référentiel que celui du littéral. Aussi, la violence des situations décrites épouse celle du scriptural comme on peut le découvrir dans le segment narratif ci-après : « Entre ses yeux, un écoulement de sang, un liquide visqueux et noirâtre sortait du petit trou, livrant au passage de petites parcelles de chair finalement hachées ». Du fantastique, on peut se référer au personnage de Tapama Dienopo qui, avec sa flûte « magique » nous plonge dans le merveilleux. À cet instant le roman se lit comme un conte : « Mademoiselle Tapama Dienopo, tenant la flûte enchantée de sa main gauche, passant sur un nuage, regardait sur la terre et aspergeait de gouttelettes de pluie fine les petits gamins dissipés qui traînaient dans les ruelles de la cité de Djenné ». Quant à la caricature dans le récit, elle évoque des hommes politiques ayant réellement existé. Se dévoile à travers celle-ci une belligérance entre les dimensions référentielle et littérale qui donne une autre caractéristique au texte. L’auteur interpelle le lecteur dans un pleurer-rire congolais : « Le général de classe exceptionnelle, le parrain des zoulous (…). Le grand chaman (…) devenu  par le hasard des choses député Maire de la ville, le chef des ninjas. Enfin le sage professeur, l’émérite, le protecteur des cobras, un mandarin (…) qu’on appelait l’Académicien » 

Conclusion 

« Agonies en Françafrique » se définit comme une autre technique romanesque. Un roman dont le linéaire est agréablement saccadé et qui demande aux lecteurs d’appréhender, au fur et à mesure que s’étale la diégèse, la foultitude de thèmes qui s’y développent. Avec cet ouvrage, Dina Mahoungou s’éloigne des clichés des décennies littéraires passées pour un renouvellement du roman tant au niveau du référentiel que celui du littéral. 

 

(1) Dina Mahoungou, « Agonies en Françafrique », Ed. L’Harmattan, coll. Ecrire l’Afrique, Paris, 2011, 257p. 26 euros.

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