LIVRES ET CULTURE

Bienvenue sur mon blog

Tendre Nostalgie de Y.F. de Nkodia-Mantseka ou la vertu d’amer au-delà de soi-même

Classé dans : Non classé — 13 mai, 2012 @ 9:31

LIVRE

« Tendre Nostalgie » (1) de Y.F. Nkodia-Mantseka ou la vertu d’aimer au-delà de soi-même

Entre la vie et la mort, le destin d’un homme trouve son compte. Et c’est sur ce trajet virtuel qu’Yves Fernand Nkodia-Mantseka développe une poésie qui se fonde sur l’Homme. Une poésie pleine de tendresse et de nostalgie.

 

 

2570680-3628488 dans

l’auteur de l’article Noël KODIA-RAMATA

Une quarantaine de poèmes définit « Tendre Nostalgie ». Le bonheur, l’amour et l’espoir de l’homme, parfois rattrapé par quelques morceaux de douleur et de tristesse, le silence ami du poète, le désir d’une « monde un » pour l’Afrique et son Congo natal, la femme sentimentale et l’image d’outre tombe de son père, tels sont les multiples directions où se dirige le regard du poète.

Une poésie qui n’agresse pas, une poésie de combat spirituel où l’auteur se dévoile par son côté humain. Un recueil de poèmes qui tourne le dos au souffle aigu, engagé  et revendicateur de ses aînés tels Tchicaya U Tam’Si, Tati Loutard et Maxime Ndébéka.

Bonheur, amour et espoir

Du début à la fin, « Tendre Nostalgie » nous révèle en grand partie un sentiment de bonheur où l’amour et l’espoir restent permanents :

« Entre ciel et terre,/L’indicible a établi une échelle de vie/A nous de chercher/Pour cueillir notre étoile du destin/Et trouver la clé de l’éternel bonheur » (p.19).

Nkodia-Mantseka se montre optimiste tout au long dans ses appels à l’homme. Celui-ci étant incapable d’appréhender le futur comme il le fait pour ses passé et présent car il n’est pas l’égal de Dieu :

« Chaque jour la vie nous apprend/A ouvrir une nouvelle porte/ (…) Le futur ne nous appartient pas » (p.20).

Il doit alors aller chercher son bonheur dans la paix et l’amour :

« Toutes les doctrines périront avec le temps de l’âge/(…) Seul restera dans l’immense glèbe de la vie/L’écho unissant l’amour » (p.21).

Nkodia-Mantseka est un poète de l’amour de la paix et de l’amour qu’il cultive tout au long de son inspiration :

« Le soleil m’a donné l’amour/L’espoir faisant grandir la patience/Aujourd’hui, c’est le temps d’aimer » (p.38).

Mais le poète a beau chanter le bonheur, l’amour et la paix, ceux-ci se voient toujours rattrapés par la main sale de la douleur et de la tristesse qui font partie des vicissitudes de la vie de l’homme :

« Les blessures ne se ferment jamais avec l’âge du temps/(…)Les déceptions jonchent ce sentier de l’écolier de la terre » (p.22).

Mais devant cette dualité bonheur/douleur qui marque le destin du poète, celui-ci est obligé d’être ami du silence.

Le silence, ami du poète

Nkodia-Mantseka est un poète du silence où nostalgie et tendresse viennent à tout moment le solliciter. Le silence, c’est aussi l’image de l’outre-tombe que nous rencontrerons dans la dernière partie du recueil :

« O Silence constructeur de ma vie/(…)O Silence, forces ensorceleuses » (p.26).

Le silence, ami du poète est en relation avec les hommes pour créer un monde de bonheur où l’enfance et les souvenirs reviennent à la surface de ses pensées. Le temporel et la campagne-nature sont deux instances qui accompagnent le poète :

« Le soir à la campagne des anciens/Le silence parle aux hommes/Le silence gardé dans la case de chacun/Embellit le repos réparateur de tous » (p.49).

Enfance et souvenirs

Quel écrivain, quel poète ou quel philosophe qui n’a pas plongé dans l’analepse de son destin pour créer un autre moi ? Nkodia-Mantseka ne fait pas exception. Après une absence du pays de plus de deux décennies (il vit en France depuis décembre 1989), enfance et souvenirs s’entrechoquent  en lui :

« Mes instants de jeunesse passent/En laissant des souvenirs/Emmurés, craquelés par le temps » (p.48)

L’enfance du poète joue à cache- cache avec ses souvenirs. Car dans le destin d’un homme, de surcroit poète, il est difficile de séparer ses deux instances de l’âme intérieure. Toutes les images ayant marqué le subconscient du poète se réveillent à certains moments de son inspiration :

« Autour des jardins d’enfants, (…)/Des instants de jeunesse passent/En laissant des souvenirs (…)/Les jeux d’enfance furent des dessins/Des bateaux de papier dans les marigots » (p.48)

De l’enfance aux souvenirs, il n y a qu’un pas. Aussi, dans ses souvenirs, se réveillent bonheur et tristesse, comme pour marquer la dualité du destin de l’homme où heurs et malheurs se côtoient :

« Souviens-toi du parc somptueux, mystérieux/(…) Et ce perroquet qui chantait les airs funèbres/En répétant la voix des morts dans les ténèbres » (p.52).

La somme de l’enfance et des souvenirs étant le produit de l’actuel Nkodia-adulte. Celui-ci est devenu un homme pluriel au niveau social et sociétal. Homme de cœur, il est pour une seule humanité. C’est l’apôtre d’un « monde un », d’un village planétaire, d’une « Afrique une ». Un monde où l’amour entre les hommes devient le leitmotiv du poète :

« O Peuples du monde restons dans la fraternité/Notre unique patrie s’appelle l’humanité/Chassent l’antisémitisme, la xénophobie… » (p.43).

Et dans cet appel à un « monde un », Nkodia-Mantseka n’oublie pas ses racines qui prennent naissance sur la terre africaine. C’est dans la cinquième partie du livre que l’on entend la voix du continent. Le poète y chante son Afrique qui fut un grand continent dans le monde :

« Les seigneurs pharaons reviendront en Afrique/pour ciseler les pierres des temples anciens/Où demeure encor caché l’arcane magique/Qui magnifie l’Egypte antique des miens »(p.59).

La fraternité, l’amour qu’il a prônés pour « un monde un » trouve aussi sa place au niveau de son Afrique qui doit se débarrasser de cette tare qui la déshonore ; il le lui crie haut et fort :

« Ramène tes enfants vers la case commune/Et fais taire le tribalisme, le régionalisme/Qui les affrontent, les divisent totalement » (p.63).

Et comme le Congo natal fait partie de ce continent malade, il ne peut s’empêcher d’exprimer son nationalisme positive, malgré les quelques mésententes que travers le pays :

« Demain nos petits enfants sèmeront l’amour, (…)/Le Congo restera un pays toujours plus beau,/Les martyrs reviendront avec un grand flambeau/Qui marquera la fin des guerres fratricides,/Le sang d’alors fera germer les temps placides » (p.54).

Le poète est un homme complet dans toute la sphère des sentiments tel l’amour idyllique et la mort qu’il porte consciemment et inconsciemment en lui. Nkodia-Mantseka, au niveau de l’image de la femme, apparaît timide : il ne pousse pas loin le sentimental comme on le remarque  par exemple chez Tati Loutard qui, à un certain moment, baigne dans l’érotisme. Les amours de Nkodia-Mantseka vivent souvent son natal et sont presque nominés. « La Parisienne » :

« Le visage de mon amour est doux et serein/Elle passe au bord de la Seine en veste d’hiver,/Son allure svelte exalte mon âme langoureuse » (p.73).

La mort qui ponctue la vie de tout être vivant arrive à son tour  dans le recueil où l’image du père qui n’est plus est gravée dans la conscience du poète :

« Où se trouve mon tendre et magnifique père ?/Il est dans un autre monde majestueux (…)/Enterré au cimetière de mes aïeux » (p.80).

Avec un style qui lui est propre et qui s’écarte de l’agressivité et la fougue verbale des autres poètes congolais, Nkodia-Mantseka commence à écrire dans « Tendre Nostalgie », une autre page de la poésie congolaise. Comme le spécifie bien son préfacier, « sa poésie est belle comme un service public. Il est l’homme de la solidarité, de la communication avec les plus souffrants ».

Yves Fernand Nkodia-Mantseka, un jeune poète que les Africains en général et les Congolais en particulier doivent lire et relire pour aller vers « un monde un », gage d’une Afrique émergente.

Noël KODIA

(1)             Yves Fernand Nkodia-Mantseka, « Tendre Nostalgie », éd. Edilivre, Paris, 2011, 83p. 12,50 €

 

Source de l’article: Afriqueducation numéro 347 du 1er au 15 mai 2012 page 37 à 38

 

« Rêves sur cendres » (1) de Ngoma Malanda ou le rêve des rêves

Classé dans : Non classé — 10 février, 2012 @ 10:06

Sur les traces de leurs doyens, les jeunes poètes ne cessent de travailler leur imagination. Dans les rêves qu’il porte en lui, Sauve-Gérard Ngoma Malanda qui, à certains moments s’éclaire de la lumière de Tchicaya U Tam’Si, nous plonge dans la poésie du Christ, de la femme et de l’amertume de l’homme toutes ses dimensions physiques et métaphysiques.

