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Archive pour mai, 2015

« Elikia » d’Eveline Mankou

Posté : 23 mai, 2015 @ 7:18 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

Deux récits qui évoluent en dents de scie. Une narratrice et un narrateur qui racontent à tour de rôle leurs aventures et mésaventures, tel est le macro-récit que développe le roman de l’écrivaine Eveline Mankou.

 

Miamona se présente comme une femme qui a été déçue en amour par un certain Kiessé qu’elle a aimé follement. Malheureusement celui-ci a épousé sa sœur, une situation que vit difficilement la pauvre Miamona. A son service, elle tombe dans les bras d’un Danois dans l’espoir de sortir du désespoir qu’elle a connu avec Kiessé.  Mais cet amour n’est qu’aléatoire, et c’est avec un compatriote parisien au nom de Seho qu’elle va essayer de construire son bonheur. Seho, un vieux Parisien que la femme va découvrir au fur et à mesure qu’ils vont cohabiter, particulièrement à Nice, la ville où vit Miamona.

Seho vit depuis plusieurs décennies à Paris dont il connait les principaux coins et recoins. Il a un penchant pour les femmes prostituées de Paris. Il connait presque tous les lieux de Paris où se pratique le plus vieux métier du monde. Il a des relations régulières avec une prostituée nigériane. Il pense qu’il lui faut une femme du pays, mais pas comme Miamona qu’il a rencontrée dans un restaurant de la gare du Nord et qu’il trouverait destabilisée et déséquilibrée. Et dans cette cohabitation entre Seho et Miamona que le lecteur découvre quelques réalités de la société congolaise de Paris où l’immigré est parfois confronté au choc des cultures.

 

Miamona : une Congolaise qui s’est occidentalisée

 

Toute sa nouvelle vision de femme métamorphosée par le séjour en France se manifeste au cours de sa vie amoureuse avec un compatriote qu’il rencontre à Paris. De retour chez elle à Nice, elle ne cesse de penser à cet homme qui lui « brûle » déjà le cœur. Celui-ci va se confronter à son comportement de femme occidentalisée au cours de leur cohabitation. L’attitude de Seho l’impressionne négativement. Réaction de la jeune femme : « [c’est]  un mâle qui n’offre ni roses ni champagne est d’office disqualifié. C’est vrai, au Congo il n y a pas de fleuristes ni de grandes caves ! Mais en France, pas d’excuses pour qu’un homme n’offre pas une bonne bouteille » (p.67). Miamona souhaite vivre l’amour romantique qu’elle aurait découvert dans la société occidentale mais qui ne trouve pas sa place dans le comportement de son homme façonné par ses rapports on ne peut plus directs avec les prostituées de Paris. Pendant que son homme se comporte en véritable Congolais malgré le temps passé en France, Miamona apparait comme une Africaine acculturée. Aux excursions en péniche et aux visites culturelles qu’elle adore, Seho, de son côté,  préfère les retrouvailles et réunions communautaires. Et Miamona de cogiter dans son for intérieur : « Comment allais-je donc trouver un compromis au-delà de nos différences qui semblaient creuser un énorme fossé entre nous ? » (p.69). Mais cette femme qui épouse la civilisation occidentale tout en niant certaines réalités congolaises se montre combative pour l’émancipation de la Congolaise dans le domaine sociopolitique. Sensible à la cause féministe, elle se rappelle la position de soumission des femmes au Congo qui sont à la merci des caprices des hommes, celles des bals populaires et des seconds bureaux. Aussi se souvient-elle des femmes intellectuelles qui ont changé la vie sociale et sociétale de la Congolaise  à l’époque du monopartisme : « Ces femmes étaient fières de leur rassemblement révolutionnaire. Elles étaient orgueilleuses, suffisantes (…) Elles se dandinaient auprès des hommes du parti politique d’antan, c’était du temps du monopartisme » (p.88). En France, Miamona va s’intéresser à un « mouvement de femmes pour les femmes » du Congo qui revendique et défend la cause féministe. Et Miamona de se rappeler qu’ « aucun organisme digne de ce nom n’existe aujourd’hui [au Congo] pour montrer du doigt, par exemple les problèmes de la polygamie ou de l’exploitation sexuelle des jeunes filles » (p.89). A travers le portrait de Miamona, le récit d’Eveline Mankou s’avère féministe car malgré l’acculturation de celle-ci, son penchant pour l’émancipation de la Congolaise dans l’univers sociopolitique est un élément qui vient rehausser sa personnalité.

