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« Elikia » d’Eveline Mankou

Classé dans : Non classé — 23 mai 2015 @ 19:18

 

Deux récits qui évoluent en dents de scie. Une narratrice et un narrateur qui racontent à tour de rôle leurs aventures et mésaventures, tel est le macro-récit que développe le roman de l’écrivaine Eveline Mankou.

 

Miamona se présente comme une femme qui a été déçue en amour par un certain Kiessé qu’elle a aimé follement. Malheureusement celui-ci a épousé sa sœur, une situation que vit difficilement la pauvre Miamona. A son service, elle tombe dans les bras d’un Danois dans l’espoir de sortir du désespoir qu’elle a connu avec Kiessé.  Mais cet amour n’est qu’aléatoire, et c’est avec un compatriote parisien au nom de Seho qu’elle va essayer de construire son bonheur. Seho, un vieux Parisien que la femme va découvrir au fur et à mesure qu’ils vont cohabiter, particulièrement à Nice, la ville où vit Miamona.

Seho vit depuis plusieurs décennies à Paris dont il connait les principaux coins et recoins. Il a un penchant pour les femmes prostituées de Paris. Il connait presque tous les lieux de Paris où se pratique le plus vieux métier du monde. Il a des relations régulières avec une prostituée nigériane. Il pense qu’il lui faut une femme du pays, mais pas comme Miamona qu’il a rencontrée dans un restaurant de la gare du Nord et qu’il trouverait destabilisée et déséquilibrée. Et dans cette cohabitation entre Seho et Miamona que le lecteur découvre quelques réalités de la société congolaise de Paris où l’immigré est parfois confronté au choc des cultures.

 

Miamona : une Congolaise qui s’est occidentalisée

 

Toute sa nouvelle vision de femme métamorphosée par le séjour en France se manifeste au cours de sa vie amoureuse avec un compatriote qu’il rencontre à Paris. De retour chez elle à Nice, elle ne cesse de penser à cet homme qui lui « brûle » déjà le cœur. Celui-ci va se confronter à son comportement de femme occidentalisée au cours de leur cohabitation. L’attitude de Seho l’impressionne négativement. Réaction de la jeune femme : « [c’est]  un mâle qui n’offre ni roses ni champagne est d’office disqualifié. C’est vrai, au Congo il n y a pas de fleuristes ni de grandes caves ! Mais en France, pas d’excuses pour qu’un homme n’offre pas une bonne bouteille » (p.67). Miamona souhaite vivre l’amour romantique qu’elle aurait découvert dans la société occidentale mais qui ne trouve pas sa place dans le comportement de son homme façonné par ses rapports on ne peut plus directs avec les prostituées de Paris. Pendant que son homme se comporte en véritable Congolais malgré le temps passé en France, Miamona apparait comme une Africaine acculturée. Aux excursions en péniche et aux visites culturelles qu’elle adore, Seho, de son côté,  préfère les retrouvailles et réunions communautaires. Et Miamona de cogiter dans son for intérieur : « Comment allais-je donc trouver un compromis au-delà de nos différences qui semblaient creuser un énorme fossé entre nous ? » (p.69). Mais cette femme qui épouse la civilisation occidentale tout en niant certaines réalités congolaises se montre combative pour l’émancipation de la Congolaise dans le domaine sociopolitique. Sensible à la cause féministe, elle se rappelle la position de soumission des femmes au Congo qui sont à la merci des caprices des hommes, celles des bals populaires et des seconds bureaux. Aussi se souvient-elle des femmes intellectuelles qui ont changé la vie sociale et sociétale de la Congolaise  à l’époque du monopartisme : « Ces femmes étaient fières de leur rassemblement révolutionnaire. Elles étaient orgueilleuses, suffisantes (…) Elles se dandinaient auprès des hommes du parti politique d’antan, c’était du temps du monopartisme » (p.88). En France, Miamona va s’intéresser à un « mouvement de femmes pour les femmes » du Congo qui revendique et défend la cause féministe. Et Miamona de se rappeler qu’ « aucun organisme digne de ce nom n’existe aujourd’hui [au Congo] pour montrer du doigt, par exemple les problèmes de la polygamie ou de l’exploitation sexuelle des jeunes filles » (p.89). A travers le portrait de Miamona, le récit d’Eveline Mankou s’avère féministe car malgré l’acculturation de celle-ci, son penchant pour l’émancipation de la Congolaise dans l’univers sociopolitique est un élément qui vient rehausser sa personnalité.

 

Seho : un homme et trois femmes

 

La première femme qui marque sa vie d’homme est sa mère. Celle-ci a peur que son fils s’amourache d’une Blanche ou d’une immigrée : « [Ma mère] s’inquiétait. Elle avait une peur noire que je ne prenne pas une Noire à Paris. « Les Blanches manquent de pudeur » (p.31). Aussi lui trouve-t-elle une fiancée du pays, la belle Nsona qui le rejoindrait au moment opportun, après avoir réglé la dot coutumièrement : « Dans ces malles [qu’il envoyait  au pays] étaient scellés des cadeaux pour Nsona et sa famille. Nsona était la précieuse femme que ma mère m’avait choisie » (p.29). Malheureusement son mariage avec cette dernière ne va pas se concrétiser. Ayant cédé à la tentation de l’argent et du matériel, elle devient une des maîtresse d’un notable politique qui  pratique des rites démentiels avec sacrifices humains.  Nsona mourra mystérieusement, comme toutes les autres maîtresses du notable politique : « Ces jeunes femmes [du notable politique] (…) erraient longtemps puis succombaient plus tard soit chez elle, soit dans un endroit reculé. Nsona venait d’être la énième victime » (p. 132). Avec Miamona, se découvre la personnalité de Seho : un vieux Parisien qui n’a rien perdu de sa congolité. Il est souvent à Château rouge qui résume l’Afrique à Paris. En bon Congolais, il ne veut pas être influencé par la femme : « Je ne vais tout de même pas me soumettre à la volonté d’une femme. Je suis noir, je resterai noir. Je suis congolais un point c’est tout » (p.63). Et tout au long de leur cohabitation, Seho ira à l’encontre de certaines attitudes héritées de la culture des Blancs. Il n’est pas enclin à quelques pratiques mondaines, aussi le démontre-t-il en compagnie de Miamona : « Ce n’est pas mon truc de servir les femmes » (p.99).

 

Elikia-Espoir : une autre façon de mener un récit

 

En général le récit est raconté par un seul narrateur. Il rapporte l’histoire de l’intérieur (je) ou de l’extérieur (il). Avec Elikia-Espoir, nous avons deux narrateurs, (Miamona et Seho) qui nous révèlent leurs destins dans un récit qui évolue en chiasmes. Les aventures des deux principaux personnages s’appellent réciproquement tout en dévoilant d’autres personnages comme la maman de Seho, Nsona, le notable politique, les infirmières de la clinique où a accouché Miamona… Dans ce récit, l’auteure se voudrait peut-être originale au niveau du racontant tout en privilégiant le linéaire du récit qui permet au lecteur de suivre la logique de la trame événementielle de l’histoire racontée.

 

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