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Archive pour août, 2016

L’Illuminé (1) de Cl. E. Ndalla (Graille) ou le roman politique d’un politique

Posté : 12 août, 2016 @ 3:18 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

En se fondant sur les faits réels qui mettent en relief la politique de son pays, Claude-Ernest Ndalla dresse ici un tableau pathétique des relations politiques dans la sous région de l’Afrique centrale. Avec la mise en scène des figures politiques du Congo et celles des pays voisins qui existent réellement tels Sassou, Mobutu, Kabila, Kagamé…, il nous fait entrer dans un récit qui prend source dans les turbulences sociopolitiques de la décennie 90 en tout en revisitant le passé avec le phénoménal personnage du révérend-pasteur Ntoumi.

 La guerre civile de 1997 nous a fait découvrir le personnage du pasteur Ntoumi qualifié d’illuminé par l’auteur et qui sera l’un des principaux personnages  du récit. Aussi, la confrontation entre ce dernier et Sassou constitue la toile de fond de la diégèse où l’auteur nous réserve des surprises au niveau de son imaginaire. L’illuminé peut être classé parmi les romans des guerres du Congo et plus précisément celle de la région du Pool. La guerre de Brazzaville de juin 1997 atteint quelque temps après la région du Pool où se développe une résistance armée sous la direction d’un certain pasteur Ntoumi qui s’oppose à la pénétration de l’armée dans la région avec ses dérapages au sein de la population. Il y a confrontation entre l’armée et les résistants de Ntoumi avec mort d’homme dans les deux camps. Dans cette guerre qui semble intéresser les grandes puissances telles les Etats-Unis et la France, apparaissent le diplomate Malonga confronté au contre espionnage américain et aux trafiquants d’armes Mbani et Mabios qui aliment la rébellion de Ntoumi. Ce dernier, trahi par sa naïveté et sentant la guerre qui l’oppose à Sassou perdue, décide de rejoindre sa mère dans un monde  fantastique qui épouse la réalité du conte. Un monde où surgit le magico-mystique de sa mère qui ne pourrait rien faire contre la sentence qui profile à l’horizon.

 

Malonga dit Alonga-Anga, le Mbochi du Pool au cœur de la politique de l’Afrique centrale

 

Ce roman se veut le miroir d’une période politique du Congo. C’est à travers le personnage de Malonga, ce petit Kongo de Poto-Poto, originaire du Pool, que le récit fait transparaitre une réalité sociale, le tribalisme. Malonga ma Mouanga est né à Poto-Poto et parle parfaitement le lingala car tous ses amis étant du nord su pays. Et c’est par dérision que les gens de sa région ont transformé son nom en Alonga-Anga qui fait penser à ses amis Mbochis du Nord qui, malheureusement se méfient de lui. Devenu grand, il entre dans le monde du travail et devient diplomate, une fonction qui est souvent au service du politique. Dans l’exercice de ses fonctions, Malonga nous révèle les conflits politiques qui opposent en sourdine les Etats d’Afrique centrale tels les deux Congo, l’Angola et le Rwanda. L’histoire de la RD Congo qui met en relief la guerre des intérêts opposant Américains et Français avec assassinat de certains nationaux, nous est révélée par l’auteur. Et se profile à travers  ce récit l’image des personnalités politiques congolaises dont l’auteur semble connaitre l’histoire : « Avec le recours à l’authenticité (…) le Zaïre de Mobutu a pu atteindre à l’obligation de consoler la nation et son unité (…). Le fond nationaliste vient plus loin que Mobutu. Il vient de Patrice Emery Lumumba et de ses amis des années 60 » (pp.59-60). Une grande partie de l’histoire politique du pays de Lumumba se découvre à travers le diplomate Malonga. Il reçoit le conseiller politique de l’ambassade des Etats-Unis qui lui rappelle la politique marxiste de son pays qui, parait-il, collabore avec les Chinois pour déstabiliser  le pays voisin en fournissant des armes à Jean Pierre Bemba. Et la discussion des deux diplomates prend un tournant inquiétant quand l’Américain menace le Congolais. Pas question de déstabiliser un pays qui leur fournit des ressources minières importantes : « Les USA ont beaucoup investi dans ce pays, et nous ne tenons pas à nous laisser distraire, ni enlever le pain de la bouche » (p.25). Dans cette région où s’enchainent les conflits politico-militaires et où travaillent discrètement les services de renseignements américains et français, Malonga aura des ennuis avec le CIA. A cause de son anti-américanisme, il est prié de quitter son poste pour retourner à Brazzaville. Il rejoint ensuite son terroir où il va suivre l’actualité sociopolitique par l’intermédiaire des stations de radio. Abandonné par sa femme qui reste en ville et qui regrette  la vie à l’étranger et qui avait pris goût aux festivités mondaines de la vie diplomatique, Malonga se voit rattrapé par les réalités de l’impérialisme des grandes nations.

