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Archive pour novembre, 2010

Premier roman de Matondo Kubu Turé : « Vous êtes bien de ce pays ? Un conte de fou » (1),

Posté : 12 novembre, 2010 @ 8:45 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

 

Un roman qui sort des sentiers battus des textes narratifs congolais où les personnages vivent dans une société policée avec un vraisemblable qui rappelle le vécu sociopolitique de tous les jours. Avec le thème de la folie par l’intermédiaire du docteur Ma et son univers du Centre psychiatrique qu’il dirige, Matondo  Kubu Turé, nous rappelle la piste diégétique inauguré par Auguy Makey avec le personnage de Popolino dans « Francophole », « Sur les pas d’Emmanuel » et « Tiroir 45 ». 

 

Ancien étudiant en psychiatrie en France, Stanislas, que l’on appellera souvent par le docteur Ma, rentre au pays où il dirige un centre psychiatrique en vivant dans sa maison construite au bord du fleuve. Confronté à son ami d’enfance, le président  de la république dont la politique laisse à désirer, le docteur Ma subit les foudres des Tirailleurs du pouvoir. Après moult tractations avec le pouvoir, il sera tué en compagnie d’une malade avec qui il semblait partager l’amour. C’est dans la maison au bord du fleuve que l’irréparable se produit quand celle-ci est prise d’assaut par les hommes en armes du pouvoir. Et l’univers africain qui se révèle dans ce livre, annonce un continent « fou » politiquement. Aussi, ce roman de Matondo Kubu Turé apparaît comme une succession de portraits à travers lesquels se dégage une société africaine malade et qui parfois fait penser à quelques « morceaux » de l’histoire sociopolitique de son Congo natal. 

 

Le docteur Ma : un médecin pas comme les autres 

Etudes de psychiatrie à Nice où il se fait remarquer par ses professeurs. Il y travaille après son doctorat, fait aussi du théâtre et passe son agrégation avant de rentrer au pays. Et son passé va se refléter plus tard au pays dans sa confrontation avec le pouvoir, car dans sa jeunesse, « il avait mené tous les combats de sa vie. Il entra dans les jeunesses chrétiennes à dix ans, devint servant de messe et abandonna les fétiches de sa famille. Une décennie plus tard, il échoua dans les filières clandestines du communisme, se mit à lire Mao et à porter les tee-shirts à l’effigie du Che » (p.80). Ce passé troublant va ressurgir plus tard quand il est médecin dans son pays. Il écrit des lettres ouvertes au président de la république pour critiquer sa façon néfaste de gérer le pays. Ces critiques ne sont pas appréciées par ce dernier et ses Tirailleurs s’occuperont plus tard du docteur Ma. Dans l’exercice de son métier, il passe son temps entre le Domicile Loméka, un débit de boisson, le Centre psychiatrique, et sa maison située au bord du fleuve. Tout son univers dégage l’extra-ordinaire : sa « deux-chevaux » unique dans la Ville, ses infirmières  qu’il appelle bizarrement par La Noire, La Café-Au-lait, La Fauve, La Jaune et la Boule Ronde. En dehors de celles-ci qui font partie intégrante de sa vie de médecin, il est aussi marqué par cet « enfant du pays » dont la femme, malgré de longues et fructueuses études, s’est convertie en paysanne qui travaille ses champs d’ignames à Mati. Aussi, la disparition de son homme dérègle son mental. Elle se confie au docteur Ma pour être soignée. L’homme qu’elle aime a été fauché par les Tirailleurs du pouvoir. Cette femme qui devient Sa Folle, ne le quittera plus jusqu’au moment où le pouvoir aura raison sur eux : « Au matin, la vieille villa du docteur Ma, le psychiatre avait cessé de brûler (…) La disparition du docteur et Sa Folle allait défrayer la chronique toute l’année et même plus tard… » (pp.14-15). On constate aussi que le destin du docteur Ma tourne autour de la gente féminine. Il est aidé dans son travail par cinq infirmières qui se le « partagent ». La plupart de ses malades sont des femmes dont la plus marquante sera sa Folle. Pour l’atteindre, le pouvoir passe par des témoignages incongrus de femmes qu’il soigne et qu’il aurait violées. Accusations gratuites : « Ah oui, il m’a écarté les jambes (…) et puis il m’a caressé la cuisse droite, (…) » (p.170). Ce sont aussi les femmes qui vont défier le pouvoir pour essayer de le sauver des griffes des Tirailleurs. 

 

« Vous êtes de ce pays ? » ou le Congo sale décrié 

Même si la Ville du docteur ne porte pas de nom, même si le pays du président  Dominique Charles Nkumbi et son ami l’Archevêque Anatole n’est pas nommé, leur spatio-temporel fait un clin d’œil  au pays de l’auteur.  Et même si la fiction déborde dans tous les aspects, l’historicité du Congo s’y révèle par certaines réalités diachroniques que l’on ne peut contester. Des réalités « sales » qui interpellent l’homme afin qu’il change de comportement : « Cette année-là, on parla des Disparus du beach (…) Et dix petites filles du quartier Mukondo furent éventrées, le sexe mutilé (…). Le maire de l’arrondissement dix fut abattu à coups de kalachnikov par une patrouille militaire devant le marché de fruits et légumes » (p.36). Un peu plus loin, le lecteur averti tombe de nouveau dans les souvenirs congolais : « Dans ce pays sans nom, on avait déjà zigouillé un cardinal ! Trois présidents de la république… » (p.193).  Ce texte qui mêle  société et politique, plonge le lecteur dans l’univers congolais à travers l’instance linguistique mise en valeur par la présence des mots du terroir qui, sans cesse, reviennent dans le récit. Une « vraie » fiction avec certaines réalités sociopolitiques où des personnages chantent : « Pata pata eeh ! Sumba yayi eeeh ! eh! (…) Talu fioti (…) ikélé mboté eeeh! » (p.93). Mais ce regard romanesque du natal de l’auteur est plus près de nous à la page 48 qui rappelle un pan de l’histoire sociopolitique des années 60 à la fulgurante décennie 90 quand « le mur de Berlin s’écroule. Une centaine de partis politiques fébriles et ventriloques, formés à la querelle. La kalach réglait les débats. La guerre du tipoye. La guerre du sommeil du président. Les pillages. Les viols. Les massacres. Et toujours les disparitions… » (p.48).  Dans cet univers romanesque, le texte avance par superposition de clichés sociaux où toutes les catégories (hommes politiques, officiers, jeunes désoeuvrés, femmes) participent à la descente aux enfers du docteur Ma. 

