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Un yankee à Gamboma de Marius Nguié

Classé dans : Non classé — 23 mai 2015 @ 18:42

 

Une histoire, la ville de Gamboma, deux héros, telle est la toile de fond que présente  Un yankee à Gamboma. Tout au long du récit, une amitié indélébile lie Nicolas, natif de Gamboma à son compatriote Benjamin alias Sous-off, originaire de Loudima du Sud Congo, venu à Gamboma dans l’exercice de son métier de militaire. Ce dernier, par l’intermédiaire de Nicolas, découvre les us et coutumes des Gangoulous (originaires de Gamboma). Un yankee à Gamboma,  un récit qui nous révèle aussi le Congo des années 90 où persistent encore tribalisme et sorcellerie. Benjamin le yankee est bien accueilli à Gamboma. Aussi la famille de Nicolas se voit protégée cet homme craint dans la ville et qui sera plus connu par le surnom de Sous-off. Dans ce Gamboma où se découvrent certaines réalités sociales et politiques, Nicolas devient une sorte de « traitre » pour ses amis. Son attachement à Sous-off n’est pas accepté. Il assiste impuissant à la mort d’un vieil homme brûlé vif. Celui-ci est accusé de sorcellerie car il aurait « mangé » son neveu. Et tout cela se passe devant Ngouelendélé père et fils qui sont présents dans les environs mais indifférents au drame. Dans cette ville, Sous-off connait quelques aventures amoureuses et est craint par la population jusqu’à ce jour où il sera humilié, au cours d’une bagarre, par un jeune de Gamboma. Commence alors sa démystification qui sera accentuée par la mort qui le surprend au cours d’une confrontation de la foule de Gamboma avec un groupe de militaires dont il fait partie. Un yankee à Gamboma, un récit qui annonce plusieurs directions thématiques dont trois semblent épouser les réalités congolaises.

 

Au plus près du référentiel politique congolais

 

Ce texte qui prend fondation sur la réalité sociopolitique des années 90, nous fait revivre une séquence politique qui a été marqué par les présidents Lissouba et Sassou Nguesso. Le héros Sous-off apparait comme un produit de leurs divergences politiques. Et ce dernier de déclarer en plein Gamboma : « Je suis un des miliciens du président Lissouba qu’on appelle Cocoyes. Je viens de Loudima où j’ai été formé par les Israéliens. Les Mbochis nous ont volé un quart de siècle (…) Quel homme oserait incarner un Nzabi dans ce pays ? » (pp.15-16). A travers cette déclaration de Sous-off, se révèle la période tumultueuse de la décennie 90 quand Lissouba, élu président de la république avait quelques contentieux politiques avec son prédécesseur. Aussi, cette confrontation entre ces eux hommes politiques prend, à un certain moment, une tournure militaire. Ce que démontre Sous-off quand il apprend à Nicolas et ses amis «  qu’ils étaient venus nombreux [à Gamboma] pour assurer la sécurité de la population, que depuis qu’on avait volé des armes à la caserne (…), le président Lissouba soupçonnait un Mbochi [Sassou Guesso] de préparer un coup d’Etat » (p.16). Dans son ensemble Un yankee à Gamboma peut se définir comme un roman réaliste que l’on peut ranger dans la fiction qui traite de la démocratie pluraliste au Congo. L’auteur n’invente rien sauf l’écriture car il se réfère au vécu quotidien ainsi qu’à la géographie de Gamboma : « Au loin j’aperçus le Nkéni qui coulait doucement vers le majestueux fleuve Congo. Quand j’arrivai vers l’école 31-juillet… » (p. 77). Mais c’est au niveau de la présence de certains grands ténors de la république que le récit trace son univers politique. Tout au long du coulé narratif, les figures comme Sassou Nguesso, Lissouba, Kolelas, Dzon,  Elo Dacy, Ngouelendele sont présentés dans leur fonction d’homme politique : « (…) j’aperçu Sous-off vers Soprogi en face de la maison que Mathias Dzon venait d’acheter et qui était devenu (…) son Etat major » (p.61).

 

Un yankee à Gamboma, un livre d’un jeune pour les jeunes

 

En dehors des hommes politiques et des parents de Nicolas et quelques adultes de Gamboma, le récit du jeune Marius Nguié met en relief la jeunesse de Gamboma. Nicolas est un jeune élève. Son amitié avec le jeune Benjamin alias Sous-off font de lui un traitre de sa bande formée par d’autres jeunes amis tels Martin, Fernand, Sylvain… Du côté de la jeunesse féminine, on peut citer Nadia la Miss Gamboma qui aura pour amant Sous-off avant que ce dernier, abandonné par cette dernière, s’amourache de la jeune Yasmine. La jeunesse dans Un yankee à Gamboma dénonce aussi quelques dépravations consécutives aux douloureux évènements de la décennie 90 comme le viol : « [Benjamin] avait étendu Karine sur l’herbe, l’avait mise à quatre pattes, puis lui avait mis son gros zizi dans le cul » (p.15). C’est au niveau de cette jeunesse marquée par la décennie 90, que l’on peut remarquer le tribalisme au Congo qui épouse souvent la politique. Pour Sous-off, « les Mbochis leur ont volé un quart de siècle » (p.15). Fernand n’apprécie pas l’amitié entre Nicolas et Benjamin parce que n’étant pas de la même tribu : « dès que je prononçais [le nom de Sous-off] (…) des amis (…) me prenaient pour un fou parce que je le fréquentais » (p.31). Mais Nicolas ne se laissera pas gagner par le tribalisme.

 

De la langue française au langagier congolais

 

S’il est un point qui caractérise Un yankee à Gamboma, c’est le travail langagier qui crée un point entre le français classique et le langage francisé du Congo en général et de Gamboma en particulier. Quelques exemples : « [A] l’élection de Miss Gamboma qui est sincèrement une affaire de bordèles. En français de Gamboma, une bordèle est une femme facile qu’on appelle aussi « cuisse légère » (p.40), « Elle me dit que Sous-off était performant, qu’il pouvait rester une heure et quart sur [sa copine Nadia] sans verser. En français de Gamboma, verser dans une femme, ça veut dire éjaculer » (p.47). Et ce genre de textes explicatifs apparait à tout moment quand le récit met en exergue le français congolais.

 

Un yankee à Gamboma, un texte qui se lit d’un trait qui lie les deux principaux héros. Nicolas raconte son histoire tout en présentant le séjour de son ami Sous-off à Gamboma. Aussi, l’auteur dans le mélange de deux narrations qui s’interpellent tout au long du récit, crée une nouvelle dynamique dans le roman congolais.

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