Ngoma Malanda, comme la plupart des « rêveurs », se découvre enfant de Dieu dont l’image apparait dans une partie de sa poésie.

« Chaque pays fomente son Christ / Je me fais prophète pour t’annoncer /  Le vrai »

Mais, c’est surtout pendant les moments difficiles, moments où l’homme devient son propre destructeur que le poète interpelle le Christ devant l’acidité de la vie. Un exemple sur les malheurs de l’Afrique :

« Me voici Christ mes plaintes voilà / Mon peuple pleure son pain / Celui du Rwanda à mon sexe accroché »

De l’espace-Dieu où il se voit à travers l’image du Christ, notre poète se retrouve dans son adolescence, un segment de son destin marqué par la main sale de Satan. Ngoma Malanda, un enfant qui a voulu blaguer » avec l’irréparable comme tout adolescent qui, à un certain moment, peut péter un câble…  Un garçon qui se découvre idiot :

« Je me rappelle mes seize ans : « Je bus la coupe d’acide / La mort se refusa à moi qui l’ai traquée / L’acide prit un goût rêche / Je me rappelle bel idiot ».

Mais la mort qui refuse de l’embrasser ne quitte pas l‘inspiration du poète. Elle épouse parfois la souffrance féminine comme elle nous est livrée ici :

« Ce con que l’on tord / Chair que l’on zigouille / Le sang gicle / Les femmes se lamentent / Cette vie n’est plus vie »

La mort chez Ngoma Malanda dégage une autre réalité africaine dans le poème « Pleureuses de veillée » dont le titre met en abyme l’idée développée par l’auteur :

« O femmes pleureuses de nos veillées / Votre chœur écharde de mon cœur / Ce soir avec ma mère accompagne ses morts »

On voit comment le poète puise dans l’ancre de la mort pour nous ramener à la source de nos morts à nous qui ne sont jamais morts et que la gent féminine pleure pour accompagner le départ de ceux qui sont partis se reposer à Mpemba.

Le rêve dans cette poésie de Ngoma Malanda prend une autre dimension qui dégage implicitement dans le dédoublement de son moi intérieur. Comme la plupart des « rêveurs », il n’échappe pas à l’attirance d’un autre ailleurs, comme le signifie les deux dernières parties du recueil : « Vers l’exil » et « Sur les cendres de l’exil ». Et de cet exil, se dévoile l’image de la femme sur fond d’un érotisme qui se repend dans presque tous les textes des deux dernières parties du livre. À une amie, il clame :

« Ton désir plus grand que l’orgueil / Me laissait ployer à tes débiles fantaisies / Dans ta soif tu psalmodiais  / Je n’ai pas oublié ».

Ngoma Malanda va un peu plus loin dans le poème intitulé « Lueurs » par la nudité des mots qui s’égrènent  un à un dans ce poème qui invite au feu de l’amour. Le cœur de la femme ainsi que certaines de ses parties intimes deviennent lumière qui éclaire la sensibilité et les sensations de l’homme :

« Sur ton pubis je bâtis le mur de lamentations / Eponge ma faute sur tes reins / O ton nombril mon nombril scellent le nœud / De notre raison / Et nous sommes deux et le temps ».

Et cet érotisme déclaré, n’est pas loin de celui de son préfacier dans « Les Racines congolaises » :

« J’oublie, nous passions par le bois. /  Pour ne point sortir innocents, deux fois /  Nous avons écrasé l’amour contre nos poitrines / Plus de mille étincelles en jaillirent »

À une certaine Nicole qui l’a du « allumer », il déclare :

« La houle de l’amour use ton corps / Sur ton ventre le vent refuse tout désaccord »

Et ce regard teinté d’érotisme, est mis en valeur par des mots et expressions tels nombril, sexe, cul-bon-Dieu…qui reviennent dans plusieurs textes révélant implicitement l’obsession du poète pour le sexe, comme le sont en général tous les artistes.

Comme son préfacier, il est aussi gagné par l’image de la mer, mais d’une façon timide. Il est le « gardien du phare sur la mer » dans le poème « Le lait sale » :

« Mon gouffre plus profond que jamais / Me laisse pâmé sur la mer / Sans foi me voici soumis aux leurres marins »

et dans « Amertumes » :

« Nous avons la mer à choyer / Nous aurons d’autres rêves ».

« Rêves sur cendres » se définit par sa richesse poétique que l’on ne peut saisir comme un tout. Se découvrent plusieurs pans au niveau du signifié comme la part du rêve et de l’exil. Part du rêve et de l’exil qui porte en son sein l’eau, la femme, la mort, le bestiaire… Une foultitude de thèmes que Ngoma Malanda entraine avec lui comme des « rêves portatifs ». Aussi, devant ces rêves, le critique se voit obligé de faire un choix, parfois subjectif, pour taper dans le mille en ce qui concerne l’interprétation des textes. Car l’écriture du poète se révèle plurielle.

Et s’il faut conclure cette analyse de la poésie de Ngoma Malanda, tout est dit par son préfacier : « la beauté et la maturité du verbe de Ngoma Malanda nous indiquent qu’il ne s’agit pas de juvenilia. Il y fait preuve d’une bonne maîtrise de la langue ». « Rêves sur cendres », des vers à casser pour sucer leur substantifique moelle.

Et malgré la prédominance des narrateurs dans la littérature congolaise, les adeptes de Tchicaya U Tam’Si, Jean Baptiste Tati Loutard et Maxime Ndébéka ont aussi leur mot à dire. Et Ngoma Malanda a dit le sien.

 

(1)             Sauve-Gérard Ngoma Malanda, « Rêves sur cendres », Ed. L’Harmattan, Paris, décembre 2011, 10,50€

« L’Arbre aux mille feuilles » (1) de Zounga Bongolo : Matsouanisme et révolution au Congo

Classé dans : Non classé — 10 février, 2012 @ 2:19

Quand Alifax Salabange revient au pays sous l’initiative de son ami Samson Licouf et où il est nommé sous-préfet de Kinkala, il croit mettre ses compétences au service des larges masses populaires. Mais contre toute attente, il est surpris la méchanceté de la Révolution des 13,14 et 15 août 1963 qui broie ses propres fils. Il est accusé dans un complot imaginaire contre le pouvoir et tombe dans la politique politicienne en se mettant malgré lui aux services de la secte des matsouanismes appelés encore « corbeaux » qui combattent la Révolution. Torturé puis sauvé de justesse de la mort que veulent lui donner Mabouaka et Castro, deux sbires de la Défense civile, fer de lance de la Jeunesse du mouvement national de la Révolution (JMNR), il est pris en charge par les corbeaux de l’île du diable qui feront de lui le Corbeau-en-chef. Tous les malheurs d’Alifax proviennent de son ami Samson Licouf qui n’avait jamais accepté d’avoir été abandonné par Jolyverte pour tomber dans les bras d’Alifax. Celle-ci sera assassinée par vengeance. Mais après le bouleversement politique dans le pays où l’armée a maté certains éléments armés de la Révolution regroupés au sein de la Défense civile et après la débâcle de Licouf, Alifax est dans le milieu du nouveau pouvoir. Il retrouve ses enfants et une certaine Jaria qu’il avait agréablement connue au cours de ses mésaventures. « L’Arbre aux mille feuilles », un roman polyphonique où fiction et réalités sociopolitiques se battent, pour définir deux principales directions de la diégèse que déroule le récit.

Le matsouanisme : de l’anticolonialisme  la Révolution

Traitée presque par la majorité des écrivains du Pool (Makouta Mboukou, Guy Menga, Placide Nzala Backa…) la thématique du matsouanisme est reprise ici par Zounga Bongolo dans une dimension plus fictionnelle que réaliste. Aussi, il livre le côté métaphysique de ce mouvement messianique quand il le situe du côté de l’île du diable qui été toujours un mystère pour les populations des deux rives du fleuve. Et c’est sur l’île qu’Alifax commence ses premiers pas dans l’initiation qui lui donnera le titre de Corbeau-en-chef. Tout paraît mystérieux autour de cet endroit. Alifax y est emmené par les corbeaux infiltrés au sein de la JMNR. Pris par un sentiment de peur et d’inquiétude, Alifax n’a jamais été séduit par les sectes, d’où son comportement un peu oisif devant un certain Lembréta : « Alifax craint de discuter avec un fanatique. Les sectes religieuses ne l’ont jamais séduit. Les fréquenter signifie pour lui, activer les forces qui maintiennent l’homme dans l’inertie ». Mais malgré lui et pour avoir été sauvé de la mort par les matsouanistes, il est obligé de coopérer avec ces derniers. A travers ce roman, se révèle la force d’un mouvement de revendication des droits de l’homme qui a lutté contre le pouvoir colonial puis néocolonial représenté par le premier président congolais avant de braver la Révolution : « Nous sommes un peuple persécuté, redit Lambréta [le matsouaniste]. D’abord par les colons qui ont mené contre nous une hostilité larvée. Ensuite, par l’église catholique qui a mis sa main à la pâte en dressant ses fidèles contre nous. Enfin par Fulbert Youlou qui a décidé d’anéantir le mouvement par la déportation des fidèles à travers le pays ». Pour les matsouanistes, Alifax apparaît comme l’envoyé de Dieu après Matsoua pour remplacer Youlou embourbé dans la trahison. Même quand ce dernier sera chassé du pouvoir, ses successeurs se montrent impopulaires par les agissements de la Défense civile. Et quand celle-ci affronte l’armée républicaine, les matsouanismes jouent à l’équilibriste dans ce combat pour venger les leurs et Alifax qui ont subi la barbarie des éléments de la JMNR transformés en véritables épouvantails de la population.