 

La guerre du Pool au service du roman

 

Comme le signifie l’Histoire, l’avènement de la démocratie pluraliste va marquer le Congo en général et le Pool en particulier, une région dont les populations ne se laissent pas faire, une région caractérisée par son courage à combattre l’injustice comme l’ont fait au siècle dernier les héros Matswa, Boueta Mbongo et autres. Mais avec les guerres civiles de la décennie 90, se découvre un pasteur rebelle nommé Ntoumi, ce personnage que l’auteur, dans son imaginaire romanesque, qualifie d’illuminé en lui donnant une autre dimension référentielle. Dans le domaine de la fiction qui accompagne les aventures de l’illuminé, il y a aussi les personnages de Mbani et Mabios, trafiquants d’armes qui nous mènent dans la région du Pool, fief du pasteur rebelle : « Tous les colis furent récupérés sur la route qui va du PK 45 à Goma Tsétsé » (p.106). A partir de ce trafic d’armes, se construit le personnage on ne peut plus énigmatique du pasteur rebelle. C’est un homme qui aurait assassiné un prêtre par jalousie, ce même homme d’église qui serait un agent des services de renseignements français. Au cours de cette rébellion, les populations du Pool, coupées de Brazzaville, sont victimes des actes inciviques des éléments du pasteur ainsi que ceux de la force publique à la recherche de l’illuminé. Mais tout va mal en pis. La confiscation des armes que lui auraient fait parvenir les trafiquants camerounais, l’arrestation de Bemba qui devait l’accueillir et le mouvement politico-religieux de son ami Muanda du Bas Congo en difficulté, constituent les raisons qui vont précipiter son retour au bercail.  A Brazzaville, il se confronte à des situations qui annoncent l’obscurité de son destin. Deux de ses meilleurs gardes  meurent dans des conditions énigmatiques. Un avertissement pour l’illuminé qui décide de partir chez ses amis les Camerounais pour changer un peu d’air en oubliant le dissident Ramsès et ses soldats : « Il partit donc au Cameroun (…). Notre homme oublia Ramsès et ses dissidents » (p.123).  Même loin du Pool dévasté, il est poursuivi par le mal qu’il a produit au cours de sa rébellion, car dans la nuit, lui arrivent des visions sur le Christ et ses adeptes de Saint Michel appelés Nsilulu. Pour sa sécurité, les Camerounais sont obligés de prolonger son séjour : « C’est un colis encombrant (…). Nous ne pouvons pas le renvoyer chez lui (…). En le gardant ici, nous rendrons service à tout le monde » (p.138). Mais pas pour longtemps car dans le dernier chapitre du livre, le narrateur ramène l’illuminé dans sa région où son retour fait polémique chez les rescapés de la guerre dont il fut à l’origine : « Après avoir gâché nos vies, le revoilà qui traumatise notre mémoire, dès que nous tentions d’oublier le passé » (p.141). Et la population de s’en prendre à Sassou qui aurait été incapable de maintenir l’ordre public en tant que commandant suprême des forces armées. L’illuminé décide alors de rejoindre sa mère qui préside quelques réunions magico-mystiques. Dans cette dernière partie du roman apparait le merveilleux et le fantastique car le texte épouse l’extraordinaire : la mère de l’illuminé est interpelée par des extra-terrestres qui voudraient l’emporter avec son fils sur leur planète pour y être jugé puisqu’elle n’a pas pu se débarrasser de ses mauvais penchants. Mais elle est réaliste car n’étant plus maitresse de ses pouvoirs, elle doute du projet des extraterrestres : « Nous emporteront-ils tous les deux ? Je ne sais pas (…) : nos pouvoirs mystiques et magiques n’existent plus » (p.149).

 

Y aurait-il un complot tacite entre Sassou et le rebelle Ntoumi l’illuminé dans cette tragédie du Pool ? Une question posée aux historiens que les romanciers essaient de mettre en exergue dans la fiction. Aussi, l’auteur qui est un homme politique congolais de la première heure, mélange réalité et fiction pour créer un texte qui pourrait conscientiser les Congolais à propos de la cohésion nationale. Il nous met sur la trajectoire folle du référentiel congolais qui nous permet de prendre le faux pour du vrai dans l’histoire du personnage de l’illuminé  faisant allusion à un certain pasteur-résistant Ntoumi de la forêt du Pool..