 

Seho : un homme et trois femmes

 

La première femme qui marque sa vie d’homme est sa mère. Celle-ci a peur que son fils s’amourache d’une Blanche ou d’une immigrée : « [Ma mère] s’inquiétait. Elle avait une peur noire que je ne prenne pas une Noire à Paris. « Les Blanches manquent de pudeur » (p.31). Aussi lui trouve-t-elle une fiancée du pays, la belle Nsona qui le rejoindrait au moment opportun, après avoir réglé la dot coutumièrement : « Dans ces malles [qu’il envoyait  au pays] étaient scellés des cadeaux pour Nsona et sa famille. Nsona était la précieuse femme que ma mère m’avait choisie » (p.29). Malheureusement son mariage avec cette dernière ne va pas se concrétiser. Ayant cédé à la tentation de l’argent et du matériel, elle devient une des maîtresse d’un notable politique qui  pratique des rites démentiels avec sacrifices humains.  Nsona mourra mystérieusement, comme toutes les autres maîtresses du notable politique : « Ces jeunes femmes [du notable politique] (…) erraient longtemps puis succombaient plus tard soit chez elle, soit dans un endroit reculé. Nsona venait d’être la énième victime » (p. 132). Avec Miamona, se découvre la personnalité de Seho : un vieux Parisien qui n’a rien perdu de sa congolité. Il est souvent à Château rouge qui résume l’Afrique à Paris. En bon Congolais, il ne veut pas être influencé par la femme : « Je ne vais tout de même pas me soumettre à la volonté d’une femme. Je suis noir, je resterai noir. Je suis congolais un point c’est tout » (p.63). Et tout au long de leur cohabitation, Seho ira à l’encontre de certaines attitudes héritées de la culture des Blancs. Il n’est pas enclin à quelques pratiques mondaines, aussi le démontre-t-il en compagnie de Miamona : « Ce n’est pas mon truc de servir les femmes » (p.99).

 

Elikia-Espoir : une autre façon de mener un récit

 

En général le récit est raconté par un seul narrateur. Il rapporte l’histoire de l’intérieur (je) ou de l’extérieur (il). Avec Elikia-Espoir, nous avons deux narrateurs, (Miamona et Seho) qui nous révèlent leurs destins dans un récit qui évolue en chiasmes. Les aventures des deux principaux personnages s’appellent réciproquement tout en dévoilant d’autres personnages comme la maman de Seho, Nsona, le notable politique, les infirmières de la clinique où a accouché Miamona… Dans ce récit, l’auteure se voudrait peut-être originale au niveau du racontant tout en privilégiant le linéaire du récit qui permet au lecteur de suivre la logique de la trame événementielle de l’histoire racontée.

 

« La voix d’une femme qui espère » d’Alima Madina

Posté : 23 mai, 2015 @ 7:10 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

 

Un recueil de cinq nouvelles qui, au cours de la lecture qu’il impose, révèle des situations où la femme apparait comme l’élément primordial au cœur des aventures rapportées. Dans ces textes, en dehors de « La pygmée heureuse » où l’héroïne est un être qui se satisfait de son destin, les femmes subissent en général les turpitudes de la vie provoquées par l’attitude rétrograde de l’homme.

