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Une folle dans la cour du Roi de Raymond Loko

Classé dans : Non classé — 6 août 2016 @ 18:17

 

Quand le jeune Congolais Ayessa arrive en Côte d’Ivoire pour ses études universitaires, il ne sait pas que son destin va s’arrêter à Abidjan où sera né post mortem son fils qui sera le fil conducteur de ce roman de Raymond Loko. Par un jeu de hasard, « Les découvertes », Ayessa alias Rudranath fait la connaissance de la jeune Aminata qui s’appelle Pouniath pour la circonstance, elle aussi étudiante à l’université d’Abidjan.  Un amour qui sera brisé par la mort inopinée du jeune Ayessa au cours d’une confrontation entre les étudiants ivoiriens et les forces de l’ordre : il est au mauvais moment et au mauvais endroit quand se déroulent ces malheureux événements. Et quand Aminata apprend la mort de son amoureux, elle tombe dans la démence avec le fruit de leur amour appelé Mongo. Aussi, commence l’histoire de la folle Aminata errant dans la ville d’Abidjan avant que l’enfant soit récupéré par deux hommes de bonne volonté appartenant à un organisme international. Accueilli dans un orphelinat aux Etats-Unis, puis adopté par un couple homosexuel, le jeune Mongo réussit brillamment dans ses études et sa vie professionnelle. Voulant connaitre ses origines, il se en Afrique en commençant par la Côte d’Ivoire, pays qui le dirige au Mali, le pays de sa mère qui a disparu de la circulation depuis une vingtaine d’années. Désarçonné, il continue sa route sur le Congo où il n’a pas de difficultés pour retrouver ses grands-parents. Commence  pour Mongo une autre vie au Congo qui va l’accepter sans problème. Il découvre le village de ses ancêtres et, contre toute attente, son grand-père, le roi des Mbayas âgé de 111 ans. Celui-ci le déclare comme son successeur après sa mort, comme le lui auraient annoncé les esprits. Initié aux sciences occultes, Mongo s’investit dans la politique de son pays avec une bonne image et devient le président, puis le roi du Congo. Il retrouve sa mère par l’intermédiaire de l’ambassadeur du Mali au Congo. Mais le destin fera qu’elle meurt dans ses bras, comme l’avait prédit son grand-père avant de mourir. Morte, Aminata s’avère protectrice du roi Mongo dans l’exercice de ses fonctions politiques. Une folle dans la cour du Roi, un roman où se reflètent quelques transpositions des réalités ivoiriennes  et congolaises.

 

Ayessa, le destin arrêté

 

Ce garçon timide et dont les questions d’intimité avec une femme est un casse-tête chinois, trouve le chemin de la vie amoureuse à travers le jeu « Les découvertes » qui précède la Saint-Valentin à l’université d’Abidjan où il est venu étudier. Les « découvertes », un jeu qui consiste à écrire à une personne inconnue, de sexe opposé, par l’intermédiaire d’un facteur. Et s’en suit une fête publique où les couples « valentins » se découvrent. C’est à cette occasion qu’Ayessa et Aminata se découvrent à travers le couple Rudranath / Pouniath, leurs noms imposés par l’anonymat des « Découvertes ». Aussi, commence une nouvelle vie pour les deux étudiants qui semblent s’aimer : « la chambre du campus d’Ayessa était devenue celle d’Aminata » (p.31). Cet amour se fortifie comme si les deux étudiants n’attendaient que la Sant-Valentin pour déclarer leur passion réciproque. Cet amour va leur permettre de donner naissance à un enfant qu’ils nomment Mongo Albert : « Tout doucement, la grossesse [d’Aminata] évoluait, atteignit sa maturité et elle accoucha d’un beau petit garçon (…) L’enfant qu’ils avaient nommé Mongo Albert, grandissait au bon gré de ses parents » (pp.36-37). Mais nul n’étant maître de leur avenir, les deux amoureux subissent la monstruosité du destin. Brillant étudiant et s’apprêtant à préparer son doctorat, Ayessa est victime des bavures de la politique africaine. Mêlé involontairement à une manifestation estudiantine consécutive à des troubles politiques qui est mâtée par les forces de l’ordre, Ayessa est atteint mortellement. Aussi, s’arrête tous les projets d’Ayessa et commence la descente aux enfers pour Aminata quand elle se confronte à la triste réalité de la mort du père de son enfant encore bébé : « Aminata était devenue folle pour voir perdu l’amour de sa vie. Un amour qui, pourtan, avait commencé comme une blague, mais qui avait eu la force de terrasser une vie en se détruisant comme une blague » (p.50).