Une folle dans la cour du Roi de Raymond Loko

Posté : 6 août, 2016 @ 6:17 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

Quand le jeune Congolais Ayessa arrive en Côte d’Ivoire pour ses études universitaires, il ne sait pas que son destin va s’arrêter à Abidjan où sera né post mortem son fils qui sera le fil conducteur de ce roman de Raymond Loko. Par un jeu de hasard, « Les découvertes », Ayessa alias Rudranath fait la connaissance de la jeune Aminata qui s’appelle Pouniath pour la circonstance, elle aussi étudiante à l’université d’Abidjan.  Un amour qui sera brisé par la mort inopinée du jeune Ayessa au cours d’une confrontation entre les étudiants ivoiriens et les forces de l’ordre : il est au mauvais moment et au mauvais endroit quand se déroulent ces malheureux événements. Et quand Aminata apprend la mort de son amoureux, elle tombe dans la démence avec le fruit de leur amour appelé Mongo. Aussi, commence l’histoire de la folle Aminata errant dans la ville d’Abidjan avant que l’enfant soit récupéré par deux hommes de bonne volonté appartenant à un organisme international. Accueilli dans un orphelinat aux Etats-Unis, puis adopté par un couple homosexuel, le jeune Mongo réussit brillamment dans ses études et sa vie professionnelle. Voulant connaitre ses origines, il se en Afrique en commençant par la Côte d’Ivoire, pays qui le dirige au Mali, le pays de sa mère qui a disparu de la circulation depuis une vingtaine d’années. Désarçonné, il continue sa route sur le Congo où il n’a pas de difficultés pour retrouver ses grands-parents. Commence  pour Mongo une autre vie au Congo qui va l’accepter sans problème. Il découvre le village de ses ancêtres et, contre toute attente, son grand-père, le roi des Mbayas âgé de 111 ans. Celui-ci le déclare comme son successeur après sa mort, comme le lui auraient annoncé les esprits. Initié aux sciences occultes, Mongo s’investit dans la politique de son pays avec une bonne image et devient le président, puis le roi du Congo. Il retrouve sa mère par l’intermédiaire de l’ambassadeur du Mali au Congo. Mais le destin fera qu’elle meurt dans ses bras, comme l’avait prédit son grand-père avant de mourir. Morte, Aminata s’avère protectrice du roi Mongo dans l’exercice de ses fonctions politiques. Une folle dans la cour du Roi, un roman où se reflètent quelques transpositions des réalités ivoiriennes  et congolaises.

 

Ayessa, le destin arrêté

 

Ce garçon timide et dont les questions d’intimité avec une femme est un casse-tête chinois, trouve le chemin de la vie amoureuse à travers le jeu « Les découvertes » qui précède la Saint-Valentin à l’université d’Abidjan où il est venu étudier. Les « découvertes », un jeu qui consiste à écrire à une personne inconnue, de sexe opposé, par l’intermédiaire d’un facteur. Et s’en suit une fête publique où les couples « valentins » se découvrent. C’est à cette occasion qu’Ayessa et Aminata se découvrent à travers le couple Rudranath / Pouniath, leurs noms imposés par l’anonymat des « Découvertes ». Aussi, commence une nouvelle vie pour les deux étudiants qui semblent s’aimer : « la chambre du campus d’Ayessa était devenue celle d’Aminata » (p.31). Cet amour se fortifie comme si les deux étudiants n’attendaient que la Sant-Valentin pour déclarer leur passion réciproque. Cet amour va leur permettre de donner naissance à un enfant qu’ils nomment Mongo Albert : « Tout doucement, la grossesse [d’Aminata] évoluait, atteignit sa maturité et elle accoucha d’un beau petit garçon (…) L’enfant qu’ils avaient nommé Mongo Albert, grandissait au bon gré de ses parents » (pp.36-37). Mais nul n’étant maître de leur avenir, les deux amoureux subissent la monstruosité du destin. Brillant étudiant et s’apprêtant à préparer son doctorat, Ayessa est victime des bavures de la politique africaine. Mêlé involontairement à une manifestation estudiantine consécutive à des troubles politiques qui est mâtée par les forces de l’ordre, Ayessa est atteint mortellement. Aussi, s’arrête tous les projets d’Ayessa et commence la descente aux enfers pour Aminata quand elle se confronte à la triste réalité de la mort du père de son enfant encore bébé : « Aminata était devenue folle pour voir perdu l’amour de sa vie. Un amour qui, pourtan, avait commencé comme une blague, mais qui avait eu la force de terrasser une vie en se détruisant comme une blague » (p.50).