 

Au cœur du sunnisme

 

Sur les cinq nouvelles que nous propose le livre d’Alima Madina,  trois font allusion aux rapports que la religion musulmane entretient avec les non musulmans. Dans « Les pleurs du harem », se dévoile la condition de la femme sunnite. Elle serait, d’après l’iman au cours d’un prêche, la propriété de l’homme. Mais les femmes se sentent touchées par l’iman qui aurait déformé la sainte parole au cours de son prêche : « Pour marquer leur désarroi, quelques femmes essuyaient leurs larmes. Les écervelées riaient. Les courageuses cherchaient le regard fuyant de l’iman » (p.24). Aussi, c’est l’héroïne Sayida qui devient le centre d’intérêt de cette deuxième nouvelle. Son comportement inquiète son père car ne voulant pas se marier avec un certain Saleh qui a déjà une épouse. Malheureusement son amour pour Abdoul n’est pas apprécié par sa tante. Pour cette dernière, c’est un amour de malédiction car le jeune homme est un chômeur : « Mais ignores-tu vraiment qu’il est impossible d’aimer un chômeur. C’est une malédiction (…). C’est un amour satanique qui ne s’appuiera que sur le banal » (p.32). Ces paroles s’avèrent prophétiques car cat amour sera sans issue. Abdoul abandonnera Sayida pour se lancer dans le vrai djihad dans le but de véhiculer le véritable message coranique. Et comme on ne peut aller à l’encontre des lois sunnites, Sayida, même n’ayant pas pu réussir à sa tentative de suicide, subira le châtiment des quatre-vingts coups de fouet en public, une réalité musulmane : « Dans le coma proche de la mort, Sayida reçut le premier coup de fouet de la punition » (p.36). Le thème de la religion musulmane se retrouve aussi dans  le troisième texte du recueil où une sunnite affronte les tribulations maritales. Loin de son Sahel natal, elle découvre le pays de son homme non musulman, un pays qui, malheureusement, subira les affres d’une guerre civile. Et comme son mariage avec son homme n’était pas apprécié par ses parents, l’héroïne regrette d’avoir désobéi à ces derniers : « Mon père n’avait donc pas tort de me dire sans avoir froid aux yeux que ce pays n’était pas stable » (p.44). Elle pense alors à Saïd Ismaël qui aurait pu être son homme dans une union qui respecterait la loi musulmane. Le sentiment de tristesse de la jeune femme est renforcé quand elle réalise la mort de son mari consécutive aux affrontements armés qu’a connus son pays d’adoption.  C’est dans les relations homme-femme que nous découvrons les souffrances d’une autre femme musulmane. Triste sort d’une fille sunnite bien éduquée qui deviendra une fille-mère après avoir été abandonnée enceinte par son amoureux Ted : « Toutes les démarches que Rama avait entreprises pour ramener à la raison l’amour de Ted s’étaient révélées vaines » (p.63). De cette aventure, naîtra un enfant que l’homme voudrait reconnaitre à dix huit ans. Et le lecteur de se retrouver dans un imbroglio : d’un côté Rama, une sunnite vexée et consciente d’avoir été abandonnée et d’avoir élevé seule son enfant, de l’autre un père irresponsable qui pense maintenant reconnaitre l’enfant.

 

L’amour maternel plus fort que tout

 

Ce thème est largement développé dans deux nouvelles qui révèlent deux attitudes maternelles qui mettent en relief les souffrances que peut éprouver une femme pour son enfant. Pour avoir mis au monde un enfant albinos, Lili est brusquement abandonnée par son mari et ses proches. Une expérience difficile et pénible pour la jeune femme. Aussi, le rêve de donner un bébé « normal » à son mari qui l’attendait  n’est pas réalisé. Ce qui serait leur premier bonheur devient un grand malheur qui va affecter le couple : « Mon mari et le beau bébé de nos rêves étaient ailleurs, (…). Tout était fini entre moi et lui. Mon bonheur de jeune mariée s’écroulait » (p.18). Quand on lui demande de se débarrasser de son enfant albinos, elle ne peut le faire, l’amour maternel étant plus fort que tout : « Non, je ne tuerai pas cette chair sortie de mes entrailles » (p.20). C’est avec philosophie qu’elle accepte la décision de son mari Gladys qui opte pour la séparation : « Je n’ai pas le choix. La vie de Néné [l’enfant albinos] me l’exige. Chez nous, une mère ne tue jamais son enfant » (p.21). L’amour maternel plus fort que tout se concrétise aussi chez Rama dans « Pardonne-moi, mon enfant ». Rama, une femme abandonnée enceinte par un homme sans scrupule qui décide de reconnaitre l’enfant quand celui-ci a atteint ses dix huit ans. L’amour maternel est tellement fort chez Rama qu’elle n’hésite pas à commettre l’irréparable si son ignoble Ted décidait de s’approcher de son enfant : « Oublie tout simplement mon enfant. Je te tuerai le jour où tu te rapprocheras de lui » (p.70). Mais le sang appelant le sang,  et malgré tout ce que fera Rama, son enfant finira par rencontrer son père. 

