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Archive pour octobre, 2014

« De la bouche de ma mère » de Georges Mavouba-Sokate

Posté : 6 octobre, 2014 @ 9:00 dans Non classé | Pas de commentaires »

Le conte, un genre qui n’arrive pas à s’imposer dans le récit narratif au niveau des écrivains de la nouvelle génération où la nouvelle et le roman se taillent la part du lion. Mais avec De la bouche de ma mère, Georges Mavouba-Sokate nous replonge dans la tradition kongo. Aussi, entre ce dernier et les lecteurs, il y a les souvenirs des soirées passées avec sa mère qui n’ont jamais quitté son subconscient. En sept petits textes où se mêlent fantastique et merveilleux, Mavouba-Sokate nous invite au coin du feu du soir, dans la clarté vespérale, savourer l’imaginaire ancestral du terroir kongo.

 Du fantastique au merveilleux

L’homme, la femme et les astres, voilà les principaux éléments-personnages que l’on rencontre dans les contes de De la bouche de ma mère. Les enfants de nos jours voient briller le soleil le jour et admirer le cache-cache qui se joue entre la lune et les nuages pendant certaines nuits. Mais peuvent-ils imaginer que ces deux astres occupent une place mythique et légendaire dans la cosmogonie kongo ?   Le texte intitulé « La légende des deux luminaires » nous relate, à travers la « confrontation » de deux jumeaux dont l’appellation est N’Simba pour l’un et N’Zuzi pour l’autre, pourquoi l’univers  a un soleil et une lune. C’est au cours d’une baignade des deux jumeaux dans une rivière que se créé une mésentente entre les deux, quand N’Simba joue un sale tour à N’Zuzi. Aussi, la maturité sociale kongo se trouve résumée dans la réaction de N’Simba après le vilain geste vis-à-vis de N’Zuzi. Il se rattrape : « Ne trouves-tu pas que nous entretenons une vaine concurrence ? Nous serions pus utiles à la terre si nous nous partageons le temps(…). Moi, je travaillerai et présiderai aux hommes au lever, et je te laisserai présider au moment où ils iraient se coucher » (p.16). L’histoire du bûcheron N’Doantoni nous plonge dans le fantastique des fruits sauvages de la nature congolaise qui apparaissent comme des personnages vivants dans le quotidien du bûcheron. Et quel ne sera pas son désarroi quand il va être abandonné par la nymphe qu’il avait connue mystérieusement dans la forêt. Mais quelle ne sera pas sa surprise quand il passe outre le secret de son existence avec la nymphe. Celle-ci décide alors de regagner la forêt avec sa progéniture, abandonnant l’homme à lui-même : « C’est mon mari qui a divulgué la rumeur diffamatoire, pensait-elle. Il m’a trahie. Pourtant il avait prêté serment. Comment vivre dans un monde où il est difficile d’être environné d’un mur de confiance mutuelle ? » (p.24). Chez Mavouba-Sokate, le conte pourrait se définir comme une plongée dans la tradition kongo où certains « mystères » étaient tolérés pour moraliser la société. Dans « Le gendre », se développe le thème du mariage, une union sacrée qui demandait une abnégation de la part du prétendant. Ici, se remarquent le courage et la perspicacité d’un jeune homme qui arrive à défier son futur beau-père pour concrétiser un mariage dont tous les autres prétendants ont eu de peur du test imposé par ce dernier. Et l’heureux prétendant est  le courageux N’Dongala N’Goma avec un surnom kilométrique qui accentue le mystère du personnage : « Kountoukoua M’Poutoukouako Kountoukoua Kivoutoukanga Kounimako. Ce qui signifie : je ne reviens jamais à l’endroit d’où je suis parti, même quand on me rappelle et qu’on me prie ou m’ordonne d’y revenir quelque raison que ce soit. Comme la rivière qui ne remonte jamais à sa source, moi je ne reviens jamais à mon point de départ » (p.33). Dans De la bouche de ma mère, est mis en relief le côté moral de la tradition kongo que malheureusement, ne respectent pas certains jeunes comme on peut le remarquer dans « Le palmier des mânes ».  Pour avoir désobéi à son père Loukossi à qui l’esprit de son défunt oncle, a offert un palmier des mânes qui l’ont rendu riche, Dianzenza le fils de ce dernier commet l’irréparable. Sermonné par son père qui lui rappelle la loi inviolable et sacrée des mânes : « même [son] fils ne pourrait grimper et opérer sur l’arbre qu’en sa présence » (p.77), loi que Dianzenza a foulée aux pieds en récidivant. Le courroux des mânes va déraciner l’arbre providentiel, laissant Loukossi dans sa situation d’antan.

L’ignominie de la femme dans De la bouche de ma mère

En dehors de N’Kengué qui se présente comme une figurante dans « Le gendre », la femme est présentée par son côté on ne peut plus désobligeante dans « Les tradit-esthéticiennes », « N’Zombo l’unijambiste » et « La vierge, l’eunuque et le diable ». Jalousie poussée à outrance des amies de N’Dona qui n’acceptent pas sa beauté physique ; aussi vont-elles lui jouer un mauvais tour en attentant à sa vie. Dans « N’Zombo l’unijambiste », le héros principal est victime de la méchanceté de sa grand-mère. Dans « La vierge, l’eunuque et le diable », La belle Loukoula, par sa naïveté, refuse de se marier avec les jeunes hommes du village. Il tombe sous le charme d’un étranger, personnage mystérieux, qui sera à l’origine de sa mort. Et comme l’écrit l’auteur, « tout le village éclate en sanglots, maudissant le jour où cet étranger était venu conquérir le cœur chaste de la fille » (p.91).

De la bouche de ma mère, une série de textes qu’il faut absolument découvrir pour comprendre les tenants et les aboutissants du message de l’auteur. Georges Mavouba-Sokate, une bibliothèque vivante de la tradition kongo au service de la nouvelle génération distante des us et coutumes de nos ancêtres.

 

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