 

« Vous êtes bien de ce pays ? », un roman de l’écriture 

Par sa spécificité et son original scriptural sur fond de la thématique de la psychiatrie, Matondo Kubu Turé ouvre une autre page du roman congolais. La dislocation de la narration à certains moments et la folie des mots et des personnages sont une sorte de mise en cause du roman traditionnel congolais fondé en majorité sur le réalisme primaire. Le texte de Matondo Kubu Turé se lit par fragments (peut-être se voile inconsciemment l’homme de théâtre qu’il est dans quelques méandres poétiques qui nous rappellent ses fameux « Visages noirs qui tuent » (2) : « Le soleil, pirogue volante du ciel, perçait la frondaison des arbres. Le crépuscule baragouinait une langue de murmures et de chuchotements » (p.61)  Et l’auteur amplifie le travail de poésie par la technique de la répétition et de la sonorité qui définit l’acidité sociopolitique du texte : « (…) des anges insolites, deux couleurs sans odeur, sans heurt, sans leurre (…) la nuit s’annonçait, une autre nuit. Il y a toujours une nuit dans la vie… » (p.74). Dans la technique de répétition, on remarque aussi le néologisme congolais « cent-cent » qui revient à plusieurs reprises dans le coulé narratif  (p. 59, 60, 70, 72…). 

 

En guise de conclusion 

Rares sont les romans congolais qui créent autant de personnages atypiques et périssables comme dans ce récit. Leur anonymat révèle des archétypes et symboles d’une société déréglée par la politique. Le destin du docteur Ma subit la loi dégradante de la dictature de son ami d’enfance devenu président de la république. Pour avoir écrit un « livre psychiatrique »,  Matondo Kubu Turé se révèle comme un poète « fou de l’écriture », un sociologue complet dans l’espace et  dans le temps de la nature humaine. Avec ce livre, le lecteur se retrouve dans  une incarnation psycho-mentale que lui rappellent l’homme dans ses états social, politique et l’écriture dans ses métamorphoses sociolinguistiques. 

 

 

Notes 

 (1) Matondo Kubu Turé, « Vous êtes bien de ce pays ? Un conte fou », Ed. L’Harmattan, Paris, 2009, 218 pages.

(2) « Ces visages noirs qui tuent », premier recueil de poèmes de l’auteur publié en 1978 aux éditions Saint-Germain-des-Prés, à Paris.

 

« Le Dernier crépuscule » (1) de Joao Campès : Premier « nouveau roman » congolais ?

Posté : 12 novembre, 2010 @ 8:36 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

 Voici un roman qui se lit sans aiguillages temporels, menant de l’incipit à la fin le lecteur dans des histoires qui se surprennent, réalisant ainsi un formidable travail au niveau  de l’écriture pris comme matériau. Quand se termine le récit, le lecteur attend toujours la fin des « histoires » racontées qui rappellent « En attendant Godot » de Becket. Mais comme dans tout roman, le mariage entre les dimensions référentielle et littérale est obligatoire. Mais une spécificité se remarque dans « Le Dernier crépuscule » : un travail énorme sur le plan littéral, donnant ainsi au roman congolais une autre dimension. 

 

Esquisse d’un tracé référentiel 

« Le Dernier crépuscule »  est l’histoire de plusieurs destins qui se croisent par l’écriture mais qui ne s’appellent pas les uns les autres à cause de leur thématique. Et la foultitude de personnages (Nwapa Benson, Marie Léontine, Marie Laure, Marie Louise, Marie Madeleine, José Mové, le journaliste, le metteur en scène, Mofla, Guillaumette, Yaya, Didjé…) qui apparaissent et disparaissent tout au long du texte, se présentent comme des pièces d’un puzzle. Cette situation diminue la tension de la représentation. Dans le tracé diégétique, narrations et récits s’interpellent. Au début, Nwapa et Marie Léontine semblent les principales héroïnes du récit à travers leur vie professionnelle et privée dans Brazzaville. Mais quelque temps après elles sont effacées par la présence du narrateur homodiégétique. Commence alors une réflexion sur la littérature, et le roman apparaît comme une véritable mise en abyme du roman lui-même. Par les relations que tissent les principaux personnages du récit, on découvre une grande famille où le père, professeur de littérature, se donne au jeu d’échecs et enseigne le piano à des étudiantes. Dans ce roman s’élabore un texte qui se lit tantôt comme « Le manuscrit cancéreux », tantôt comme « Le Dernier crépuscule ». Le récit, qui a mis en valeur le roman, se termine par la présentation d’une pièce de théâtre écrite par l’un des enfants de la famille et qui pose les problèmes des relations entre la scène et le public. Difficile à saisir comme un tout cohérent avec les armes de la critique traditionnelle, ce livre pourrait se définir comme l’un des meilleurs romans modernes congolais en ce qui concerne  le travail au niveau du littéral. 

 

