LIVRES ET CULTURE

Bienvenue sur mon blog

Archive pour septembre, 2015

Rêve d’ailleurs d’Huguette Massanga

Posté : 9 septembre, 2015 @ 2:56 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

Le sujet sur la quête d’un ailleurs de merveilles que développe Huguette Nganga Massanga dans son deuxième roman Rêve d’ailleurs crée un pont entre l’Afrique et l’Europe. Tous les problèmes que pose le roman au niveau du rêve de bonheur en Occident, du paradis européen, se transforment en enfer quand l’immigré vit la dure réalité du pays d’accueil. Rêve d’ailleurs ! est l’histoire des mésaventures du jeune Ndombe qui tombe dans le désenchantement quand il se confronte aux vicissitudes du Sufisus, pays imaginaire occidental qui pourrait rappeler les réalités de certains pays européens.

Jeune diplômé sans emploi ayant exercé, malgré lui, le métier de contrôleur de bus à Ndjindji, une ville qui rappelle l’Afrique centrale du côté de l’océan Atlantique, Ndombe, comme la plupart des jeunes de sa génération, rêve d’une vie meilleur de l’autre côté de la Méditérannée. Après moult difficultés dans la préparation de son aventure, le héros obtient quand même le visa qui lui permet de voyager et cela, après stress et humiliations subies à l’ambassade du Sufisus. Aussi, quand il arrive à destination, commence alors pour lui la découverte de la véritable face cachée de la vie de l’immigré. De la demande d’asile au mariage avec une femme du Surfisus pour avoir enfin sa carte de séjour car menacé d’une reconduite à la frontière, Ndombe réalise que l’ailleurs tant rêvé n’a été que chimère et désillusion. Quand sa situation administrative est solutionnée, il revient en séjour à Ndjindji avec sa femme. Cette dernière est attirée par la richesse africaine que ne réalisent pas paradoxalement les jeunes du pays de Ndombe. Aussi, propose-t-elle de s’y installer avec son mari pour se lancer dans certains projets lucratifs. De retour en Europe, Ndombe végète toujours dans le chômage et  il est aux bons soins de sa femme, une réalité difficile à vivre pour Ndombe. Aussi, il faut trouver une solution, prendre une décision. Faut-il aller « chercher la vie » dans un autre pays européen comme le préconise l’homme ou retourner en Afrique pour y monter une attitude lucrative comme le préconise la femme ? Rêve d’ailleurs !, un roman où le héros Ndombe apparait dans un triptyque qui va du rêve à la désillusion en passant par le vécu de la dure réalité de la vie en Europe pour un immigré.

Panneau 1 : Le rêve d’un ailleurs de bonheur à tout prix

Dans un pays caractérisé par la montée des antivaleurs, les jeunes ne peuvent accepter l’ambition exagérée de l’homme politique qui pratique le régionalisme, le tribalisme et se sert de leur naïveté pour accéder au pouvoir. Aussi leur vient l’idée d’aller, par tous les moyens, vers l’el dorado tant rêvé ; et Ndombe de se demander : « Comment pouvons-nous rêver d’une république qui ne l’est que de nom, car en réalité elle est une clanarchie puisque gouverné chaque fois par un clan » (p.29). Et ce pouvoir clanique aura le dessus sur le héros qui pense aller vers d’autres ailleurs pour ne pas supporter l’injustice sociale. Le Sufisus, un ailleurs où, d’après les on-dit du pays, on devrait l’accueillir, lui donner un logement, du travail. Dans ce pays de merveilles, il aurait l’embarras du choix en ce qui concerne les femmes. Le Sufisus, un pays où il y a des institutions qui s’occupent de tout : « On est malade, il y a des assurances maladie (…) on a du mal à payer son loyer, oh ! on va voir les assistants sociaux » (p.50). Mais ce bonheur à tout prix vers lequel les jeunes veulent s’aventurer  se découvre dans les mensonges des immigrés en vacances au pays. Ces derniers ne révèlent jamais les « cauchemars » de l’Occident, attitude qui accentue le désir de partir au pays des merveilles. Arrivé en Europe, Ndombe va se confronter à cette triste réalité ; il est  interné dans un centre de demandeurs d’asile et sa vie devient aléatoire dans ce pays qu’on lui présentait comme un paradis. L’immigration devient pour le héros un chemin de non retour : « (…) Lorsqu’on arrive ici on ne peut plus rebrousser chemin. C’est rare de voir une personne qui (…) se trouve confrontée à des difficultés, décider de rentrer » (p.57). Mais ne rentrent au pays, malgré eux, que les malheureux tombés dans les filets des reconduites à la frontière.