 

L’humanisme dans La voix d’une femme qui espère

 

Si la femme subit les méchancetés de l’homme comme cela se remarque à travers les personnages de Lili dans « Un albinos » et Rama dans « Pardonne-moi, mon enfant », elle est heureuse et chanceuse dans « La pygmée heureuse ». La fille du pygmée Aka baptisée Marie par Vauthier change de destin quand ce dernier, médecin de la localité, l’inscrit à l’école. Vauthier, un expatrié travaillant en Afrique, se remarque par son humanisme. Il sympathise avec Aka tout en offrant des produits de première nécessité comme les médicaments, le savon… avant d’inscrire sa fille à « l’école des Blancs ». L’humanisme de Vauthier fera de la jeune fille pygmée une femme instruite. Elle devient ensuite une aide-soignante au service de ses compatriotes et se révèle comme un pur produit de l’humanisme de Vauthier : « Elle administrait des médicaments et faisait des injections à côté de Vauthier (…) Marie était l’unique aide-soignante du dispensaire » (p.53). Aussi, le personnage de cet expatrié apparait comme une exception dans les relations Blanc-Noir qu’offre en général la littérature africaine.

 

Avec ces récits, Alima Madina fait découvrir une Afrique au carrefour de plusieurs cultures. On voit comment le sunnisme interpelle le destin de la femme qui se révèle comme la propriété de l’homme dans la religion musulmane. Cet homme qui, dans presque tous les textes, se caractérise par son antiféminisme qui atteint une beauté pathétique dans « Pardonne-moi, mon enfant », un beau texte qui montre que l’auteure est plus qu’une femme.

« Du premier jour à l’infini » de Kharine Yidika

Posté : 23 mai, 2015 @ 6:56 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

Voici un roman qui met en relief deux destins atypiques à travers un bel amour entre Mélodie et Léandre, amour qui va jusqu’aux fiançailles avant d’être malheureusement brisé par le passé on ne peut plus « sombre »  de la fille.

 

Après leur rencontre au club d’apprentissage d’anglais, Mélodie et Léandre semblent s’attirer. Le jeune homme n’hésite pas à déclarer son amour pour celle qui lui plait énormément. Mélodie  se donne quand même au jeune homme tout en ayant peur de connaitre une autre déception après certains échecs amoureux dans le passé. Amour passion avec Léandre qui lui fait oublier les vicissitudes des amours ratés : « Mon amoureux m’apportait toute la joie que j’avais perdue avec mes déconvenues du passé » (p.49). Mais cet amour révélé aux parents des deux amoureux subit un couac quand Léandre, contre toute attente, abandonne Mélodie pour retomber dans les bras d’une certaine Joretta. Une fois de plus, Mélodie retombe dans la déception attribuée à son physique qu’elle trouve aléatoire. Quel désespoir pour la jeune femme au moment où son amour pour Léandre s’avère intense. Elle désire séjourner en France mais son rêve est brisé par le refus de visa. Aussi décide-t-elle d’approfondir ses connaissances en anglais pour un éventuel séjour aux Etats-Unis. Au cours du mariage traditionnel de sa sœur cadette, Léandre qui est présent au lieu de la cérémonie, tente d’amadouer Mélodie qui se montre inflexible mais qui ne peut résister au pardon du jeune homme. Bonheur retrouvé après ce pardon. Mélodie est même acceptée par sa future belle-mère Wali. Agréable séjour de la jeune femme chez son amoureux Léandre qui travaille à Pointe-Noire : « Difficile d’imaginer quels ingrédients secrets Dieu a mis dans le cœur de l’homme pour qu’il se sente heureux, aussi idiot, aussi fou quand il aime et quand il est aimé en retour » (p.106). Amour passion, amour fou qui fait rêver les deux amoureux : se marier et avoir un enfant. Mais ce rêve, tant cher à Mélodie, ne pourra se réaliser ; elle sera, une fois de plus, victime de son passé. Léandre et sa mère seront déçus quand Mélodie révélera sa situation  de fille mère avec deux jumelles de père inconnue issues d’un viol. A partir de ce moment la vie de la jeune femme se trace un autre destin. Elle a trouvé du travail et peut s’occuper de ses deux enfants. Celles-ci quittent l’orphelinat pour vivre avec leur mère. Son rêve de voyager pour les Etats-Unis va se réaliser car elle connaitra, par l’intermédiaire des réseaux sociaux,  un Américain avec qui elle aura de bons rapports. Du Premier Jour à l’Infini, un récit qui se fonde principalement sur deux personnages : Mélodie et Léandre.