« Le Dernier crépuscule » : du récit d’aventures aux aventures des récits 

Si dans la majorité des textes congolais, nous découvrons généralement des récits d’aventures avec introduction et dénouement dans une logique du vécu quotidien qui satisfait le lecteur, dans le roman de Joao Campès, le fonctionnement du récit au niveau scriptural prend le dessus sur l’acceptabilité de la logique textuelle au niveau du signifié. Ce roman apparaît d’abord comme une belligérance entre  le récit et le discours  au sens linguistique de Benveniste. L’incipit se définit comme un récit conduit généralement par l’imparfait et le passé simple : « Au début son histoire était tellement incroyable que tout le monde avant beaucoup de mal à y  croire. « Il pleuvait » (…) Elle marqua un temps, sembla rêver » (p.9). Et un peu plus loin, le texte se transforme en discours quand le « narrateur-je » commente plus qu’il ne raconte, avec le présent et le passé composé que Benveniste  classe dans la catégorie des temps du discours : « José m’a dit que c’est là son obsession (…) ; pour le moment, il prend soin de relier tous les humains entre eux » (p.14) ; Avec la désinvolture des personnages qui se remarque par des coq-à-l’âne dans la trajectoire diégétique, se renforce la dimension littérale du roman ; le livre devient un perpétuel jeu de mots qui donnent une musicalité particulière du texte et nous rappelle la technique des nouveaux romanciers comme la répétition de mots : « Tout le monde avant mis sa tête des grands jours, un type avait une tête de veau, un autre une tête de porc, ici une tête de mule, énormément de têtes à claques, que de tête d’abrutis, que de têtes d’ahuris » (P71) ainsi que l’allitération : « C’est bien que la Seine n’est pas si large (…), mais la scène est tellement insoutenable… » (p.66) , « Un gars distrait ! Un gars d’Istraies, où ça ! » (p.89) font la particularité de Joao Campès. Ce genre de textes, nous les rencontrons à tout moment dans le roman. Et le retour obsédant d’un même texte réalise des récits dits répétitifs à travers des segments narratifs qui apparaissent dans le texte en gardant la même structure tant au niveau du signifiant que celui du signifié ; le segment textuel « Si je n’avais pas lu quelque part que tous les hommes sont  malheureux, peut-être que je ne serais pas malheureux » (p.151) est repris à la page152 sans modification aucune. Chez cet auteur, atypique, apparaît explicitement la technique de la mise en abyme qui nous rappelle les personnages de romans se découvrant parfois comme des auteurs de roman : « Dans cette correspondance,  les deux femmes Nwapa et Marie Léontine parlent aussi de la littérature et du roman, ainsi que du Dernier crépuscule (le manuscrit cancéreux) le nouveau roman de Marie Léontine » (p.179). Avec Joao Campès, le texte devient une succession de plusieurs éclatements narratifs dont les blocs ne se saisissent pas comme un tout cohérent. Les phrases du roman sont plus syntaxiques que sémantiques et se réalise ici la guerre des récits dont la plus significative oppose le romanesque au cinématographique et au théâtral. D’où le perpétuel questionnement du narrateur : « Qu’est ce que la littérature ? ». Dans ce livre, l’art du roman interpelle celui du cinéma et l’histoire de Nwapa et Marie Léontine qui nous donne des exemples précis où des segments narratifs sont des morceaux d’écran devant nos yeux : « (CLIP) Va et vient de la main sur le soleil (…) Nue sous une nuisette ultra transparente, Nwapa Benson sort de la salle de bains. Elle se serre contre son mari dans le couloir du palais des Congrès et tous deux regardent le tableau » (p.49). Ici l’effet cinématographique est mis en relief par le présent qui actualise les gestes de Nwapa. Et cette actualisation se remarquera aussi à la fin du roman quand celui-ci sera en relation avec le théâtre : « la scène représente deux larges boxes faisant face à la salle, séparés l’un de l’autre » (p.372) « Le Dernier crépuscule » apparaît comme une constellation d’autres récits qui reviennent sans cesse à l’esprit du narrateur. Une grande importance est donnée à la citation d’autres textes par le narrateur pour meubler sa production ; des extraits poétiques de Lao Tseu ainsi que ceux d’autres auteurs reviennent à tout moment dans le coulé narratif pour donner au roman une autre spécificité. On remarque par exemple l’image de « La Modification » de Butor avec sa thématique du voyage par train avec le récit à la deuxième personne « vous » : « Vous êtes dans le train (…) Une jeune femme est assise en face de vous… elle regarde devant elle, droit dans vos yeux… » (p.58). Apparaît aussi l’image de Camus à travers le personnage de Mersault dans le théâtre de Mofla : « Meursault (…) marchant quelque peu sur le plateau. Aujourd’hui maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas (…)  Mère décédée. Enterrement demain » (p.375). Ce texte ne nous rappelle-t-il pas « L’Etranger » de Camus ? 

 

Le Dernier crépuscule : un roman moderne pour une critique moderne 

Ce roman a bousculé agréablement la critique traditionnelle qui ne trouverait pas beaucoup à dire à propos à cause du dogmatisme sur lequel se fonde la résumabilité  de l’histoire rapportée. Avec ce roman, le travail de l’auteur doit être vu sous l’angle littéral. Sur ce point, ce roman de Joao Campès pourrait être considéré comme la première révolution textuelle dans la narration congolaise. L’on pourrait le définir comme le premier nouveau roman congolais car toute sa richesse se fonde sur le travail du langagier. Il se compose avant tout de mots. Aussi son analyse devrait s’écarter de la réalité empirique  à laquelle nous renvoie le romanesque traditionnel. Ici, il s’agit d’interroger les mots, de ne plus donner plus de signification au texte et de repérer les signes-mots pour décrire leur fonctionnement  par l’intermédiaire de la grammaire des textes. 

 

Pour conclure 

Après « Le Pacte des contes » de Philippe Makita, « Le Dernier crépuscule » revalorise la mise en cause du roman traditionnel congolais qui nous révèlent souvent des histoires qui se fondent sur les mêmes réalités sociohistoriques créant ainsi une intertextualité au niveau du signifié. On a l’impression que dans le roman traditionnel, « on prend les mêmes thèmes et l’on recommence ». Après lecture du texte de Joao Campès, on peut affirmer sans risque de se tromper que « Le Dernier crépuscule » vient d’annoncer l’autre versant du roman congolais,. Et pourquoi pas africain ? Son auteur sera-t-il compris par le dogmatisme de la critique traditionnelle ? 

 

 

(1) Joao Campès, « Le Dernier crépuscule », Editions EDILIVRE APARIS, Paris 2009, 395 p. 

« Casque colonial » (1) de Dieudonné Nsimba

Posté : 7 novembre, 2010 @ 8:38 dans Non classé | Pas de commentaires »

Ayant étudié en France, le jeune Bidounga rejoint son natal où sévit encore l’injustice coloniale. Respecté par l’administrateur blanc à cause de sa culture occidentale, le jeune homme est « accepté » dans l’administration. Mais la justice qu’il exige pour les populations autochtones ainsi que son franc parler avec l’administrateur Débarbier inquiète ce dernier.  Organisés autour de Bidounga, les populations mènent une lutte de libération qu’elle gagne dans un premier temps. Mais, humilié, l’administrateur blanc va utiliser les grands moyens pour mâter la rébellion. Aidé par le pouvoir de Nfoua (Brazzaville) qui lui fournit des armes à feu et l’Eglise catholique, Débarbier, avec l’appui des hélicoptères, met fin au rêve de Bidounga. Carnage dans le village où il est arrêté. Beaucoup de prisonniers envoyés au Tchad et dans le nord Congo. Le héros meurt dans les geôles de Mayama, rappelant la disparition énigmatique d’un certain Matswa. « Casque colonial », un roman du XXIe siècle qui nous replonge dans les souffrances coloniales. Le roman de Nsimba, un livre qui se fonde sur le destin du jeune Bidounga qui voit son rêve de libérer son village brisé par la machine infernale de la colonisation. 