 

Mongo ou l’incarnation d’Ayessa et Aminata

 

Avec le personnage de Mongo, incarnation d’Ayessa et d’Aminata, l’auteur nous fait rentrer dans l’univers congolais avec certaines références qui reflètent le social, le sociétal et la politique congolais. Retiré de sa maman malade,  par deux hommes de bonne volonté, il est  emmené aux Etats-Unis et accueilli dans un orphelinat. Et comme le signifie l’auteur, « seul le souvenir d’une grande complicité entre lui et sa mère était vivace en lui » (p.62). Il s’adonne à ses études pour réussir et aller à la recherche de sa maman. Bien encadré pour un couple homosexuel métis, il réussit dans ses études puis dans le monde professionnel car Président directeur général d’une entreprise. Mature, il commence à se poser des questions sur ses origines et découvre les traces de ses parents adoptifs : « Dans ses recherches, il put découvrir l’orphelinat qui l’avait accueilli dans ce continent. Aussi, dans les archives, retrouva-t-il les traces de deux Français (…) fonctionnaires aux Nations-Unis [qui] avaient séjourné aux Etats-Unis » (p.68). A partir de ce moment, le destin de Mongo prend une autre tournure. A la recherche de sa mère, il se rend en France à la recherche des deux Français qui détiendraient le secret de ses origines. Il apprend qu’il est orphelin de père congolais depuis son enfance et que sa mère, atteinte de démence, ne voulait pas se séparer de lui. Séjour en   Côte d’Ivoire puis au Mali où serait renvoyée sa mère depuis deux décennies et que l’on soupçonne morte. Direction Brazzaville à la recherche de ses grands-parents qu’il retrouve sans difficultés. Au Congo, sa vie prend une autre tournure. Il est accueilli par sa famille qui a la particularité d’être royale. S’intéressant à la politique, il finit par être président du Congo et hérite du royaume quand meurt le roi qui l’avait choisi personnellement. Malgré toutes les tribulations provoquées par ses adversaires politiques au sujet de sa mère qu’il a retrouvée grâce à l’aide de l’ambassadeur du Mali au Congo, il ne peut se séparer d’elle jusqu’à sa mort voulue par le destin : « La vie étant ainsi faite, le roi Mongo 1er se résigna à penser que cet événement n’était en réalité qu’une expression de Dieu souverain » (p.120). Et cette mort voulue par Dieu, va changer le cours du destin de Mongo 1er dans l’exercice de ses fonctions politiques : « Ainsi le roi passa une vie paisible après la mort de sa mère. On aurait dit que son esprit était sur lui et avait muselé ses opposants qui, peut-être, furent tranquilles, après avoir accompli la mission divine, celle d’envoyer Aminata à la place que Dieu lui voulait » (p.122).

 

LITTERATURE

 

Roman et politique dans Une folle dans la cour du Roi

 

Ce récit propose son côté didactique quand l’auteur caricature la politique africaine avec tout ce qu’elle a de dangerosité dans la vie des larges masses populaires. En Côte d’Ivoire, le jeune Ayessa est marqué par des événements politiques : il assiste à une marche des opposants : « Le pouvoir ayant interdit cette marche, ses organisateurs furent considérés comme des antirévolutionnaires ou des réactionnaires et devaient être traités comme tels » (p.42). Aussi, l’auteur ne s’empêche pas de fustiger la politique africaine : « Une opposition qui ne cherche que la destruction de ce que l’autre a bien fait n’est pas une bonne opposition (…) L’Afrique est pleine malheureusement de ces menteurs qui prennent la politique pour l’art de mentir » (p.43). Et c’est dans ce milieu malsain de la politique de son pays que Mongo 1er va affronter ses opposants. Ceux-ci lui tendront des pièges pour freiner sa carrière politique dans une société encore à la merci des superstitions comme le rappelle l’auteur : « Combien d’édifices n’a-t-on pas détruits dans nos pays sous prétexte que leurs auteurs, chefs d’Etat pour la plupart y auraient mis des fétiches pour dominer le peuple ? » (p.123).

 

Une folle dans la cour du Roi, un roman qui fait la symbiose du quotidien vécu et de l’imaginaire qui nous fait penser à l’Afrique. Particulièrement à la Côte d’Ivoire et au Congo, deux pays dont quelques événements sociopolitiques ont dû inspirer l’auteur qui nous donne le reflet du quotidien d’une Afrique en perspectives mutations.

 

 

(1), Raymond Loko, Une folle dans la cour du Roi, éd. Baudelaire, 2011 

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