Quand la Révolution dévore ses propres fils

La Révolution, dans sa méchanceté envers ses propres fils, est représentée par des hommes de paille tels Licouf, Mabouaka et Castro qui seront les bourreaux d’Alifax qui est étonné quand il découvre la véritable face de Licouf. Ce dernier, un prototype de cadre africain qui, malgré sa culture puisée au « pays des Blancs », se montre ridicule pour un problème de femme. Cynique, Il plonge son ami dans un coup d’Etat pour le torturer moralement et physiquement. Et dans la lutte des cadres pour le pouvoir, Samson Licouf va causer la mort de plusieurs de ses collègues rentrés d’Europe après lui, y compris Alifax : « [Albain] a été empoisonné au cours d’un banquet (…) Lucide Lissossi (…) a péri dans une catastrophe aérienne. Et le [prochain], c’est toi, Alifax Salabange ». Il s’en prend ensuite à Jolyverte, la femme de son ami au cours d’un rendez-vous dans un hôtel de Brazzaville en essayant d’abuser d’elle. Repoussé et fâché, il sera à l’origine de la mort de cette dernière. Quant à Mabouaka et Castro, ils forment le tandem de la mort au sein de la JMNR. Deux tortionnaires du camp Makala sans pitié qui donnent la mort avec plaisir. Alifax, accusé de matsouaniste, subira les foudres de Castro avant d’être « protégé » par Mabouaka qui le reconnaitra comme sous-préfet de Kinkala quand il sera emmené au camp Makala : « Mabouaka est la main du diable (…). Celui qui le voit est un homme mort ». Aussi, il n’est pas étonnant qu’ils précipitent Alifax dans le fleuve pour se débarrasser de lui. Heureusement que celui-ci sera sauvé de justesse par les corbeaux.

Ce récit riche en rebondissements décrit une partie de l’histoire du Congo avec des personnages qui reflètent des acteurs réels de la politique congolaise. Et la force de l’écriture de ce livre se situe au niveau de la belligérance entre la fiction et quelques bribes de la réalité de Brazzaville d’après août 1963, ville où les hommes et les femmes atteints de folie deviennent des héros pour braver les vices du pouvoir politique.

En guise de conclusion

Quatrième roman après « L’Enfant prodigue de Soweto », « Les Sorciers de l’île Tibau », et « Un Africain dans un iceberg », « L’Arbre aux mille feuilles » se situe dans la continuation de la verve de Zounga Bongolo que l’on peut considérer comme l’un des écrivains les plus féconds de sa génération. Avec ce roman, l’écriture de l’auteur fait écho à un autre grand nom du roman congolais, Dominique Mfouilou dont l’ensemble de l’œuvre reflète la révolution des 13,14 et 15 août 1963 avec tous ses paramètres.

 

(1)     Zounga Bongolo, « L’Arbre aux mille feuilles », éd. L’Harmattan, Coll. Ecrire l’Afrique, 2011, 193p. 19€

« Agonies en Françafrique » (1) de Dina Mahoungou : le romanesque congolais en mouvement

Classé dans : Non classé — 12 novembre, 2011 @ 9:43

Brazzaville, Paris et sa banlieue, Bruxelles, tels sont les espaces toponymiques dans lesquels se déroule l’histoire de la famille Matouba-Touba. Une histoire de la guerre de Brazzaville, de la vie tragique qui poursuit Yves Matouba-Touba en Europe. 

Après son séjour raté au pays, Yves Matouba-Touba revient à Paris où il retrouve sa femme Béatrice et ses trois enfants qui ont grandi sans lui. Dans Paris, il assiste impuissant à la déchéance de sa progéniture et cela malgré la bonne volonté de sa femme Béatrice dont l’amour maternelle envers ses enfants est sans reproche. En Yves Matouba-Touba, se résume la vie de sa femme marquée par la mort atroce de sa fille unique, esclave de la drogue, l’assassinat de sa belle-sœur Léonie, la mort de ses beaux-parents brûlés vifs pendant la guerre de Brazzaville. A cela, il faut ajouter la déperdition de ses jumeaux empêtrés dans les histoires de vol et de recel dans cette société cruelle de Paris qui va tour à tour les broyer avant de s’occuper du reste de la famille. « Agonies en Françafrique », un roman multidimensionnel avec une foultitude de thèmes et dont la mort apparait comme le personnage central. Ce livre, un roman qui épouse le style du polar et du fantastique qui pourrait définir l’auteur comme un laborantin du récit. 

Paris intramuros dans « Agonies en Françafrique » 

Si Brazzaville avec ses guerres de la décennie 90 apparait en analepse dans le récit, toute l’essentiel de l’action, de l’intrigue au dénouement, se passe dans Paris et sa banlieue dont l’auteur semble connaitre les coins et recoins de la vie mondaine africaine et asiatique. Paris et sa banlieue se dévoilent  tout au long du récit avec leur univers à multiples physionomies comme dans les quartiers chauds tels Belleville, les Tartarets et surtout le 18è. Et c’est dans ce Paris chaud que la fille de Matouba-Touba va succomber à la drogue : « Tous les après midi, elle s’asseyait à l’arrêt du bus 56 au Château-Rouge en direction de Clignancourt (…). Ensuite, elle tapinait au square Léon, derrière les massifs de St Bernard ou quelquefois à Louise de Marillac, le jardin du métro La Chapelle » (p.75). Dans ce Paris de Château-Rouge qui caractérise l’autre versant de la diaspora africaine, l’auteur est rattrapé par l’identité des sapeurs de son terroir mise en relief par des célébrités comme Djo Balard, Célestin Profa-Kiomba et bien d’autres : « Dans le restaurant exotique Tari-Kalar, Goma le môme, le grand Dobrin, les grands devanciers de la sape (…) dégustaient leurs plats avec dignité ». C’est encore dans ce Paris que plusieurs acteurs vont  tomber dans le piège de la mort qui est omniprésente dans le roman. 

« Agonies en Françafrique » : le récit de la mort 

Elle est partout sur tout le trajet événementiel du roman. Mais ici, comme chez Tati Loutard et Sony Labou Tansi, elle montre son caractère violent et horrible quand elle frappe ses victimes. De Brazzaville à Paris en passant par Bruxelles, elle « fait mal » aux lecteurs sensibles car elle se dévoile pure dure et crue. Dans la guerre de Brazzaville, les parents de Matouba-Touba sont brûlés vifs. À Paris, la jeune Nade qui a décapité son père, tombe dans la démence avant de se suicider en se faisant écraser par le train. Marquée par la « disparition » de sa progéniture et celle de son mari, Béatrice, dépossédée de son statut de mère, d’épouse et de femme heureuse et découvrant en elle un cancer en phase terminale, se suicide : « elle était complètement nase, elle expirait par son nez ensanglanté des vapeurs blanches (…). De son geste hagard, Béatrice plana dans l’air ». La mort chez Dina Mahoungou se veut horrible et atroce : « [Le Chinois] reçut un coup dans la tête venant d’un silencieux, ça tachait, c’était désagréable. Les fragments des os de la tête fracturée pendaient comme de la fiente d perroquet ». Et cette « façon de mourir » atroce et horrible fait écho à celle de Yves Matouba-Touba piégé dans un incendie : « Les poudres et les barriques explosèrent (…). Yves avait aussi explosé avec les barriques, anéanti avec soudaineté et violence, il était réduit en lambeaux ». 