Bidounga le rebelle Marqué par les idées de justice pendant ses études en France, Bidounga, de retour au pays, ne peut tolérer le comportement inhumain du Blanc dans son village. Il arrive au moment où son père est gravement malade. Il proteste contre l’attitude de l’abbé Maurice, patron de son père qui attend passif la mort de son employé au lieu de le soigner. Pour avoir bravé l’administration coloniale, le jeune homme apparait comme le sauveur des villageois qui admirent son courage. Ils décident d’être à ses côtés pour lutter contre l’administration coloniale. Mais pour le héros, il faut s’y préparer : « Il n’est pas encore temps de les affronter car nous ne sommes pas assez préparés. Nous le ferons le moment propice  » (p.88). Liant la culture traditionnelle aux idées de liberté découvertes au cours de son séjour en France, Bidounga arrive à travailler avec l’oppresseur de sa population, tout en concevant la lutte de libération avec celle-ci. Car il comprend que la main tendue de l’administration coloniale et malgré la grande fête du village « soutenue » par Débarbier ne sont que diplomatie pour mieux contrôler ses habitants pour les anéantir au moment opportun. Et la  suite des événements lui donnera raison à travers les dures épreuves que vont subir sa population et l’armée qu’il s’était fabriquée pour la libération de son peuple opprimé. Bidounga meurt en héros car l’administration l’élimine pour ses idées justes sur lesquelles se fondait l’espoir de son peuple lié à sa cause. Mais comment comprendre la naïveté du héros car « s’attaquer contre l’administration coloniale [représentée par Débarbier, Duhamel et l’abbé Maurice,] c’était faire le procès contre le grand rêve de démystifier la mauvaise foi du colon ! Et qu’au retour fallait-il assurer ses arrières » (p.179) 

Débarbier et Duhamel : la colonisation en puissance Deux personnages en rapport avec les miliciens dont l’homme orchestre est le terrible Ramazoulaye qui nous rappellent que les événements rapportés se situent à l’époque coloniale. Tout qui « colle » à ces personnages est lugubre car synonyme de souffrances physiques et morales des villageois. Quand Débarbier se confronte à l’attitude « révolutionnaire » de Bidounga qui lui impose le respect des droits de l’homme, il est obligé de jouer à la diplomatie : « reculer pour taper fort ». Devant les critiques de Bidounga, il libère tous les prisonniers et accepte même ce dernier dans l’administration coloniale. Aussi, ce brusque changement de Débarbier (qui va même financer la fête des populations indigènes) va étonner l’oncle du héros : « C’est incroyable ! Incroyable mon neveu ! Le chef de l’administration l’a fait pour nous ? Lui qui montre tant d’hostilité contre les nègres que nous sommes » (p.112). Mais la liberté retrouvée par le retour du jeune homme pays ne sera que de courte durée, les populations vont de nouveau subir les affres de l’administration coloniale : « La destruction des nombreuses cases construites à peine (…) affligeait les hommes (…). Ce matin (…) une nouvelle s’était répandue dans tout le village, celle de l’arrestation de Bidounga par les miliciens. C’est certain qu’ils avaient reçu l’ordre de Débarbier » (p.142). A partir de ce moment, la guerre est déclarée entre l’administration soutenue par certains villages et les partisans de Bidounga. Ainsi va se réveiller l’âme coloniale qui constate le replis de la main d’œuvre dans le village de Bidounga. Et cette âme coloniale se remarque aussi en la personne de Duhamel. Cet homme apparait comme une partie de Débarbier. Le casque colonial collé à sa tête et les miliciens qui l’accompagnent à tout moment symbolisent la terreur dans les villages, surtout dans l’exploitation du « moukouézo ». Duhamel, un homme sans foi ni loi. Et les armes qu’il se fait ravir par les combattants de Bidounga sont une preuve de son caractère d’homme de paille : « Il y avait des calibres 16 à percussion, des fusils calibres 20 à broche, des fusils à platine calibre 12, des pistolets d’officiers de calibre 1816, de pistolets de Borel modèle 1779, des revolvers Novo, des explosifs… » (pp.170-171). 

« Casque colonial », un roman de la tradition kongo Dieudonné Nsimba se définit dans ce livre comme un sociolinguiste avec un regard d’anthropologue qu’il pose sur la société kongo qu’il nous présente. Apparait dans ce récit des réalités socioculturelles ignorées peut-être par la génération actuelle. De la conservation d’une dépouille, voici ce que nous révèle l’auteur : « [Les femmes] oignaient le corps de cendre et cassaient des œufs dont elles recueillaient les coquilles, les enfilaient en brochette sur une brindille et les plaçaient partout dans la hutte (…). Grâce à ces procédés, le corps restait à l’abri des odeurs et de la décomposition » (p.65). Aussi la tradition kongo dans la lutte contre l’injustice sociale se définit dans le combat que mène le peuple de Bidounga contre l’administration. Malgré son passage à l’école des Blancs, le héros n’oublie pas les us et coutumes de son peuple ; aussi il se découvre un véritable chef qui lie l’intelligence des Blancs avec la sagesse ancestrale dans sa lutte contre l’administration. Du point de vue de la forme, l’auteur nous fait redécouvrir une spécificité traditionnelle africaine que l’on rencontre aussi chez les kongo : le chant qui accompagne les heurs et malheurs de la société. Et quelques segments textuels du roman est sans cesse chantés en kongo-lari (pp. 43 45 66 et 137…) pour traduire le terroir dans lequel se déroule l’histoire de Bidounga. Et le lexique des mots kongo-lari qui constitue la clausule du roman spécifie la tradition kongo que l’auteur y insuffle. 