 

Mélodie : une vie brisée par l’ingratitude du destin

 

Déjà adolescente, Mélodie se confronte à la fatalité de son destin. Au cours des tristes évènements que connait son pays, elle subit la violence dégradante des hommes en armes qui ont tué son père : « Une nuit (…) des mercenaires angolais nous ont poursuivis. Ils assassinèrent tous les hommes qu’ils avaient trouvés là, et ils emmenèrent les jeunes filles à la lisière de la forêt (…). J’ai été violée par trois mercenaires (…)  alors que j’étais encore vierge… De retour à Brazzaville,  ma grossesse était presque à terme. J’ai mis au monde deux petites filles » (p.137). Et  c’est après cette déclaration qu’elle subira la fatalité du destin qui l’avait mise au mauvais moment et au mauvais endroit pendant le drame d’un certain 18 décembre quand « tôt dans la matinée les armes crépitaient sans répit » (p.136). Fallait-il sacrifier son amour maternel pour ses enfants au dépens de son amour « conventionnel » pour l’homme qu’elle aimait et qui l’aimait ? Un dilemme qui va persécuter son mental car, à un certain moment, avant d’avouer sa situation de fille-mère à Léandre, elle sera curieusement suivie par un médecin psychiatre après la déclaration officielle des fiançailles des deux familles : « Depuis plusieurs semaines, je faisais des insomnies (…). J’écrivais trop et je faisais du souci quant à l’avenir de nos fiançailles » (p.122). L’amour de ses enfants étant plus fort que tout pour une mère, Mélodie « [s’était] débarrassée de tout ce qui pouvait lui rappeler un brin de souvenir de cet homme [qu’elle ne haïssait] pourtant pas » (p.166). Aussi, dans son nouvel appartement avec sa mère et sa sœur cadette Vinciane, elle réalise qu’ « il était temps d’oublier leurs peines et de fêter le retour des enfants à la maison » (p.168).

 

Léandre entre mère et fiancée

 

Ce garçon qui n’a pas connu un amour paternel convenable, sera à la merci des caprices féminins. Il quitte Joretta pour Mélodie qu’il abandonne quelque temps après. Il renoue avec Joretta. Il ne sera jamais un homme épanoui car, même adulte, il sera toujours le « bébé » de sa mère : « Elle faisait sa lessive, son lit, son repas. Elle lui chantait la berceuse chaque soir… » (p.55). Quand Léandre décide de se séparer de Mélodie « sans raison », celle-ci pense qu’il a été influencé par sa mère : « Qu’ai-je fait pour mériter ça ? C’est ta mère qui ne veut pas de moi n’est ce pas ? » (p.63). Ce qui semble faux car Wali acceptera ses fiançailles avec Léandre. Malgré son amour passion pour Mélodie, malgré tous les rêves qu’ils veulent réaliser, l’image de la mère possessive va de nouveau interpeler le destin de Léandre quand Mélodie lui révèle son douloureux passé. Wali n’acceptera jamais que son fils épouse une fille-mère. Léandre ne pourra pas aller à l’encontre de cette décision. Mais en amour, souvent à quelque chose, malheur est bon : le bonheur que Mélodie n’a pu concrétiser avec Léandre se réalise avec un Américain qu’elle connait à travers les réseaux sociaux : « Une relation sérieuse m’appelait sous d’autres cieux. Mon rêve américain était enfin en cours de réalisation » (p.169).