Du réel à la caricature en passant par le polar et le fantastique : un style signé Dina Mahoungou 

À certains segments textuels, le roman se lit comme un polar tant au niveau du référentiel que celui du littéral. Aussi, la violence des situations décrites épouse celle du scriptural comme on peut le découvrir dans le segment narratif ci-après : « Entre ses yeux, un écoulement de sang, un liquide visqueux et noirâtre sortait du petit trou, livrant au passage de petites parcelles de chair finalement hachées ». Du fantastique, on peut se référer au personnage de Tapama Dienopo qui, avec sa flûte « magique » nous plonge dans le merveilleux. À cet instant le roman se lit comme un conte : « Mademoiselle Tapama Dienopo, tenant la flûte enchantée de sa main gauche, passant sur un nuage, regardait sur la terre et aspergeait de gouttelettes de pluie fine les petits gamins dissipés qui traînaient dans les ruelles de la cité de Djenné ». Quant à la caricature dans le récit, elle évoque des hommes politiques ayant réellement existé. Se dévoile à travers celle-ci une belligérance entre les dimensions référentielle et littérale qui donne une autre caractéristique au texte. L’auteur interpelle le lecteur dans un pleurer-rire congolais : « Le général de classe exceptionnelle, le parrain des zoulous (…). Le grand chaman (…) devenu  par le hasard des choses député Maire de la ville, le chef des ninjas. Enfin le sage professeur, l’émérite, le protecteur des cobras, un mandarin (…) qu’on appelait l’Académicien » 

Conclusion 

« Agonies en Françafrique » se définit comme une autre technique romanesque. Un roman dont le linéaire est agréablement saccadé et qui demande aux lecteurs d’appréhender, au fur et à mesure que s’étale la diégèse, la foultitude de thèmes qui s’y développent. Avec cet ouvrage, Dina Mahoungou s’éloigne des clichés des décennies littéraires passées pour un renouvellement du roman tant au niveau du référentiel que celui du littéral. 

 

(1) Dina Mahoungou, « Agonies en Françafrique », Ed. L’Harmattan, coll. Ecrire l’Afrique, Paris, 2011, 257p. 26 euros.

L’expression du métissage dans la littérature africaine (1) de Liss Kihindou

Classé dans : Non classé — 15 septembre, 2011 @ 10:00

PUBLICATION  L’expression du métissage dans la littérature africaine (1) de Liss Kihindou 

La critique littéraire s’affirme au Congo. Et cela vient une fois d’être prouvé par Liss Kihindou qui, après plusieurs critiques dans la presse et sur la Toile, vient de publier un ouvrage intéressant pour la relecture de quelques classiques francophones qui posent le problème du métissage sur fond d’une écriture « brûlée par les rayons des soleils des indépendances ».  Trois romans, L’Aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane, Le Lys de le Flamboyant d’Henri Lopes et Les Soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma sur lesquels se fonde une étude sur un sujet pertinent qui construit un pont entre trois livres et deux cultures, voilà la quintessence scientifique que nous propose Liss Kihindou. Le métissage dans la littérature, un thème révélateur dans le choc des cultures que nous révèle la littérature africaine d’après les indépendances. Rencontre du Blanc avec le Noir, rencontre des langues africaines avec le français sont étudiées sous l’angle culturel, ethnologique et linguistique ; une relecture de trois noms de la littérature africaine d’expression africaine. 

I.                    Métissage culturel 

Avec la rencontre de deux cultures dont la première (occidentale) domine la seconde (africaine), se réalise au niveau du continent « l’occidentalisation » dont parle Cheikh Hamidou Kane dans son ouvrage. Aussi Liss Kihindou nous rappelle ces propos d’un personnage de l’auteur : « L’école où je pousse nos enfants tuera en eux ce qu’aujourd’hui nous aimons et conservons avec soin, juste titre ». Aussi la métamorphose que subit l’Africain en contact de l’Occident est définie par le personnage de Samba Diallo qui se confronte à la loi de l’école occidentale. Il devient par la suite une sorte d’ « hybride culturel ». Et la situation de Samba Diallo fait écho à celle de Karim d’Ousmane Socé. Karim, une âme qui veut briser l’antagonisme qui existe entre modernité et tradition, antagonisme crée par le métissage culturel. À travers son étude, Liss Kihindou nous révèle que Samba Diallo et Karim nous « donnent » deux exemples de romans africains qui signifient le métissage culturel à travers leur voyage en ville, à la rencontre du milieu occidentalisé. 

II.                  La symbiose des populations blanche et noire 

Le roman le plus pertinent dans cette étude est Le Lys et le Flamboyant d’Henri Lopes car écrit par un métis qui met en scène quelques personnages métis. Et se révèle dans ce roman la difficulté de vivre son métissage. Comme le précise Liss Kihindou, « à cause du regard antipathique dont il est l’objet, le métis a du mal à concevoir son métissage comme un avantage ». En quête d’identité, le métis est souvent rejeté par les deux communautés (noire et blanche) dont il est issu malgré lui, d’où la création d’une autre communauté, celle des métis, souvent repliée sur elle-même. Une double identité se remarque chez les métis : il est Blanc pour les Noirs et Noir pour les Blancs. Devant ce rejet par les deux communautés, le métis se trouve confronté à un autre combat situé dans le choc de la communication langagière. Se crée alors un métissage communicationnel, d’où cette remarque de Liss Kihindou : « Le roman africain contemporain voit se développer une langue française où retentit la parole africain ». 

III.                Le métissage au niveau du langage 

La rencontre des cultures africaine et  française à travers l’école qui se fonde sur l’écriture comme un instrument du raconté. Avec l’école des Blancs, l’Africain passe de l’abstrait de l’oralité au contrait de l’écriture. Aussi, les langues africaines s’intègrent dans les textes écrits essentiellement en français. Et ce fait se développe dans la mesure où les écrivains africains se confrontent à moult difficultés pour traduire les réalités du terroir. Se pose le problème de la traduction des langues orales africaines en français de texte écrit. D’ailleurs Liss Kinhindou est plus explicite à ce sujet quand elle affirme que « la traduction est un exercice des plus délicats car il ne suffit pas de traduire le mot, il faut aussi pouvoir faire passer dans la langue de traduction l’esprit de la pansée, sa force, sa vitalité ». Ainsi, remarquons-nous l’intrusion des mots africains dans les textes des romans pris comme corpus d’analyse. Avec « l’oralisation » de l’écriture, comme on le constate dans Les Soleils des indépendances et Le Lys et le Flamboyant, se dégage dans ces textes l’affirmation du moi africain qui se retrouve à cheval entre l’oralité africaine et l’écrit français. On peut affirmer sans ambages que ce métissage langagier a donné naissance à des africanismes et néologismes qui caractérisent la littérature africaine d’expression française. 

Pour conclure 

 L’expression du métissage dans la littérature africaine, une analyse qui révèle la pertinence des langues africaines dans la littérature rendue en français. Et le métissage dont fait allusion Liss Kihindou est un phénomène de l’affirmation de la civilisation africaine longtemps négligée par l’Occident. Avec ces trois auteurs ayant vécu l’ère colonial et subi les soleils des indépendances, est née une écriture métissée qui s’est imposée au fil des jours dans la littérature dite francophone. Et le mérite de Liss Kihindou est d’avoir explicité cette richesse scripturale acceptée de nos jours dans la littérature de langue française, les dictionnaires modernes ayant reconnu certains africanismes, à l’instar de quelques particularités langagières d’autres pays francophones comme la Belgique et le Canada. Ce livre, un véritable document dans la recherche sur les littératures africaines.    

(1)             Liss Kihindou, L’expression du métissage dans la littérature africaine : Cheikh Hamidou Kane, Henri Lopes et Ahmadou Kourouma, L’Harmattan, coll. Ecrire l’Afrique, Paris, 2011, 92p. 11 euros.

Le nouveau roman de Noel KODIA-RAMATA sous le titre « Un Journaliste blanc sous le soleil de l’équateur »

Classé dans : Non classé — 4 septembre, 2011 @ 10:28

Enregistré dans : Non classé — 16 juin, 2011 @ 19:47

                                               347360076948652.jpg

D’emblée, la lecture du nouveau roman de NKR s’ouvre comme le souligne l’éditeur sur un reportage sur les Enfants de la rue en pleine contrée africaine traversée par l’équateur. Un feuilleton à rebondissement d’un journaliste blanc nommé Claude Alain appartenant à la RFI qui se trouve confronté à une tentative de coup d’état avorté. Durant son séjour, il découvre une autre version sociale du pays. Et aidé par une collègue journaliste, Galiana, l’homme finit par arracher une interview historique d’un chef de l’état dans son propre palais. Qui vient de s’extirper des mailles du danger et du pire aussi, tendus par l’indécrottable et assoiffé du pouvoir le capitaine Moléki Nzéla. Quelques jours avant les émeutes sanglantes en plein capitale Tournevilloise, nés de l’échec retentissant des Tigres Noirs Katamalaisiens face à l’éminente équipe de foot-ball Diables Rouges du Congo au stade de la Trinité. 

                                                     25706803628488.jpg

Les différents axes principaux 

De fond en comble, le récit palpitant de l’auteur s’article autour deux axes principaux  à savoir: le style et la méthode.  Un immense champ romanesque parcellisé par les multiples sujets. Un savoureux ouvrage qui recèle à la fois l’essai, le roman et le théâtre. Cet étonnant composite aux myriades de sujets qui touchent toutes les sphères du continent africain en profonde ébullition et mutation perpétuelle. Un autre style de genre dans l’écriture des œuvres littéraires Congolaises longtemps claquemurée dans le développement politico-social retondant. En brassant dans son roman, les différentes formes d’écriture possible l’auteur a mis en avant une nouvelle approche pour relater la réalité historico-sociale africaine et celle dite politico-environnementale. Mais cette innovation réside amplement  dans l’insertion des séquences sportives et scènes théâtrales…qui viennent ponctuer et colorer ce vaste assemblage de l’écriture des ouvrages littéraires. 