D’une richesse qui va au-delà de quelques thèmes qui nous ont paru pertinents, « Casque colonial » place le lecteur devant quelques réalités sociales telles l’anticolonialisme d’Olga la fille de Débarbier, l’importance du bestiaire et du végétal dans le roman, le mariage entre le colonialisme et l’Eglise dans l’exploitation des indigènes. Réalités qui donnent une autre dimension au récit et qui pourraient faire l’objet d’études intéressantes.  (1)             Dieudonné Nsimba, « Casque colonial », Ed. Elzévir, paris, 2010, 183p

Roman: « Une fille du Congo » (1) de Patrick Serge Boutsindi

Posté : 6 novembre, 2010 @ 10:01 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

Quand la jeune Bouesso quitte le village Makanda pour ses études à Brazzaville chez sa tante qui y vit avec son mari, elle ne sait pas que son destin va subir une série de péripéties rocambolesques à la rencontre de plusieurs hommes. Violé par le mari de sa tante, elle subit la colère de cette dernière quand elle réalise la « faute » commise par sa nièce. Chassée du toit parental, elle est accueillie par son amie Véro qui la recrute comme serveuse dans le bar où elle est actionnaire. Commence alors une nouvelle vie où l’homme va occuper une place prépondérante. Elle accouche d’un mort né après avoir été mise en enceinte par Bikou, le mari de sa tante. Entre temps lui reviennent les souvenirs de son premier amour de jeunesse (à lécole) : Itoua qui l’a connue à l’école. En compagnie de Véro, elle devient la maîtresse de Pascal, ami de Maestro, l’amoureux de Véro. C’est dans ce bar où elle exerce qu’elle est séduite par un certain Maker vivant en France et en séjour au pays. Marié puis divorcé, ce dernier promet un nouveau mariage à Bouesso. Mais le bonheur promis ne sera pas de la partie car Maker, de retour, en France, meurt. Bouesso est accusée de lui avoir transmis le sida, une accusation qui va s’avérer mensongère. Avec Pierre Malonga, un autre homme, rentré d’exil de France, en faveur de la Conférence nationale, Bouesso découvre un autre pan de la société congolaise. Avec cet homme « très engagé », Bouesso s’intéresse à la politique et devient une grande militante au sein du parti crée par Malonga.  Mais ce dernier sera broyé par la machine infernale de la politique sur fond de trahison d’un ami. Il connait une déchéance psychologique avant d’être abattu froidement par ses ennemis politiques. Bouesso qui va se retrouver au mauvais moment et au mauvais endroit échappe, par chance, à la mort malgré les deux balles qu’elle recevra des tueurs de Malonga. S’évanouissent ici les ambitions politiques du parti de Malonga ainsi que l’optimisme de Bouesso qui pense à l’exil pour aller vivre une autre expérience en France. « Une fille du Congo », un roman politique, mais qui révèle trois caractéristiques de l’écriture de l’auteur. 

 

L’ombre de la politique congolaise 

Après lecture, « Une fille du Congo » apparait comme un roman politique se fondant surtout sur la (re)naissance de la démocratie pluripartiste au Congo. Et cette thématique tourne autour de certains personnages tels Malonga et ses amis de lutte Makita, Bikinkita et Ikondi auxquels il faut ajouter l’héroïne Bouesso. Brillant étudiant en France pour être avocat, il regagne le pays au lendemain des indépendances africaines. Fonctionnaire puis ministre délégué à la présidence. S’oppose à la Révolution de 1963 et se retrouve en prison avant son exil.  Se révèle panafricaniste dès son retour au Congo en épousant les idées de Nkrumah. Critique l’Eglise dont se sert le Blanc pour exploiter une Afrique malade qui refuse son propre développement : « L’Afrique doit écrire sa propre histoire comme l’a dit Patrice Lumumba (…) L’Afrique doit s’unir comme l’a écrit Kwame Nkrumah (…) Je tiens nos ancêtres responsables de nos malheurs, et de toute cette ignorance chez les Noirs » (p.123-124). Et sa conviction et ses idées avant-gardistes vont gagner une grande partie du peuple au cours de ses voyages de campagne à l’intérieur du pays. Bouesso, depuis sa « rencontre » avec trois vieux politiciens du pays à son lieu de travail, va aussi s’intéresser à la politique ; et cela au grand étonnement de son amie Véro : « Mais qu’est ce qui te prend Bouesso ? C’est la politique qui t’intéresse maintenant ?  Mais qui t’a mis cette idée dans la tête ? » (p.86). Mais c’est surtout aux côtés de Malonga qu’elle réalisera son ambition politique en occupant une place important dans le parti dirigé par ce dernier. Bouesso apparait comme le prototype de la femme congolaise façonnée par la Révolution d’août 1963. Sa conviction politique pour une justice sociale justifie le risque qu’elle prend quand Malonga est assassiné par ses ennemis politiques. Et le roman de mettre en relief le côté tragique et dramatique de la politique africaine en général et congolaise en particulier sur fond d’une démocratie pluripartiste cacophonique. Après l’assassinat de son président, Bouesso découvre la véritable face énigmatique de la politique congolaise : « on avait enterré Malonga de peur de proroger la Conférence nationale (…) Son parti venait de connaitre une nouvelle scission (…) l’électorat du parti venait de s’effriter » (p.207). 

 

La femme dans « Une fille du Congo » 

En dehors de Bouesso considérée comme héroïne du récit, la femme en général joue un grand rôle dans l’histoire rapportée et définit un pan de la société congolaise au féminin. Elle apparait dans ses dimensions sociales. Bouesso, une fille qui croit à sa réussite sociale à travers les études qui l’attendent à Brazzaville. Malheureusement son rêve se voit brisé par l’appétit sexuel du mari de sa tante avant d’être accueillie par son amie Véro. Celle-ci symbolise la réussite sociale en ne comptant pas grandement sur l’argent des hommes ; elle est actionnaire dans un bar et se veut apolitique. Aussi, elle ne comprend pas l’ambition politique de Bouesso. Peut-être qu’on lui donnerait raison quand on voit le tragique dans lequel elle va se retrouver avec Malonga. La femme dans « Une fille du Congo » nous rappelle « La femme infidèle » du dramaturge Letembet Ambily. Longtemps humiliée par son mari pendant leur séjour en France, Madame Malonga prend plaisir à se faire baiser par son directeur d’école. Elle réalise ouvertement son instinct de vengeance sexuelle : « Pauline fut une fellation [à son amant]. Pour elle commençait là un début de vengeance contre les infidélités de son époux au cours de leur exil à Paris » (p.143). En dehors de cette dépravation que définissent Véro, Bouesso et Pauline, la femme chez Boutsindi a un côté valorisant. La tante de Bouesso ne digère pas la trahison de sa nièce qui commet la bêtise de coucher avec son homme. Elle la chasse de la maison pour sauvegarder son mariage. Germaine, une intellectuelle universitaire semble s’inquiéter de l’infidélité de Pauline qui pourrait influencer négativement la vie politique de son mari. 