Panneau 2 : Dure réalité de la vie en Europe

Commence alors une nouvelle vie pour Ndombe qui a quitté le foyer d’accueil pour demandeurs d’asile. Il a trouvé un appartement et du travail. Pendant ce temps, un avocat est chargé de s’occuper de son dossier de demandeur d’asile, un statut d’immigré difficile à assurer car n’étant jamais pris au sérieux par l’administration dans ses justifications de demandeur d’asile : « malgré tout ce que je raconte, ma peine, les dangers que j’encourrais si je rentrais dans mon pays, personne ne veut me croire » (p.74). Après trois ans d’attente, Ndombe se trouve confronté au mauvais sort de son destin quand son dossier de demandeur d’asile est rejeté ; il est sommé de rentrer dans son pays. Pris de dépit, le héros écarte toute idée de rentrer au bercail malgré sa situation d’immigré clandestin. La vie ne vaut pas d’être vécue dans son propre pays. : « (…) je ne pourrai pas rentrer chez moi, il n y a aucun avenir là-bas et en plus je suis en danger parce que je suis considéré comme un ancien milicien de l’armée rebelle de l’ancien président » (p.85). Devant sa position d’immigré clandestin, il se souvient du conseil à lui donné discrètement par conseiller personnel du service d’accueil des demandeurs d’asile : « il devait trouver une femme de ce pays et se marier au plus vite. Lorsque celui qui connait votre dossier par cœur vous dit de telles choses, il vaut mieux les prendre au sérieux et s’exécuter » (p.75). Et au fil des jours l’exécution de ce conseil ne tarde pas car Ndombe va s’intéresser à une certaine jeune femme nommée Blanche avec laquelle il va se marier. Bien que régularisé, il ne réalise pas le bonheur souhaité en Europe où le choc des cultures est manifeste dans son foyer.

Panneau 3 : Ndombe au cœur de la désillusion et du désenchantement

Désillusion et désenchantement commencent chez Ndombe avant même son mariage avec Blanche. Il subit les aléas du racisme quand, décidée de se marier avec son homme, Blanche décide de le présenter à ses parents qui malheureusement ne sont pas d’accord de son choix amoureux. Si les parents ne manifestent pas ouvertement leur antipathie envers Ndombe qu’ils ont bien accueilli chez eux, c’est surtout les habitants de leur village qui manifestent leur animosité vis-à-vis du couple : « La prochaine fois que j’oserai revenir dans leur village, c’est la police qui viendrait me raccompagner illico presto dans mon pays » (p.128). Vivant sous le même toit avec Blanche, Ndombe subit les affres  de la société occidentale : il est licencié de son travail à cause de sa situation administrative ( il était encore un sans- papier) et doit s’occuper des travaux ménagers. Il subit les caprices d’un petit chien laissé chez eux par une amie de Blanche partie en amoureux avec son petit copain, une situation qui le laisse pantois en découvrant la place confortable qu’occupent les animaux domestiques dans la société occidentale. Aussitôt marié officiellement, le couple décide d’aller passer leur lune de miel au pays de l’homme. Aussi la désillusion poursuit Ndombe quand Blanche, émerveillée par les éventuelles potentialités de l’Afrique, propose à son mari  de s’y installer. Aller chercher un mieux-vivre dans un autre pays européen ou aller s’installer en Afrique comme le voulait sa femme, un dilemme qui se dresse devant Ndombe aux prises de son destin devenu capricieux : « Notre décision reposait sur deux choses. Je voulais que nous partions dans un autre pays européen plus ouvert que celui-ci. Blanche voulait que nous allions nous installer dans mon pays pour y monter une activité lucrative » (p.172). Des deux intentions, quelle sera la bonne ? Suspens entretenu par le narrateur.

Avec le roman d’Huguette Nganga Massanga, le rêve de l’immigré qui était fondé sur la découverte d’un pays de cocagne,  devient chimérique chez Ndombe qui découvre le véritable visage de l’immigration. Du style, Rêve d’ailleurs ! évolue dans un croisement du discours (quand Ndombe raconte au présent sa propre histoire) avec le récit (quand l’histoire du héros est rapportée au passé par un narrateur extradiégétique). Cette façon de construire le texte donne une autre dimension au roman congolais. Rêve d’ailleurs ! apparait comme une révélation chez les auteures congolaises. Avec ce roman, Huguette Nganga Massanga s’approche indubitablement de ses aînés Emilie-Flore Faignond et Marie-Louise Abia dans la rigueur de l’écriture romanesque. Après son premier roman L’envers du décor accueilli favorablement par la critique de son pays avec le Prix Tchikounda de meilleur écrivain en 2010, elle confirme son talent avec Rêve d’ailleurs !, l’un des meilleurs romans sur la thématique de l’immigration des Africains en Europe.

 

 

recueil de citations, d'ext... |
les enquêtes de l'inspecteu... |
Maupassant, Morpurgo, Gogol... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Emilia Pardo Bazán
| Evoluer, jour après jour
| Le blog de Chris. Une image...