Du personnage central à d’autres, l’auteur enchaine dans la variété et la diversité des thèmes qui ramènent au point nodal du livre centré sur le reportage qui vire à l’impondérable et à l’imprévisibilité. C’est ce changement des tableaux synoptiques qui fait la richesse de l’ouvrage et la beauté de son contenu sublimé au fil des pages par le journaliste lui-même, la Star Galiana, le  président Koudia Koubanza,  l’incontournable Papa Wemba alias La Boule-à-zéro, le vieux Mabika, Monsieur Olivier Boulanger, la Mam’ Pangoula, ses enfants….. et les comédiens divers qui dans leur dialogue véridique donne une dimension politique, morale, humaine et spirituelle. Des passages édifiants qui drainent le lecteur dans les bords singuliers de l’auteur….ses autels de vision, ses citadelles de conviction et ses antres de croyances. Qui expriment ce que l’écrivain pense de l’Afrique d’aujourd’hui et celle qui vient. C’est suivant ce champ circonscrit que NKR fait parler son cœur et interroge son esprit et interpelle surtout notre conscience pour que le « Plus jamais ça » soit une digue infranchissable de l’indignité envahissante qui gangrène notre chère mère africaine. 

Voilà la trame principale du roman politico-social et historico-sportif et environnemental de l’écrivain congolais qui résume ses titres notoires : essayiste, romancier, poète et critique littéraire. En somme dans ce nouveau roman NKR n’a fait que ressortir ces fonctions pour formuler une pensée à Jean Hélène, grand reporter de RFI mort en terre africaine. Un vibrant hommage à lui et au difficile métier de journalisme dans sa globalité.

 Un style d’un autre genre littéraire 

Avec cette nouvelle aventure romanesque NKR nous amène dans les contrées lointaines et imaginaires de son monde coloré Africain. Une pure fiction littéraire que l’auteur nous concocte au menu dans ce fabuleux voyage au cœur d’une nation Katamalaisie. Ayant pour capitale Tourneville jouxtant le Congo-Zaire et le Congo. En pleine Afrique centrale. Un pays inexistant, inventé par l’écrivain congolais dans ses férues rêveries pour expliquer le lancinant phénomène des Enfants de la rue qui touche l’Afrique noire. « Les enfants de la rue, un groupe des bambins constitué en majorité d’orphelins….et les enfants sorciers…»page16. Explicitement, en créant ce nom de pays, ce romancier de l’imaginaire a mis en exergue la fonction référentielle des toponymes fictionnels. La topographie romanesque permet de comprendre la posture de l’écrivain dans la métaphore du voyage, dans la spatialisation qui conditionne la généricité et la topicité du texte.  

Un reportage d’un journaliste de RFI mené par un homme blanc « Moundelé» perdu dans le labyrinthe dans la capitale Tournevilloise en proie à cette irruption spontanée de cette furia des enfants délaissés, abandonnés….à la recherche d’un éclair d’espoir évincé par l’engloutissement et l’effondrement de leurs rêves de réussite et de bonheur brisé et calciné. Ces laissés pour compte que NKR décrit tristement comme des «enfants de la rue dont la mendicité et le vol à tire étaient leur dada »page19Ainsi « un journaliste blanc sous le soleil de l’équateur » un message de sensibilisation et de compréhension du problème de ces bambins encore appelés « Chégués et faseurs »page 27. Ces enfants victimes de l’atrocité des politiques et des dérives messianiques perpétrés par les églises de l’éveil qui cherchent à inventer un nouvel âge ou un nouveau paradis des âmes damnées et tronquées par un évangile de la haine et de l’exclusion. 

En pointant du doigt ce mal qui ronge la société africaine, l’auteur qui écrit « Plus rien ne marche. Plus rien n’est comme avant » page12, se situe dans le terrain d’un thérapeute et d’un éducateur pour montrer à tous, une porte de sortie de crise. Ou une ouverture solutionnaire pour endiguer ce fléau exorbitant. C’est un romancier moralisateur et un poète didactique soucieux du développement global de l’Afrique par ses écrits multiformes. 

A l’antipode du courant pamphlétaire indubitablement ancré dans la critique acerbe de la politique locale, NKR se positionne dans le champ référentiel littéraire qui amorce une disjonction dans le développement du roman congolais voire africain. En intégrant les éléments d’une écriture de l’essai, du roman et du théâtre. Un véritable essaim des ouvrages dans un seul ouvrage. Un jet miroitant de plume réussie. Comme pour marquer sa singularité dans la marque Congolaise de l’écriture des œuvres littéraires. C’est cette démarcation à la lumière du nouveau roman que l’auteur se différencie de la fratrie pour donner à cette famille de l’art majeur une autre coloration au visage pictural de la culture et patrimoine congolais. 

 Une méthode aux multiples sujets

A l’entrée de la frontière imaginaire, sa sève littéraire dans cet arbre romanesque Congolais, NKR se détache des lianes asservissantes politico-sociales pour s’expanser, s’élever et évoluer. Bien loin du champ libre de la culture universelle. Où le roman cesse d’être local, identitaire pour être uniquement monde, visionnaire et futuriste aussi. 

Loin d’être un ardent pourfendeur de la politique pour s’ériger en donneur de leçons, l’auteur conseille, guide et aide au développement dans ses analyses profondes des faits marquants et brûlants qui frappent l’Afrique. L’accent mis sur la politique, la société, l’économie, le sport et l’environnement est une illustration frappante d’un écrivain multiple, et exemplaire par sa critique de l’Afrique malade. Qui se guérira par ses propres maux reconnus et acceptés. « Le temps est le seul remède qui pourra cicatriser les blessures de la vie, de ta vie, de ma vie, de notre vie Faisons-nous confiance,…. ». page 84. L’auteur parle de l’amour pour panser ses plaies béantes d’hier. Il ajoute : « Nous devons écarter la main sale de la guerre interethnique pour nous reconstruire. Je t’en prie, mon cher Paolo ! Oublie ce passé. Et il finit par ce merveilleux message : « l’œil du futur nous fixe de son regard plein de promesses ». page 83. C’est l’écho de l’espoir que NR nous invite à caresser. « Ecrasons plutôt notre douleur et chassons la colère. Accrochons nous à l’espoir et l’espérance qui se dresse devant nous. Ni vengeance, ni revanche. La vie seule impose sa justice à l’humanité ». page.85 

Sous le fond d’un humour brillant, avec des mots Koongolais « mosutu, pini, mbao Kala,… » l’auteur, le fervent patriote nous a plongés dans l’enfance où les personnages hauts en couleur scintillent pour faire de ce roman une réussite. Ce haletant et épatant ouvrage qui coupe littéralement le souffle au fil de la lecture s’apparente quelque peu a un roman amical et d’amour déguisé. 

Il reste à la fermeture de ce livre ou fin de péripétie une extinguible soif de relecture….un bien étonnant voyage littéraire dont les contours donnent aux lecteurs avertis un message de vérité et de lumière aussi. « On meurt jamais d’amertume. Ressaisissons-nous pour nous accrocher à nos destins dont l’Eternel connait l’alpha et l’oméga». Page 86. Et le président Koudia Koubanza conclut : «les africains se réveilleront et s’uniront par la force de l’histoire pour créer une Afrique forte, dynamique et puissante… » .page 156. L’auteur boucle la boucle par un furtif baiser entre les deux amis et l’exil footballistique annoncé du prodige Chris en France. Et en exhortant la francophonie, ce vaste espace d’entente pour la sauvegarde des acquis et sa peur imminente qu’elle se transforme à la francofolie. 

Habitué à nous amener dans ses propres rivages si incommensurables, jaillissants et incendiaires des Enfants de la guerre, NKR en signant ce nouveau roman, il a écrit un de ses meilleurs livres qui fera date. Et nous dira, J’en suis persuadé, des belles histoires. Demain. 