 

« Une fille du Congo » ou la liberté de l’érotisme dans le roman congolais 

S’il est un auteur congolais qui a su exploiter les artifices du roman érotique, c’est Patrick Serge Boutsindi. Il rappelle quelques textes de la Camerounaise Calixte Béyala : « Elle se frottait à lui, caressant son sexe » (2). Avec Boutsindi, le sexe n’est plus « voilé » comme dans les romans de ses compatriotes comme chez Lopes ou Dongala par exemple pour des raisons de pudeur. Dans presque tous ses récits les personnages trouvent plaisir à copuler ouvertement comme au cinéma. On peut lire dans « Le Bongui » : « l’Abbé Nkéoua glissait son pénis dans le vagin de maman » (3). Une multitude de scènes érotiques caractérise « Une fille du Congo » : Bouesso se fait violer par Bikou. Par la suite, chassée du domicile parental, elle tombe dans les bras de Pascal quand elle travaille comme serveuse dans le bar de son amie Véro. C’est dans ce bar qu’elle est séduite par le « Parisien » Maker en vacances à Brazzaville avec qui elle fera l’amour, ce dernier lui ayant promis le mariage. Quand elle se donne à la politique, elle devient pendant un certain temps la maîtresse de son chef de parti, comme elle le rappelle elle-même : « La maîtresse que j’étais continuais à satisfaire sexuellement Malonga. Nous ne cessions de faire l’amour dès la tombée de la nuit » (p.156). En plus de l’héroïne qui évolue dans la luxure, il y a aussi Véro qui se livre à son amant Maestro. Pauline, de son côté, devient la maîtresse du directeur de son école avec qui elle passe de « bons moments » : « Ils se collèrent de plus en plus fort (…) La bitte de Monsieur le Directeur enfouie dans le vagin de Pauline Malonga, fit jouir celle-ci »  (p.195). Et ce thème de l’érotisme est accentué, dans le coulé narratif, par une isotopie du sexe spécifiée dans le récit par la récurrence des mots tels « zizi, sexe, vagin, pénis, clitoris, érection, fellation, baiser, éjaculation, sperme, copulation, bitte… ». Un vocabulaire tabou et impudique qui donne une autre beauté sensorielle et sensitive au texte. 

 

Boustindi, maître du réalisme 

Du style, Boustindi construit souvent ses textes en se fondant sur les réalités des faits sociopolitiques de son pays où la géographie de l’univers romanesque rappelle certains lieux de Brazzaville : « L’hôtel Kipling ressemblait à un motel(…) Il était situé dans la rue Lékana. C’est là que Madame Malonga et le Directeur s’étaient donné rendez-vous » (p .141). Cet hôtel ainsi que la rue Lékana sont des réalités de Brazzaville. Et le réalisme de Boutsindi se caractérise aussi dans la mise en scène de certains éminents noms politiques ayant existé ou qui existent encore : « Le jour de l’ouverture de la Conférence nationale, le président Denis Sassou Nguesso vint lui-même (…) donner le coup d’envoi du grand débat national (…). On évoqua à cette occasion les assassinats politiques perpétrés à l’époque de la présidence d’Alphonse Massambat Débat, de Marien Ngouabi et Joachim Yhombi Opango… » (p.159). 

 

« Une fille du Congo », un roman qui montre comment le réel social et sociétal, mélangé à l’imaginaire, peut donner naissance à des chefs-d’œuvre littéraires comme la plupart des livres de Boustindi. 

 

 

Notes 

(1) P.S. Boustindi, « Une fille du Congo », éd. L’Harmattan, Paris, 2010.

(2) C. Béyala, « Femme nue, femme noire », éd. Albin Michel, Paris, 2005

(3) P.S. Boustindi, « Le Bongui », éd. L’Harmattan, Paris, 2005

 

« Ma première colo » (1) de Gaston Mbemba Ndoumba

Posté : 5 novembre, 2010 @ 11:16 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

Belle petite histoire que l’on peut classer dans le roman de jeunesse. Une histoire rapportée à la première personne par l’héroïne, la petite Fanny redoutant dans un premier temps l’expérience d’une colonie de vacance car ne voulant pas se séparer de ses parents. 

Après une riche discussion avec une amie de classe qui a déjà fait partie d’une classe de neige et d’une colo, Fanny décide de « découvrir » la colo. Et c’est avec son amie Margot qui a accepté son projet d’aller en colo que Fanny va tenter son expérience tant attendue. La décision de l’héroïne sera agrémentée par la complicité des parents des deux amies qui vont les inscrire à une même colonie de vacances. Pour les deux filles, ça sera leur première colo. Aussi, vont-elles amorcer les préparatifs avec leurs parents, le départ étant prévu pour le 14 juillet 2008. Une expérience qui va s’étendre sur cinq jours au cours desquels les deux filles, en compagnie d’autres enfants, tous encadrés par des animateurs dans l’exercice de leur métier, vont goûter les délices de « vivre en société », loin des parents. Cinq jours qui vont marquer la petite Fanny qui, le premier jour, éprouve déjà le sentiment d’avoir abandonné ses parents et de se demander si elle serait capable de supporter la cohabitation avec les autres enfants qui font partie du voyage. Et c’est par car que le groupe va quitter Paris pour la ville de Saint Maurice dans l’Oise. A partir du départ du convoi, le texte se présente comme un cahier journal dans lequel l’héroïne note tout ce qu’elle voit, entend et fait en compagnie des autres et particulièrement avec Margot. La première expérience de la colo est marquée par le déclenchement inattendu d’une alarme du centre qui abrite les enfants. Commence à ce moment le professionnalisme des animateurs et animatrices qui emmènent les enfants dans le bâtiment prévu en cas d’incident. Quand les pompiers arrivent sur les lieux, ils rassurent les enfants : le déclenchement de l’alarme a été accidentel car trop vétuste. Cette première nuit parait un peu bousculée pour les enfants. Fanny a remarqué l’efficacité de leurs accompagnateurs et accompagnatrices qui ont assuré leur sécurité. Le lendemain, « traumatisés » par l’incident de la veille, les enfants sont pris en charge psychologiquement par les animateurs. Aussi, la petite Fanny est chagrinée par l’absence de ses parents. Margot, de son côté, redoute un nouvel incident, d’où sa peur de dormir dans l’immeuble. Mais elle est rassurée par l’animatrice Natacha. Au cours de cette deuxième journée, le petit Charles, âgé de sept ans est rentré à Paris car souffrant de varicelle. Le 16 juillet, les enfants se montrent en forme pour affronter une journée chargée qui va les emmener à la mer de sable. Et c’est à cette occasion que Fanny découvre que Camille a été en Afrique avec ses parents. Cette dernière a été marquée par la ville de Saint Louis et l’île de Gorée au Sénégal d’où étaient partis la plupart des esclaves noirs vendus en Amérique. Et le récit de réveiller en Fanny l’envie d’aller visiter l’Afrique. Pour la première fois, elle revit le vide crée par l’éloignement des parents quand elle reçoit la lettre de son père ; elle ne peut s’empêcher de verser des larmes. Aussi, l’histoire passionnante de Moïse racontée par les animateurs va ponctuer la soirée avant que tout le monde rejoigne le dortoir à 21 heures. Le jeudi 17 juillet, avant dernier de la colo : activités en groupe avec  les animateurs le matin et séance avec  les poneys l’après-midi. Et une soirée dansante a lieu pour clôturer la journée : enfants et accompagnateurs sont émerveillés dans une atmosphère baignée de musique. Quand le dernier jour arrive et annonce la fin de la colo, Fanny réalise le goût de cette sortie. La journée se termine par la révélation de l’histoire du père Noël qui précède tous les 25 décembre et dont la jeune fille avait découvert la mise en scène de ses parents. Une micro-histoire (synonyme de sa déception devant le mensonge de ses parents) dans la macro-histoire qui constitue la première colo de Fanny. Le retour sur Paris intervient après un voyage mouvementé avec quelques malaises dans le groupe, mais sans gravité. Quelle joie pour Fanny et Margot quand elles retrouvent leurs mères !