 

Mongo ou l’incarnation d’Ayessa et Aminata

 

Avec le personnage de Mongo, incarnation d’Ayessa et d’Aminata, l’auteur nous fait rentrer dans l’univers congolais avec certaines références qui reflètent le social, le sociétal et la politique congolais. Retiré de sa maman malade,  par deux hommes de bonne volonté, il est  emmené aux Etats-Unis et accueilli dans un orphelinat. Et comme le signifie l’auteur, « seul le souvenir d’une grande complicité entre lui et sa mère était vivace en lui » (p.62). Il s’adonne à ses études pour réussir et aller à la recherche de sa maman. Bien encadré pour un couple homosexuel métis, il réussit dans ses études puis dans le monde professionnel car Président directeur général d’une entreprise. Mature, il commence à se poser des questions sur ses origines et découvre les traces de ses parents adoptifs : « Dans ses recherches, il put découvrir l’orphelinat qui l’avait accueilli dans ce continent. Aussi, dans les archives, retrouva-t-il les traces de deux Français (…) fonctionnaires aux Nations-Unis [qui] avaient séjourné aux Etats-Unis » (p.68). A partir de ce moment, le destin de Mongo prend une autre tournure. A la recherche de sa mère, il se rend en France à la recherche des deux Français qui détiendraient le secret de ses origines. Il apprend qu’il est orphelin de père congolais depuis son enfance et que sa mère, atteinte de démence, ne voulait pas se séparer de lui. Séjour en   Côte d’Ivoire puis au Mali où serait renvoyée sa mère depuis deux décennies et que l’on soupçonne morte. Direction Brazzaville à la recherche de ses grands-parents qu’il retrouve sans difficultés. Au Congo, sa vie prend une autre tournure. Il est accueilli par sa famille qui a la particularité d’être royale. S’intéressant à la politique, il finit par être président du Congo et hérite du royaume quand meurt le roi qui l’avait choisi personnellement. Malgré toutes les tribulations provoquées par ses adversaires politiques au sujet de sa mère qu’il a retrouvée grâce à l’aide de l’ambassadeur du Mali au Congo, il ne peut se séparer d’elle jusqu’à sa mort voulue par le destin : « La vie étant ainsi faite, le roi Mongo 1er se résigna à penser que cet événement n’était en réalité qu’une expression de Dieu souverain » (p.120). Et cette mort voulue par Dieu, va changer le cours du destin de Mongo 1er dans l’exercice de ses fonctions politiques : « Ainsi le roi passa une vie paisible après la mort de sa mère. On aurait dit que son esprit était sur lui et avait muselé ses opposants qui, peut-être, furent tranquilles, après avoir accompli la mission divine, celle d’envoyer Aminata à la place que Dieu lui voulait » (p.122).

 

LITTERATURE

 

Roman et politique dans Une folle dans la cour du Roi

 

Ce récit propose son côté didactique quand l’auteur caricature la politique africaine avec tout ce qu’elle a de dangerosité dans la vie des larges masses populaires. En Côte d’Ivoire, le jeune Ayessa est marqué par des événements politiques : il assiste à une marche des opposants : « Le pouvoir ayant interdit cette marche, ses organisateurs furent considérés comme des antirévolutionnaires ou des réactionnaires et devaient être traités comme tels » (p.42). Aussi, l’auteur ne s’empêche pas de fustiger la politique africaine : « Une opposition qui ne cherche que la destruction de ce que l’autre a bien fait n’est pas une bonne opposition (…) L’Afrique est pleine malheureusement de ces menteurs qui prennent la politique pour l’art de mentir » (p.43). Et c’est dans ce milieu malsain de la politique de son pays que Mongo 1er va affronter ses opposants. Ceux-ci lui tendront des pièges pour freiner sa carrière politique dans une société encore à la merci des superstitions comme le rappelle l’auteur : « Combien d’édifices n’a-t-on pas détruits dans nos pays sous prétexte que leurs auteurs, chefs d’Etat pour la plupart y auraient mis des fétiches pour dominer le peuple ? » (p.123).

 

Une folle dans la cour du Roi, un roman qui fait la symbiose du quotidien vécu et de l’imaginaire qui nous fait penser à l’Afrique. Particulièrement à la Côte d’Ivoire et au Congo, deux pays dont quelques événements sociopolitiques ont dû inspirer l’auteur qui nous donne le reflet du quotidien d’une Afrique en perspectives mutations.

 

 

(1), Raymond Loko, Une folle dans la cour du Roi, éd. Baudelaire, 2011 

 

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