Yves MAKODIA

« LE SORORAT » (1) de Dieudonné Nkounkou : Le référentiel brazzavillois au service du roman

Classé dans : Non classé — 20 avril, 2011 @ 9:29

Lorsque la jeune Bérengère arrive à Brazzaville après un long séjour à Paris où elle a eu l’occasion de rencontrer sa grande sœur Madeleine Baka-Kabadio venue en France pour des soins médicaux, elle ne sait pas qu’elle va tomber dans une vie surréaliste qui va l’emmener à la mort. Et cela va être déclenché par le cordon familial à la mort de son aînée Julienne. Les enfants laissés par cette dernière seront élevés par sa sœur Madeleine mariée à Armand-Blaise Ossélet. Un amour tendre et réciproque entre les deux malgré la stérilité de la femme. Un amour sincère qui a commencé depuis les bancs de l’école. Pour soigner sa stérilité, son mari l’envoie à Paris avec l’aide de son ami Atika, médecin à l’hôpital générale de Brazzaville. Et c’est à partir de ce séjour « médical » à Paris où elle est accueillie par sa petite sœur Bérengère que le récit va prendre un tournant qui va se fonder sur le triptyque Madeleine -  Ossélet – Bérengère.  Quand Madeleine attend un enfant après son traitement en France, le couple baigne dans le bonheur avec les triplés laissés par la défunte Julienne. Malheureusement Mado fait une fausse couche qui réveille « la sorcellerie à l’Africaine ». Le vieux Bamana, oncle maternel de la jeune femme, serait à l’origine de la fausse couche de cette dernière. Elle tombe de nouveau enceinte après la réparation de la dot par son mari qui a satisfait le vieux Bamana. Elle devient mère d’une paire de jumeaux. Bonheur dans le foyer où Ossélet devient père géniteur pour la première fois. Mais le bonheur n’est pas pour longtemps car Madame Ossélet meurt à la suite d’un accident cardiovasculaire. Et au même moment, arrive, par coïncidence, Bérengère à Brazzaville pour un retour qu’elle avait envisagé depuis longtemps. Quand la tradition et les coutumes du pays lui demandent de « remplacer » sa défunte sœur aux côtés du veuf pour élever les enfants laissés par cette dernière, Bérengère n’y croit pas.  Commence alors une autre page de son destin qui va évoluer en dents de scie. Malgré son éducation à l’Occidentale et se rappelant la parole de sa défunte sœur qui lui avait demandé de s’occuper de ses enfants au cas où elle ne serait plus de ce monde, Bérengère tombe dans le fatalisme de la tradition. Elle devient par le sororat la nouvelle femme d’Ossélet. Car il faut pérenniser la famille et élever les enfants laissés par Mado. Le nouveau foyer commence à construire un bonheur qui, malgré les deux conjoints, ne sera qu’un feu de paille. Bérengère est harcelée par son ancien copain de Paris, Gaétan Gossey qui lui déclare ouvertement son amour en voulant faire d’elle sa femme. Dans la maison conjugale, elle surprend son « mari » manifestant ouvertement son amour pour sa défunte femme. Bérengère ne peut accepter cette situation. Elle se croit ne pas être aimée par Ossélet. Et quand arrive Gaétan Gossey de Paris pour concrétiser son mariage coutumier avec la famille de Bérengère, cette dernière ne peut plus supporter d’être convoitée par deux hommes. Elle se donne la mort pour échapper à ce tumultueux destin. « Le sororat », un roman captivant qui livre plusieurs thèmes de réflexion qui méritent d’être mis en évidence. Quelques-uns paraissent pertinents. Roman et unité nationale  Le roman de Nkounkou nous livre un message qui devrait interpeller les Congolais. Un roman qui nous présente Brazzaville sur fond d’une diégèse qui va de la rue Kouyou du quartier Ouenzé  Mandzandza à la rue Ampère de Bacongo en passant par le centre-ville, un environnement qui ne connait pas les frontières du tribalisme. Aussi l’amitié entre Ossélet et Madeleine qui va se transformer en amour malgré le regard « régional » des parents et qui se concrétisera par la mariage interethnique, définit un point de l’unité nationale. Et c’est dans cette ville de Brazzaville des années 70 marquée par l’image emblématique du président Marien Ngouabi que Dieudonné Nkounkou dévoile sa connaissance du Congo profond avec ses réalités socioculturelles où la différence entre Nordistes et Sudistes apparaît comme une richesse nationale car s’appelant implicitement les uns les autres. Aussi Ossélet (le kouyou du Nord) et Madeleine (la kongo du Sud) vont mettre leurs familles devant un fait accompli : « Dès son arrivée au Congo [Ossélet] s’opposa bec et ongle à ses propres parents qui voulurent qu’il prît une jeune fille kouyou de son ethnie. Quant à Mado, sa famille lui fit pression pour qu’elle épouse un kongo, son ethnie. Ils sortirent vainqueurs de cette situation qui avait longtemps miné leur couple » (p.23). Et les rapports que vont développer le vieux Bamana, oncle de Mado, avec le patriarche Oléa-Ossié, oncle d’Ossélet, vont cimenter l’unité nationale tout au long du récit en dépit du destin tragique du couple. 


La mort dans « Le sororat »  A l’instar de Jean Baptiste Tati Loutard dont les œuvres ne peuvent se passer de l’instance de la mort, nous remarquons dans le roman de Dieudonné Nkoukou l’omniprésence de la mort. Julienne, à la mort de son mari  Baka-Kabadio, refuse d’être la femme de son beau-frère Bénazo par la coutume du lévirat. Celui-ci se sent « amoindri » quand Julienne refuse le lévirat et l’accuse de viol. Il se donne la mort pendant que celle qui l’a « refusé » lutte aussi contre la mort en donnant paradoxalement la vie à trois enfants : « Ne pouvant profiter de la femme de son frère, Bénazo avait mis fin à ses jours en se pendant dans les locaux du commissariat central de Brazzaville, alors que pendant ce temps, Julienne Baka-Kabadio (…) luttait contre la mort au moment où elle donnait naissance à des triplés » (p.100). La mort se révèle aussi dans l’accident qui emporte Back le grand dandy de Brazzaville. La mort, c’est aussi la double perte que connait Ossélet en un laps de temps : sa femme décède après un malaise cardiaque. Au moment où il pense retrouver le sens de la vie par le régime du sororat en prenant comme femme Bérengère, il est rattrapé par l’irréparable quand celle-ci se donne la mort, victime de la « maladie d’amour ». Et quand son ami Atika lui annonce la terrible nouvelle, il se retrouve sur le pont qui sépare la mort de la vie : « Le docteur Atika (…) s’avança devant son ami le visage ravagé par la douleur, la voix brisée -          Boss… Boss, elle est morte… Bérengère est morte.  Armand Blaise Ossélet poussa un énorme cri, manqua une marche, s’affala et perdit connaissance » (p.294). 

L’auteur du « Sororat » : un véritable Brazzavillois qui ne dit pas son nom  Ce livre est un roman des réalités brazzavilloises des années 70, des réalités qui dépassent la fiction. Un roman où la vie politique de l’époque avec ses réalités comme le Parti congolais de travail et son président sont mis en exergue. A certains moments, la distance entre l’auteur et son narrateur s’amenuise quand  la dimension référentielle efface la littérale pour révéler des réalités géographiques et sociales congolaises. Nous sommes géographiquement dans Brazzaville à travers le personnage de Bérengère : « Bérengère arpentait la rue Charles Foucault qui menait vers le rond point de la grande poste du centre-ville (…). Elle regarda du côté du cinéma Vog, sur l’avenue Lumumba (…). Elle traversa l’avenue pour aller vers la grande banque en pierre… » (p.191). Tout le roman de Nkounkou baigne dan le Congo profond où la tradition, le vivre-ensemble des ethnies et la politique trouve une place prépondérante dans l’histoire rapportée. De la politique, l’auteur ne s’empêche pas de mettre en exergue le président des années 70 par quelques anecdotes tirées du social congolais : « (…) Marien Ngouabi aimait faire enfourcher sa moto la nuit et visiter son peuple dans les lieux  de retrouvailles (nganda, bar-dancing) (…). C’était pour lui le meilleur baromètre de la vie politique congolaise » (pp. 196-197).  « Le sororat » : un roman multidimensionnel  On ne peut pas tout dire de ce livre qui apparaît comme un kaléidoscope du social congolais. Le roman de Nkounkou apparait comme une succession de clichés brazzavillois où la tradition et certaines coutumes sont relatées sans falsification. Le mariage interethnique entre les familles d’Ossélet et de Madeleine est une réalité qui écrit la belle page de l’unité nationale. Se révèle aussi la signification de la dot dans la société congolaise : pour éviter la sorcellerie qui serait à l’origine de la stérilité de sa femme, Ossélet est obligé de satisfaire les besoins du vieux Bamana. Pour préserver les liens familiaux, les deux familles se servent du sororat à la mort de Madeleine. Ecrit  dans un style clair et émotionnel quand le lecteur se retrouve confronté plusieurs fois à la mort tout au long du récit, « Le sororat » donne une autre dimension au roman congolais par son réalisme. Comme Tati Loutard des « Chroniques congolaises » et du « Masque de chacal », Dieudonné Nkounkou nous fait découvrir plusieurs « photos » de Brazzaville  (veillées mortuaires, ambiance musicale – qui pourrait intéresser le talentueux musicologue Clément Ossinondé – , phénomène de la sape) qui nous rappellent le Congo de la deuxième moitié du XXe siècle. 

(1)             Dieudonné Nkounkou, « Le sororat », éd. ICES, Paris, 2010, 206p. 

Littérature et chanson sur les deux rives du Congo

Classé dans : Non classé — 2 janvier, 2011 @ 9:24

  

On ne peut pas aborder ces deux entités culturelles sans faire allusion aux deux capitales les plus rapprochées du monde : Brazzaville et Kinshasa dont les pays vivent une même culture fondée essentiellement sur quelques langues communes telles le lingala et le kikongo et le français bien sûr, hérité l’un de la France et l’autre de la Belgique. Et il faut aussi rappeler que ces deux pays ont connu leur indépendance à la même année : le 30 juin 1960 pour la RDC et le 15 août de la même année pour le Congo-Brazzaville. Pour montrer que les deux Congo constituent du point de vue culture une même entité, on peut se référer à l’emblématique chanson « Indépendance Cha cha » chantée par l’orchestre African Jazz formé des musiciens des deux rives du fleuve. 