Ecrit dans un style claire, simple et « scolaire » qui se remarque dans le quotidien des enfants, « Ma première colo » relance la littérature de jeunesse où se marient didactique et pédagogie, inaugurée par des écrivains tels Guy Menga, Caya Makhélé et Kintsa. Ce texte, une découverte du monde de l’enfant. Et son auteur (2) de spécifier dans sa dédicace au critique, « Ma première colo » est une aventure intellectuelle et humine mais aussi une «’initiation » à l’école des enfants ». 

Notes 

(1) Gaston  M’bemba Ndoumba, « Ma première colo », éd. Bénévent, 2010, 60p. 

(2)Sociologue et essayiste, M’bemba Ndoumba est auteur de plusieurs ouvrages dont le remarquable « Ces Noirs qui se blanchissent la peau : La pratique du « maquillage chez les Congolais », éd. L’Harmattan, 2004. 

Roman: LES GENS DE CHEZ NOUS(1) de Raymond Ibata

Posté : 5 novembre, 2010 @ 12:39 dans Non classé | Pas de commentaires »

Après « Le Calvaire d’Elise » en 1996, voici un autre remarquable roman que nous livrent les éditions Héros dans l’Ombre et dont la critique n’aurait pas vraiment mis au grand jour. Compte tenu de ses spécificités qui nous rappellent le Congo profond, il nous a paru intéressant de revenir sur ce roman. Car il ajoute à notre patrimoine culturel une dimension « septentrionale » tant son auteur apparaît comme un « historien-sociologue » de son terroir sur fond des racines congolaises. 

Quand le vieux Ikombo décide de choisir comme successeur son neveu orphelin Missato au détriment d’un autre neveu Kossi, il ne sait pas que sa décision qu’il croit « humaine » sera lourde de conséquences dans la famille. Celle-ci ne sera jamais acceptée par Kossi et sa mère Gnalobo qui vont tout faire pour tenter à la vie de Missato. Celui-ci échappe à la mort moult fois « préparée » par la mère et son fils. Et tout se précipite quand Gnalobo met en pratique sa sorcellerie. Par haine et par jalousie, elle tue le petit Atongui, l’enfant de Missato et Sanza venus en vacances au village.  Et la mort de l’enfant va provoquer celle de la sorcière. A cet instant, le roman épouse le tragique, la douleur et la vengeance au village : Ikombi devient un chef « impuissant » car n’ayant pas pu arrêter l’arrivée de la mort dans le village, et plus précisément dans sa famille. Kossi ne peut supporter la disparition de sa mère et tente, une fois de plus, d’éliminer son frère ennemi. Mais le destin étant en faveur de ce dernier, Kossi qui défie le pouvoir des dignitaires, se voit repousser par tout le village. Seul et abandonné à lui-même, il remarque que sa vie ne vaut plus la peine d’être vécue. Aussi, décide-t-il de se suicider. 

« Les gens de chez nous » : deux caractères juvéniles qui s’opposent 

Kossi, un homme de paille qui lie imbécilité, haine et brutalité et qui met déjà son oncle devant un dilemme quand celui-ci se décide pour un successeur dans la famille. Le mauvais caractère de Kossi est accentué par l’attitude de sa mère qui déteste aussi Missato qui représente une menace pour son fils car ayant été à l’école. Et c’est Missato que l’oncle choisit pour prendre comme femme la jeune Sanza, dernière épouse du vieux Ikombo. La méchanceté de Kossi commence à bien se manifester à partir de ce moment. Au cours d’une partie de chasse, il tente de tuer son cousin en prétextant un accident. Et pour humilier Missato, il va profiter de son absence pour violer Sanza, en complicité avec sa mère. Un viol qui va traumatiser la jeune femme et que va comprendre son mari quand sera dévoilé le secret par son frère ennemi. Kossi, un homme qui bafoue les principes élémentaires de la tradition par jalousie. Il défie les dignitaires censés le réconcilier avec Missato. Son intransigeance étant synonyme d’humiliation pour la société sécrète dont il fait partie, la sanction ne se fait pas attendre comme le lui rappelle le kani : « Kossi, par deux fois, tu as bravé une autorité ; tu viens publiquement d’humilier un twéré (…) venu pour résoudre un problème (…). Tu n’existes plus pour les gens de notre société (… ) ; tu n’existes plus pour toutes les autres sociétés dont je suis le garant, nous verrons bien qui de toi ou de nous le plus fort » (p.217). Et malgré sa désinvolture, Kossi comprendra la réalité de la force de la sagesse quand il sera abandonné à lui-même par tout le village. Sa mère qui pouvait encore le supporter ne vivant plus, l’addition de tous ses maux commis, va le pousser à l’irréparable : « il avait fait beaucoup de mal autour de lui ; il serra les dents puis fermant les yeux, il sauta dans le vide » (p.223). Un vide synonyme de suicide. 