 

Fallait-il que Mélodie révèle à son fiancé le viol qu’elle avait subi au cours de son adolescence ? La vérité sur le viol subi par la jeune femme aurait-elle blessé et marqué un amour réciproque et prometteur ? Cette vérité serait-elle la cause de la déconvenue qui s’est abattue sur le destin des deux amoureux ? Des interrogations qui interpellent le lecteur et qui nous fait découvrir l’auteure Kharine Yidika dans une autre façon de traiter le thème de l’amour juvénile. Du style, Du Premier Jour à l’Infini épouse un chiasme (texte évoluant en dents de scie), le récit premier rapporté au passé par la narratrice est traversé à certains moments par le récit au présent et au futur défini par son journal intime.

Un yankee à Gamboma de Marius Nguié

Posté : 23 mai, 2015 @ 6:42 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

Une histoire, la ville de Gamboma, deux héros, telle est la toile de fond que présente  Un yankee à Gamboma. Tout au long du récit, une amitié indélébile lie Nicolas, natif de Gamboma à son compatriote Benjamin alias Sous-off, originaire de Loudima du Sud Congo, venu à Gamboma dans l’exercice de son métier de militaire. Ce dernier, par l’intermédiaire de Nicolas, découvre les us et coutumes des Gangoulous (originaires de Gamboma). Un yankee à Gamboma,  un récit qui nous révèle aussi le Congo des années 90 où persistent encore tribalisme et sorcellerie. Benjamin le yankee est bien accueilli à Gamboma. Aussi la famille de Nicolas se voit protégée cet homme craint dans la ville et qui sera plus connu par le surnom de Sous-off. Dans ce Gamboma où se découvrent certaines réalités sociales et politiques, Nicolas devient une sorte de « traitre » pour ses amis. Son attachement à Sous-off n’est pas accepté. Il assiste impuissant à la mort d’un vieil homme brûlé vif. Celui-ci est accusé de sorcellerie car il aurait « mangé » son neveu. Et tout cela se passe devant Ngouelendélé père et fils qui sont présents dans les environs mais indifférents au drame. Dans cette ville, Sous-off connait quelques aventures amoureuses et est craint par la population jusqu’à ce jour où il sera humilié, au cours d’une bagarre, par un jeune de Gamboma. Commence alors sa démystification qui sera accentuée par la mort qui le surprend au cours d’une confrontation de la foule de Gamboma avec un groupe de militaires dont il fait partie. Un yankee à Gamboma, un récit qui annonce plusieurs directions thématiques dont trois semblent épouser les réalités congolaises.

 

Au plus près du référentiel politique congolais

 