 

 

  La chanson que les linguistes qualifient de littérature orale existe en Afrique avant l’arrivée des Blancs chez nous. L’Africain est né chanteur. Il va même emmener la chanson avec lui au moment de la Traite négrière.

  A l’instar de la société française qui se moralise par le biais de ses écrivains et penseurs (le théâtre au XVIIè siècle avec des noms comme Molière et la philosophie des Lumières au XVIIIè avec des penseurs tels Voltaire, Rousseau, Montesquieu…), au Congo, ce sont les musiciens chanteurs qui vont moraliser la société à travers leurs œuvres, très souvent didactiques. Ici on peut citer des noms célèbres comme Franco, Kallé, Simaro, Essous, Pamelo…

  Mais avec la colonisation, les Congolais apprennent à parler, à lire et à écrire la langue du Blanc. Aussi, une certaine élite va passer de l’oral à l’écrit en publiant des livres.

 

 

Avec la colonisation, la langue française devient obligatoire dans le deux Congo (Congo-Belge et Congo-Français). Les Congolais, par le biais de l’école coloniale commencent à écrire en français et produisent des œuvres littéraires. Avant même les indépendances, deux noms se remarquent sur les deux rives du fleuve ; Lomani Tshibamba avec son roman Ngando au Congo-Belge et Jean Malonga de l’autre côté qui publie Cœur d’Aryenne et La légende de Mpfumu ma Mazono quelque temps après. Ces deux écrivains peuvent être considérés comme les pionniers de la littérature francophones sur les deux rives du fleuve. Et cette littérature  sera plus tard consolidée par  des noms célèbres : Valentin Mundimbé, Pius Ngandu Kashama, Mukala Kadima pour la RDC et Tchicaya U Tam’Si, Guy Menga, Sony Labou Tansi pour le Congo Brazzaville.

 

 

Des indépendances à nos jours, les littératures orale (la chanson) et écrite (le roman, le théâtre et la poésie) se fondent principalement sur le socioculturel des Congolais sans oublier quelques aspects politiques. Les musiciens chantent aussi les héros qui ont lutté contre la colonisation. Franco et Franklin Boukaka ont chanté Lumumba, Simon Kimbangou, André Matsoua. Mais compte tenu de l’évolution de la société au contact avec la colonisation et la néocolonisation, les thématiques seront plus révélatrices selon que nous sommes chez les musiciens ou chez les écrivains.

  Les musiciens chantent la politique pour glorifier les dirigeants même si ces derniers se comportent en dictateurs comme Mobutu au Zaïre. Ils sont en général derrière l’argent des hommes politiques. Mais la thématique principale des musiciens congolais se fonde principalement sur le triptyque « homme-femme-argent » avec tous les sentiments qu’il provoque (amour, jalousie, infidélité, déception sentimentale…). Et dans ce domaine, on peut citer Franco, Simaro-Lutumba, Essous et Pamelo pour ne citer que ces quelques noms comme étant des grands moralisateurs des sociétés des deux rives. 

 

  Les écrivains, quant à eux, se comportent comme la majorité de leurs confrères de l’époque. Ils écrivent aussi sur les « soleils des indépendances » Ils s’intéressent beaucoup à la politique. Romans anticoloniaux, romans fustigeant les dictateurs africains sont des ouvrages qui caractérisent la littérature congolaise des deux rives du fleuve. Et sur ce point, on peut se référer aux œuvres de Mundimbé, Ngandu Kashama, Mukala Kadima, Sony Labou Tansi, Emmanuel Dongala, Alain Mabanckou… Dans son roman Johny Chien méchant, Dongala nous fait revivre la guerre civile du Congo Brazzaville ; Mukala  Kadima dans son ouvrage intitulé La Chorale des mouches décrit la chute politique de Mobutu au Zaïre.

  On peut aussi remarquer que, des indépendances à nos jours,  la littérature et la chanson congolaises ont été influencées par les écrivains et artistes de l’Afrique de l’ouest dans le domaine culturel.

 

 

L’engagement politique au niveau de la littérature en Afrique centrale commence avec les œuvres de Mongo Béti qui s’attaque au colonialisme ayant pour support l’église catholique. Et ces romans tels Ville cruelle et Le pauvre Christ de Bomba peuvent être considérés comme des classiques dans la littérature engagée et engageante des années qui précèdent les indépendances. Aussi, cette lutte anticoloniale sera suivie plus tard par Kourouma avec ses fameux « Soleils des indépendances » qui essaient de revaloriser les coutumes et traditions africaines. Au niveau de l’engagement dans le domaine de l’écriture, l’Afrique a donné des grands noms comme Kourouma, Mongo Béti, Ferdinand Oyono, Sony Labou Tansi qui vont ridiculiser les pouvoirs néocoloniaux et dictatoriaux de leur pays. Malheureusement cet élan engagé et engageant en littérature ne fait pas écho à la chanson en Afrique centrale. Patriotique et moralisatrice au début des indépendances, la chanson en Afrique centrale devient plus mondaine que politique. Ici, c’est plutôt l’Afrique de l’Ouest qui associe littérature et chanson pour fustiger les pouvoirs politiques malades. Il faut rappeler que, depuis les indépendances, la chanson africaine a été aussi une arme dans le réveil des consciences. Elle a mis en relief les souffrances endurées pendant la colonisation et les dictatures qui se sont forgées sur le continent après les indépendances. Certains musiciens et écrivains se sont même expatriés de leur pays pour avoir braver des présidents dictateurs.

  Mais entre les musiciens de l’Afrique centrale et ceux de l’Afrique de l’Ouest, semble se creuser un fossé dans la conscientisation politique des larges masses populaires. Si dans l’histoire musicale des deux rives du Congo, Joseph Kabasélé a chanté « Indépendance Cha cha » et Franklin Boukaka la Révolution congolaise ainsi que les héros du continent dans les années 70, on remarque quelque temps après un vide dans la lutte politique, vide gagné par les danses tels le soukous, et le ndombolo. Des danses et chansons qui font l’apologie de la femme et même du sexe comme chez le célèbre musicien de la rive gauche du fleuve, j’ai cité Koffi Olomidé. A ce propos, on peut lire dans la presse congolaise  (magazine « Africa Info »), je cite : « Il est devenu un mode au Congo et surtout à Kinshasa auprès des artistes musiciens célèbres de chanter des bêtises, de vanter des exploits des actes sexuels et de mettre les supports discographiques à la portée des familles et des enfants » (1). Mais pendant que l’Afrique centrale danse et ne « s’occupe plus de la politique », les artistes musiciens de l’Afrique de l’ouest font danser en conscientisant politiquement leurs peuples. On peut remarquer la puissance des messages des artistes ivoiriens tels Alpha Blondy, Méwé et Tiken Jah Fakoly, des messages qui interpellent les hommes politiques et les larges masses populaires du continent. Alpha Blondy a chanté les journalistes en danger et Tiken Jah Fakoly, en chantant « Mon pays va mal » réveille la conscience de la jeunesse ivoirienne en situation de guerre. Et la jeunesse de toute l’Afrique pourrait transformer « Mon pays va mal » en « Mon continent va mal ». 

 

 

On peut dire que de l’indépendance à nos jours, le travail des écrivains et artistes musiciens congolais et africains est plus que nécessaire pour une véritable indépendance du continent. Ils doivent revaloriser leur culture et immortaliser leurs héros nationaux qui ont eu à sacrifier leur vie pour la libération du continent. 

 

 

 

 

 1 La chanson congolaise vers la pornographie in « Africa Info H.plus M. » n° 17 de mars 2010, p. 68 

 

Jean Baptiste Tati Loutard, deux après (In memoriam)

Classé dans : Non classé — 20 décembre, 2010 @ 5:58

A l’écoute de juillet 2009 Juillet, ventre d’un Quatre de couleur noire  Enseveli je suis dans le nœud gordien de 2009. 

Autour de moi le cri d’un cygne de mer menacé par un ornithologue  Nous n’avons pas pu repousser la main sale du désespoir 

Bonheur coupé par la lame de la mort 

Au détour d’un morceau d’une vie accomplie  Pays, mon pays le Congo dans la douleur, 

Tu verras toujours danser la mer du côté de Ngoyo ;  Il est immortel en moi dans l’écriture de « Mer et écriture ». 

Sur l’autre versant d’un soleil coupé du Kouilou,  Tchichellé chante le feu de brousse de Tchicaya 

En cette terre des Loango fertile en écriture. 

Tu as porté dans tes bras mes premiers vers  Au creux d’une poche de Bayardelle. 

Ta simplicité m’avait séduit  Indélébile tache que je porte en moi. 

Le temps de notre temps s’est accroché à moi 

On n’est jamais écrivain d’un seul livre  Un conseil sage que tu avais posé dans ma mémoire. 