A l’homme de paille qu’est Kossi, se dresse son cousin Missato,  l’homme de cœur, ayant le sens de la famille. Et, ce n’est pas par hasard que leur oncle va le préférer à Kossi pour la direction de la famille. Ce jeune homme qui a été à l’école, devient la bête noire de Kossi et sa mère quand le chef Ikombo le déclare implicitement  chef de famille, malgré son jeune âge par rapport à Kossi. Son mariage avec Sanza est boudé par Kossi et sa mère. Malgré toutes les tentations de mort qu’il découvre de la part de son cousin, il ne « se séparera » pas de celui-ci. Il le considère toujours comme un membre de la famille, et cela jusqu’à ses derniers jours. Missato, un homme de pardon ; malgré l’attitude rétrograde de son cousin, il accepte la repentance de ce dernier avant son départ pour la ville. Kossi se confesse et demande pardon à Missato des griefs qui les ont, entre temps, opposés : « Je voulais te demander d’oublier les petits malentendus qu’il y a eu entre nous (…). Mais nous sommes des frères et tout cela est désormais du passé » (p.103). Missato, un homme responsable vis-à-vis de sa femme qu’il veut heureuse ; il se prépare en ville pour la recevoir dans de bonnes conditions. Missato, un homme emmené à la violence malgré lui : « Kossi(…) était persuadé qu’il ne ferait qu’une bouchée de ce maigrelet de Missato (…) mais au lieu de cela, c’est lui qui mordait la poussière » (p.209) 

Le roman de Raymond Ibata : un récit de la mort 

La mort, dans ce livre côtoie plusieurs personnages. Elle est d’abord virtuelle avec le poids de l’âge d’Ikombo, dans les tentatives de meurtre de Kossi contre son cousin et dans la haine mortelle de Gnalobo envers Missato avant de se concrétiser sur quatre individus du récit. Liant la haine à la sorcellerie, Gnalobo provoque la mort de l’enfant du couple Missato venu au village pour présenter leur progéniture au vieux Ikombo. Celui décide d’éliminer l’auteur du crime qu’il croit éloigné de la famille. Malheureusement, contre toute attente, c’est sa propre sœur que va frapper le « kobé ». Affaibli par la disparition brutale de deux membres de famille (le petit-fils et la sœur) en un laps de temps, Ikombo ne peut supporter la détresse qui paraît pour lui comme un coup mortel. Il se laisse mourir à petit feu et demande à Missato l’unité de la famille. Et du côté de Kossi, la mort de sa mère le pousse à attenter de nouveau à la vie de son cousin : « Si [Missato et Sanza] n’étaient pas venus à Lango, sa mère serait certainement en vie (…) [Missato] était la cause de tous ses malheurs : il faudrait donc d’une façon ou d’une autre qu’il paye ! » (pp.183-184). Mais la mort dans ce roman n’a pas la même « signification ». Elle est mystique et même sorcière chez le petit Atongui et Gnalobo. La première provoquée par la sorcellerie de Gnalobo qui « tue » l’enfant a pour conséquence la mise en œuvre du « kobé » qui va foudroyer la sorcière Gnalobo. Avec la disparition du petit-fils et de la sœur du chef de la famille, le récit met en abyme la mort de Gnalobo dans celle du petit Atongui. Quant à Ikombo et Kossi, on peut dire qu’ils ont préparé leur propre mort. Le vieux Ikombo marqué le poids de son âge et par la mort de deux parents en un temps record tombe dans la décrépitude psychologique qui va le ronger jusqu’à la mort. Abandonné à lui-même, après avoir désobéi aux dignitaires du village, Kossi apparaît comme un mort-vivant qui est tenté par le suicide : « il prit une corde, fit un nœud coulant et y passa sa tête, l’autre bout de la corde, il l’attacha solidement à l’une des branches sur laquelle il s’assit » (p.222). Au lecteur d’imaginer la suite. 

La tradition mbosi au service du roman 

La majorité des auteurs congolais se fondent sur les réalités de leur terroir en ce qui concerne la création de fiction. Et le roman d’Ibata n’échappe pas à la règle. Il se lit largement comme une page de la société traditionnelle de l’auteur, surtout que l’histoire rapportée se déroule dans un village du nord Congo. La vie en famille, le respect et l’autorité des parents et des dignitaires, le mariage polygamique ainsi que le choix de l’épouse par la famille du prétendant, se découvrent dans le roman où l’auteur s’efforce à « photographier » la société traditionnelle.  C’est Ikombo qui décide, qui de Kossi ou de Missato, sera le chef de famille. Marié à plusieurs femmes, il pense ne pas « satisfaire » la jeune Sanza. Aussi, respecte-il la tradition en la cédant à un de ses neveux. La tradition mbosi, c’est aussi la « vie de famille » des villageois au « kandja » qui s’apparente au « mbongui » des romans de Guy Menga, Makouta Mboukou… : « (…) les femmes apportèrent à manger au kandja (…) Ikombo fit venir deux calebasses de vin de palme de sa case ; d’autres calebasses venant d’autres cases furent aussi apportées au kandja où des dignitaires : un kani, un twéré et deux obéla étaient venus partager la joie du village » (p.54). Et le côté mystique et mystérieux de la tradition mbosi se révèle particulièrement dans la sorcellerie de Gnalobo et dans la pratique du « kobé » expliquée par l’oncle à son neveu : « le kobé est une pratique ancestrale [qui] consiste à demander au défunt de se venger de ou des personnes qui l’ont prématurément soustraite à cette vie terrestre » (p.174). La réalité traditionnelle est accentuée par le vocabulaire du terroir que l’auteur utilise tout au long du récit sans pour autant édulcorer le signifié du texte. Des mots tels mwéné, obéla, kani, twéré, kobé mwanzo, mbembes lessoko, kandja… s’intègrent agréablement dans le récit pour lui donner une saveur « cuvettoise ». 

Livre bien structuré et qui se réalise en tableaux événementiels, il pourrait aussi intéresser le cinéma. Après lecture de ce roman, on est tenté d’affirmer que « Les gens de chez nous » dévoile un auteur qui assure bien la problématique du roman. Un auteur dont la plume promet. Ce récit, un coup d’essai à valeur de coup de maître. 

 

 

 (1) R. Ibata, « Les gens de chez nous », Ed. Héros dans l’Ombre, Brazzaville, 2008, 223p.     

Bonjour tout le monde !

Posté : 4 novembre, 2010 @ 11:50 dans Non classé | 1 commentaire »

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