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« La voix d’une femme qui espère » d’Alima Madina

Classé dans : Non classé — 23 mai 2015 @ 19:10

 

 

Un recueil de cinq nouvelles qui, au cours de la lecture qu’il impose, révèle des situations où la femme apparait comme l’élément primordial au cœur des aventures rapportées. Dans ces textes, en dehors de « La pygmée heureuse » où l’héroïne est un être qui se satisfait de son destin, les femmes subissent en général les turpitudes de la vie provoquées par l’attitude rétrograde de l’homme.

 

Au cœur du sunnisme

 

Sur les cinq nouvelles que nous propose le livre d’Alima Madina,  trois font allusion aux rapports que la religion musulmane entretient avec les non musulmans. Dans « Les pleurs du harem », se dévoile la condition de la femme sunnite. Elle serait, d’après l’iman au cours d’un prêche, la propriété de l’homme. Mais les femmes se sentent touchées par l’iman qui aurait déformé la sainte parole au cours de son prêche : « Pour marquer leur désarroi, quelques femmes essuyaient leurs larmes. Les écervelées riaient. Les courageuses cherchaient le regard fuyant de l’iman » (p.24). Aussi, c’est l’héroïne Sayida qui devient le centre d’intérêt de cette deuxième nouvelle. Son comportement inquiète son père car ne voulant pas se marier avec un certain Saleh qui a déjà une épouse. Malheureusement son amour pour Abdoul n’est pas apprécié par sa tante. Pour cette dernière, c’est un amour de malédiction car le jeune homme est un chômeur : « Mais ignores-tu vraiment qu’il est impossible d’aimer un chômeur. C’est une malédiction (…). C’est un amour satanique qui ne s’appuiera que sur le banal » (p.32). Ces paroles s’avèrent prophétiques car cat amour sera sans issue. Abdoul abandonnera Sayida pour se lancer dans le vrai djihad dans le but de véhiculer le véritable message coranique. Et comme on ne peut aller à l’encontre des lois sunnites, Sayida, même n’ayant pas pu réussir à sa tentative de suicide, subira le châtiment des quatre-vingts coups de fouet en public, une réalité musulmane : « Dans le coma proche de la mort, Sayida reçut le premier coup de fouet de la punition » (p.36). Le thème de la religion musulmane se retrouve aussi dans  le troisième texte du recueil où une sunnite affronte les tribulations maritales. Loin de son Sahel natal, elle découvre le pays de son homme non musulman, un pays qui, malheureusement, subira les affres d’une guerre civile. Et comme son mariage avec son homme n’était pas apprécié par ses parents, l’héroïne regrette d’avoir désobéi à ces derniers : « Mon père n’avait donc pas tort de me dire sans avoir froid aux yeux que ce pays n’était pas stable » (p.44). Elle pense alors à Saïd Ismaël qui aurait pu être son homme dans une union qui respecterait la loi musulmane. Le sentiment de tristesse de la jeune femme est renforcé quand elle réalise la mort de son mari consécutive aux affrontements armés qu’a connus son pays d’adoption.  C’est dans les relations homme-femme que nous découvrons les souffrances d’une autre femme musulmane. Triste sort d’une fille sunnite bien éduquée qui deviendra une fille-mère après avoir été abandonnée enceinte par son amoureux Ted : « Toutes les démarches que Rama avait entreprises pour ramener à la raison l’amour de Ted s’étaient révélées vaines » (p.63). De cette aventure, naîtra un enfant que l’homme voudrait reconnaitre à dix huit ans. Et le lecteur de se retrouver dans un imbroglio : d’un côté Rama, une sunnite vexée et consciente d’avoir été abandonnée et d’avoir élevé seule son enfant, de l’autre un père irresponsable qui pense maintenant reconnaitre l’enfant.

 

L’amour maternel plus fort que tout

 

Ce thème est largement développé dans deux nouvelles qui révèlent deux attitudes maternelles qui mettent en relief les souffrances que peut éprouver une femme pour son enfant. Pour avoir mis au monde un enfant albinos, Lili est brusquement abandonnée par son mari et ses proches. Une expérience difficile et pénible pour la jeune femme. Aussi, le rêve de donner un bébé « normal » à son mari qui l’attendait  n’est pas réalisé. Ce qui serait leur premier bonheur devient un grand malheur qui va affecter le couple : « Mon mari et le beau bébé de nos rêves étaient ailleurs, (…). Tout était fini entre moi et lui. Mon bonheur de jeune mariée s’écroulait » (p.18). Quand on lui demande de se débarrasser de son enfant albinos, elle ne peut le faire, l’amour maternel étant plus fort que tout : « Non, je ne tuerai pas cette chair sortie de mes entrailles » (p.20). C’est avec philosophie qu’elle accepte la décision de son mari Gladys qui opte pour la séparation : « Je n’ai pas le choix. La vie de Néné [l’enfant albinos] me l’exige. Chez nous, une mère ne tue jamais son enfant » (p.21). L’amour maternel plus fort que tout se concrétise aussi chez Rama dans « Pardonne-moi, mon enfant ». Rama, une femme abandonnée enceinte par un homme sans scrupule qui décide de reconnaitre l’enfant quand celui-ci a atteint ses dix huit ans. L’amour maternel est tellement fort chez Rama qu’elle n’hésite pas à commettre l’irréparable si son ignoble Ted décidait de s’approcher de son enfant : « Oublie tout simplement mon enfant. Je te tuerai le jour où tu te rapprocheras de lui » (p.70). Mais le sang appelant le sang,  et malgré tout ce que fera Rama, son enfant finira par rencontrer son père. 

 

L’humanisme dans La voix d’une femme qui espère

 

Si la femme subit les méchancetés de l’homme comme cela se remarque à travers les personnages de Lili dans « Un albinos » et Rama dans « Pardonne-moi, mon enfant », elle est heureuse et chanceuse dans « La pygmée heureuse ». La fille du pygmée Aka baptisée Marie par Vauthier change de destin quand ce dernier, médecin de la localité, l’inscrit à l’école. Vauthier, un expatrié travaillant en Afrique, se remarque par son humanisme. Il sympathise avec Aka tout en offrant des produits de première nécessité comme les médicaments, le savon… avant d’inscrire sa fille à « l’école des Blancs ». L’humanisme de Vauthier fera de la jeune fille pygmée une femme instruite. Elle devient ensuite une aide-soignante au service de ses compatriotes et se révèle comme un pur produit de l’humanisme de Vauthier : « Elle administrait des médicaments et faisait des injections à côté de Vauthier (…) Marie était l’unique aide-soignante du dispensaire » (p.53). Aussi, le personnage de cet expatrié apparait comme une exception dans les relations Blanc-Noir qu’offre en général la littérature africaine.

 

Avec ces récits, Alima Madina fait découvrir une Afrique au carrefour de plusieurs cultures. On voit comment le sunnisme interpelle le destin de la femme qui se révèle comme la propriété de l’homme dans la religion musulmane. Cet homme qui, dans presque tous les textes, se caractérise par son antiféminisme qui atteint une beauté pathétique dans « Pardonne-moi, mon enfant », un beau texte qui montre que l’auteure est plus qu’une femme.

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