Toujours j’écris, toujours je rêve, toujours je te lis,  Au cœur de notre Congo malade de littérature. 

Roi du lyrisme, tu es pour moi père spirituel.  Demain un autre jour pour nous car immortels sont les artistes. 

Premier roman de Matondo Kubu Turé : « Vous êtes bien de ce pays ? Un conte de fou » (1),

Classé dans : Non classé — 12 novembre, 2010 @ 8:45

 

 

Un roman qui sort des sentiers battus des textes narratifs congolais où les personnages vivent dans une société policée avec un vraisemblable qui rappelle le vécu sociopolitique de tous les jours. Avec le thème de la folie par l’intermédiaire du docteur Ma et son univers du Centre psychiatrique qu’il dirige, Matondo  Kubu Turé, nous rappelle la piste diégétique inauguré par Auguy Makey avec le personnage de Popolino dans « Francophole », « Sur les pas d’Emmanuel » et « Tiroir 45 ». 

 

Ancien étudiant en psychiatrie en France, Stanislas, que l’on appellera souvent par le docteur Ma, rentre au pays où il dirige un centre psychiatrique en vivant dans sa maison construite au bord du fleuve. Confronté à son ami d’enfance, le président  de la république dont la politique laisse à désirer, le docteur Ma subit les foudres des Tirailleurs du pouvoir. Après moult tractations avec le pouvoir, il sera tué en compagnie d’une malade avec qui il semblait partager l’amour. C’est dans la maison au bord du fleuve que l’irréparable se produit quand celle-ci est prise d’assaut par les hommes en armes du pouvoir. Et l’univers africain qui se révèle dans ce livre, annonce un continent « fou » politiquement. Aussi, ce roman de Matondo Kubu Turé apparaît comme une succession de portraits à travers lesquels se dégage une société africaine malade et qui parfois fait penser à quelques « morceaux » de l’histoire sociopolitique de son Congo natal. 

 

Le docteur Ma : un médecin pas comme les autres 

Etudes de psychiatrie à Nice où il se fait remarquer par ses professeurs. Il y travaille après son doctorat, fait aussi du théâtre et passe son agrégation avant de rentrer au pays. Et son passé va se refléter plus tard au pays dans sa confrontation avec le pouvoir, car dans sa jeunesse, « il avait mené tous les combats de sa vie. Il entra dans les jeunesses chrétiennes à dix ans, devint servant de messe et abandonna les fétiches de sa famille. Une décennie plus tard, il échoua dans les filières clandestines du communisme, se mit à lire Mao et à porter les tee-shirts à l’effigie du Che » (p.80). Ce passé troublant va ressurgir plus tard quand il est médecin dans son pays. Il écrit des lettres ouvertes au président de la république pour critiquer sa façon néfaste de gérer le pays. Ces critiques ne sont pas appréciées par ce dernier et ses Tirailleurs s’occuperont plus tard du docteur Ma. Dans l’exercice de son métier, il passe son temps entre le Domicile Loméka, un débit de boisson, le Centre psychiatrique, et sa maison située au bord du fleuve. Tout son univers dégage l’extra-ordinaire : sa « deux-chevaux » unique dans la Ville, ses infirmières  qu’il appelle bizarrement par La Noire, La Café-Au-lait, La Fauve, La Jaune et la Boule Ronde. En dehors de celles-ci qui font partie intégrante de sa vie de médecin, il est aussi marqué par cet « enfant du pays » dont la femme, malgré de longues et fructueuses études, s’est convertie en paysanne qui travaille ses champs d’ignames à Mati. Aussi, la disparition de son homme dérègle son mental. Elle se confie au docteur Ma pour être soignée. L’homme qu’elle aime a été fauché par les Tirailleurs du pouvoir. Cette femme qui devient Sa Folle, ne le quittera plus jusqu’au moment où le pouvoir aura raison sur eux : « Au matin, la vieille villa du docteur Ma, le psychiatre avait cessé de brûler (…) La disparition du docteur et Sa Folle allait défrayer la chronique toute l’année et même plus tard… » (pp.14-15). On constate aussi que le destin du docteur Ma tourne autour de la gente féminine. Il est aidé dans son travail par cinq infirmières qui se le « partagent ». La plupart de ses malades sont des femmes dont la plus marquante sera sa Folle. Pour l’atteindre, le pouvoir passe par des témoignages incongrus de femmes qu’il soigne et qu’il aurait violées. Accusations gratuites : « Ah oui, il m’a écarté les jambes (…) et puis il m’a caressé la cuisse droite, (…) » (p.170). Ce sont aussi les femmes qui vont défier le pouvoir pour essayer de le sauver des griffes des Tirailleurs. 

 

« Vous êtes de ce pays ? » ou le Congo sale décrié 

Même si la Ville du docteur ne porte pas de nom, même si le pays du président  Dominique Charles Nkumbi et son ami l’Archevêque Anatole n’est pas nommé, leur spatio-temporel fait un clin d’œil  au pays de l’auteur.  Et même si la fiction déborde dans tous les aspects, l’historicité du Congo s’y révèle par certaines réalités diachroniques que l’on ne peut contester. Des réalités « sales » qui interpellent l’homme afin qu’il change de comportement : « Cette année-là, on parla des Disparus du beach (…) Et dix petites filles du quartier Mukondo furent éventrées, le sexe mutilé (…). Le maire de l’arrondissement dix fut abattu à coups de kalachnikov par une patrouille militaire devant le marché de fruits et légumes » (p.36). Un peu plus loin, le lecteur averti tombe de nouveau dans les souvenirs congolais : « Dans ce pays sans nom, on avait déjà zigouillé un cardinal ! Trois présidents de la république… » (p.193).  Ce texte qui mêle  société et politique, plonge le lecteur dans l’univers congolais à travers l’instance linguistique mise en valeur par la présence des mots du terroir qui, sans cesse, reviennent dans le récit. Une « vraie » fiction avec certaines réalités sociopolitiques où des personnages chantent : « Pata pata eeh ! Sumba yayi eeeh ! eh! (…) Talu fioti (…) ikélé mboté eeeh! » (p.93). Mais ce regard romanesque du natal de l’auteur est plus près de nous à la page 48 qui rappelle un pan de l’histoire sociopolitique des années 60 à la fulgurante décennie 90 quand « le mur de Berlin s’écroule. Une centaine de partis politiques fébriles et ventriloques, formés à la querelle. La kalach réglait les débats. La guerre du tipoye. La guerre du sommeil du président. Les pillages. Les viols. Les massacres. Et toujours les disparitions… » (p.48).  Dans cet univers romanesque, le texte avance par superposition de clichés sociaux où toutes les catégories (hommes politiques, officiers, jeunes désoeuvrés, femmes) participent à la descente aux enfers du docteur Ma. 

 

« Vous êtes bien de ce pays ? », un roman de l’écriture 

Par sa spécificité et son original scriptural sur fond de la thématique de la psychiatrie, Matondo Kubu Turé ouvre une autre page du roman congolais. La dislocation de la narration à certains moments et la folie des mots et des personnages sont une sorte de mise en cause du roman traditionnel congolais fondé en majorité sur le réalisme primaire. Le texte de Matondo Kubu Turé se lit par fragments (peut-être se voile inconsciemment l’homme de théâtre qu’il est dans quelques méandres poétiques qui nous rappellent ses fameux « Visages noirs qui tuent » (2) : « Le soleil, pirogue volante du ciel, perçait la frondaison des arbres. Le crépuscule baragouinait une langue de murmures et de chuchotements » (p.61)  Et l’auteur amplifie le travail de poésie par la technique de la répétition et de la sonorité qui définit l’acidité sociopolitique du texte : « (…) des anges insolites, deux couleurs sans odeur, sans heurt, sans leurre (…) la nuit s’annonçait, une autre nuit. Il y a toujours une nuit dans la vie… » (p.74). Dans la technique de répétition, on remarque aussi le néologisme congolais « cent-cent » qui revient à plusieurs reprises dans le coulé narratif  (p. 59, 60, 70, 72…). 

 

En guise de conclusion 

Rares sont les romans congolais qui créent autant de personnages atypiques et périssables comme dans ce récit. Leur anonymat révèle des archétypes et symboles d’une société déréglée par la politique. Le destin du docteur Ma subit la loi dégradante de la dictature de son ami d’enfance devenu président de la république. Pour avoir écrit un « livre psychiatrique »,  Matondo Kubu Turé se révèle comme un poète « fou de l’écriture », un sociologue complet dans l’espace et  dans le temps de la nature humaine. Avec ce livre, le lecteur se retrouve dans  une incarnation psycho-mentale que lui rappellent l’homme dans ses états social, politique et l’écriture dans ses métamorphoses sociolinguistiques. 

 

 

Notes 

 (1) Matondo Kubu Turé, « Vous êtes bien de ce pays ? Un conte fou », Ed. L’Harmattan, Paris, 2009, 218 pages.

(2) « Ces visages noirs qui tuent », premier recueil de poèmes de l’auteur publié en 1978 aux éditions Saint-Germain-des-Prés, à Paris.