Ce texte qui prend fondation sur la réalité sociopolitique des années 90, nous fait revivre une séquence politique qui a été marqué par les présidents Lissouba et Sassou Nguesso. Le héros Sous-off apparait comme un produit de leurs divergences politiques. Et ce dernier de déclarer en plein Gamboma : « Je suis un des miliciens du président Lissouba qu’on appelle Cocoyes. Je viens de Loudima où j’ai été formé par les Israéliens. Les Mbochis nous ont volé un quart de siècle (…) Quel homme oserait incarner un Nzabi dans ce pays ? » (pp.15-16). A travers cette déclaration de Sous-off, se révèle la période tumultueuse de la décennie 90 quand Lissouba, élu président de la république avait quelques contentieux politiques avec son prédécesseur. Aussi, cette confrontation entre ces eux hommes politiques prend, à un certain moment, une tournure militaire. Ce que démontre Sous-off quand il apprend à Nicolas et ses amis «  qu’ils étaient venus nombreux [à Gamboma] pour assurer la sécurité de la population, que depuis qu’on avait volé des armes à la caserne (…), le président Lissouba soupçonnait un Mbochi [Sassou Guesso] de préparer un coup d’Etat » (p.16). Dans son ensemble Un yankee à Gamboma peut se définir comme un roman réaliste que l’on peut ranger dans la fiction qui traite de la démocratie pluraliste au Congo. L’auteur n’invente rien sauf l’écriture car il se réfère au vécu quotidien ainsi qu’à la géographie de Gamboma : « Au loin j’aperçus le Nkéni qui coulait doucement vers le majestueux fleuve Congo. Quand j’arrivai vers l’école 31-juillet… » (p. 77). Mais c’est au niveau de la présence de certains grands ténors de la république que le récit trace son univers politique. Tout au long du coulé narratif, les figures comme Sassou Nguesso, Lissouba, Kolelas, Dzon,  Elo Dacy, Ngouelendele sont présentés dans leur fonction d’homme politique : « (…) j’aperçu Sous-off vers Soprogi en face de la maison que Mathias Dzon venait d’acheter et qui était devenu (…) son Etat major » (p.61).

 

Un yankee à Gamboma, un livre d’un jeune pour les jeunes

 

En dehors des hommes politiques et des parents de Nicolas et quelques adultes de Gamboma, le récit du jeune Marius Nguié met en relief la jeunesse de Gamboma. Nicolas est un jeune élève. Son amitié avec le jeune Benjamin alias Sous-off font de lui un traitre de sa bande formée par d’autres jeunes amis tels Martin, Fernand, Sylvain… Du côté de la jeunesse féminine, on peut citer Nadia la Miss Gamboma qui aura pour amant Sous-off avant que ce dernier, abandonné par cette dernière, s’amourache de la jeune Yasmine. La jeunesse dans Un yankee à Gamboma dénonce aussi quelques dépravations consécutives aux douloureux évènements de la décennie 90 comme le viol : « [Benjamin] avait étendu Karine sur l’herbe, l’avait mise à quatre pattes, puis lui avait mis son gros zizi dans le cul » (p.15). C’est au niveau de cette jeunesse marquée par la décennie 90, que l’on peut remarquer le tribalisme au Congo qui épouse souvent la politique. Pour Sous-off, « les Mbochis leur ont volé un quart de siècle » (p.15). Fernand n’apprécie pas l’amitié entre Nicolas et Benjamin parce que n’étant pas de la même tribu : « dès que je prononçais [le nom de Sous-off] (…) des amis (…) me prenaient pour un fou parce que je le fréquentais » (p.31). Mais Nicolas ne se laissera pas gagner par le tribalisme.

 

De la langue française au langagier congolais

 

S’il est un point qui caractérise Un yankee à Gamboma, c’est le travail langagier qui crée un point entre le français classique et le langage francisé du Congo en général et de Gamboma en particulier. Quelques exemples : « [A] l’élection de Miss Gamboma qui est sincèrement une affaire de bordèles. En français de Gamboma, une bordèle est une femme facile qu’on appelle aussi « cuisse légère » (p.40), « Elle me dit que Sous-off était performant, qu’il pouvait rester une heure et quart sur [sa copine Nadia] sans verser. En français de Gamboma, verser dans une femme, ça veut dire éjaculer » (p.47). Et ce genre de textes explicatifs apparait à tout moment quand le récit met en exergue le français congolais.

 

Un yankee à Gamboma, un texte qui se lit d’un trait qui lie les deux principaux héros. Nicolas raconte son histoire tout en présentant le séjour de son ami Sous-off à Gamboma. Aussi, l’auteur dans le mélange de deux narrations qui s’interpellent tout au long du récit, crée une nouvelle dynamique dans le roman congolais.

 

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