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L’Illuminé (1) de Cl. E. Ndalla (Graille) ou le roman politique d’un politique

Classé dans : Non classé — 12 août, 2016 @ 3:18

 

En se fondant sur les faits réels qui mettent en relief la politique de son pays, Claude-Ernest Ndalla dresse ici un tableau pathétique des relations politiques dans la sous région de l’Afrique centrale. Avec la mise en scène des figures politiques du Congo et celles des pays voisins qui existent réellement tels Sassou, Mobutu, Kabila, Kagamé…, il nous fait entrer dans un récit qui prend source dans les turbulences sociopolitiques de la décennie 90 en tout en revisitant le passé avec le phénoménal personnage du révérend-pasteur Ntoumi.

 La guerre civile de 1997 nous a fait découvrir le personnage du pasteur Ntoumi qualifié d’illuminé par l’auteur et qui sera l’un des principaux personnages  du récit. Aussi, la confrontation entre ce dernier et Sassou constitue la toile de fond de la diégèse où l’auteur nous réserve des surprises au niveau de son imaginaire. L’illuminé peut être classé parmi les romans des guerres du Congo et plus précisément celle de la région du Pool. La guerre de Brazzaville de juin 1997 atteint quelque temps après la région du Pool où se développe une résistance armée sous la direction d’un certain pasteur Ntoumi qui s’oppose à la pénétration de l’armée dans la région avec ses dérapages au sein de la population. Il y a confrontation entre l’armée et les résistants de Ntoumi avec mort d’homme dans les deux camps. Dans cette guerre qui semble intéresser les grandes puissances telles les Etats-Unis et la France, apparaissent le diplomate Malonga confronté au contre espionnage américain et aux trafiquants d’armes Mbani et Mabios qui aliment la rébellion de Ntoumi. Ce dernier, trahi par sa naïveté et sentant la guerre qui l’oppose à Sassou perdue, décide de rejoindre sa mère dans un monde  fantastique qui épouse la réalité du conte. Un monde où surgit le magico-mystique de sa mère qui ne pourrait rien faire contre la sentence qui profile à l’horizon.

 

Malonga dit Alonga-Anga, le Mbochi du Pool au cœur de la politique de l’Afrique centrale

 

Ce roman se veut le miroir d’une période politique du Congo. C’est à travers le personnage de Malonga, ce petit Kongo de Poto-Poto, originaire du Pool, que le récit fait transparaitre une réalité sociale, le tribalisme. Malonga ma Mouanga est né à Poto-Poto et parle parfaitement le lingala car tous ses amis étant du nord su pays. Et c’est par dérision que les gens de sa région ont transformé son nom en Alonga-Anga qui fait penser à ses amis Mbochis du Nord qui, malheureusement se méfient de lui. Devenu grand, il entre dans le monde du travail et devient diplomate, une fonction qui est souvent au service du politique. Dans l’exercice de ses fonctions, Malonga nous révèle les conflits politiques qui opposent en sourdine les Etats d’Afrique centrale tels les deux Congo, l’Angola et le Rwanda. L’histoire de la RD Congo qui met en relief la guerre des intérêts opposant Américains et Français avec assassinat de certains nationaux, nous est révélée par l’auteur. Et se profile à travers  ce récit l’image des personnalités politiques congolaises dont l’auteur semble connaitre l’histoire : « Avec le recours à l’authenticité (…) le Zaïre de Mobutu a pu atteindre à l’obligation de consoler la nation et son unité (…). Le fond nationaliste vient plus loin que Mobutu. Il vient de Patrice Emery Lumumba et de ses amis des années 60 » (pp.59-60). Une grande partie de l’histoire politique du pays de Lumumba se découvre à travers le diplomate Malonga. Il reçoit le conseiller politique de l’ambassade des Etats-Unis qui lui rappelle la politique marxiste de son pays qui, parait-il, collabore avec les Chinois pour déstabiliser  le pays voisin en fournissant des armes à Jean Pierre Bemba. Et la discussion des deux diplomates prend un tournant inquiétant quand l’Américain menace le Congolais. Pas question de déstabiliser un pays qui leur fournit des ressources minières importantes : « Les USA ont beaucoup investi dans ce pays, et nous ne tenons pas à nous laisser distraire, ni enlever le pain de la bouche » (p.25). Dans cette région où s’enchainent les conflits politico-militaires et où travaillent discrètement les services de renseignements américains et français, Malonga aura des ennuis avec le CIA. A cause de son anti-américanisme, il est prié de quitter son poste pour retourner à Brazzaville. Il rejoint ensuite son terroir où il va suivre l’actualité sociopolitique par l’intermédiaire des stations de radio. Abandonné par sa femme qui reste en ville et qui regrette  la vie à l’étranger et qui avait pris goût aux festivités mondaines de la vie diplomatique, Malonga se voit rattrapé par les réalités de l’impérialisme des grandes nations.

 

La guerre du Pool au service du roman

 

Comme le signifie l’Histoire, l’avènement de la démocratie pluraliste va marquer le Congo en général et le Pool en particulier, une région dont les populations ne se laissent pas faire, une région caractérisée par son courage à combattre l’injustice comme l’ont fait au siècle dernier les héros Matswa, Boueta Mbongo et autres. Mais avec les guerres civiles de la décennie 90, se découvre un pasteur rebelle nommé Ntoumi, ce personnage que l’auteur, dans son imaginaire romanesque, qualifie d’illuminé en lui donnant une autre dimension référentielle. Dans le domaine de la fiction qui accompagne les aventures de l’illuminé, il y a aussi les personnages de Mbani et Mabios, trafiquants d’armes qui nous mènent dans la région du Pool, fief du pasteur rebelle : « Tous les colis furent récupérés sur la route qui va du PK 45 à Goma Tsétsé » (p.106). A partir de ce trafic d’armes, se construit le personnage on ne peut plus énigmatique du pasteur rebelle. C’est un homme qui aurait assassiné un prêtre par jalousie, ce même homme d’église qui serait un agent des services de renseignements français. Au cours de cette rébellion, les populations du Pool, coupées de Brazzaville, sont victimes des actes inciviques des éléments du pasteur ainsi que ceux de la force publique à la recherche de l’illuminé. Mais tout va mal en pis. La confiscation des armes que lui auraient fait parvenir les trafiquants camerounais, l’arrestation de Bemba qui devait l’accueillir et le mouvement politico-religieux de son ami Muanda du Bas Congo en difficulté, constituent les raisons qui vont précipiter son retour au bercail.  A Brazzaville, il se confronte à des situations qui annoncent l’obscurité de son destin. Deux de ses meilleurs gardes  meurent dans des conditions énigmatiques. Un avertissement pour l’illuminé qui décide de partir chez ses amis les Camerounais pour changer un peu d’air en oubliant le dissident Ramsès et ses soldats : « Il partit donc au Cameroun (…). Notre homme oublia Ramsès et ses dissidents » (p.123).  Même loin du Pool dévasté, il est poursuivi par le mal qu’il a produit au cours de sa rébellion, car dans la nuit, lui arrivent des visions sur le Christ et ses adeptes de Saint Michel appelés Nsilulu. Pour sa sécurité, les Camerounais sont obligés de prolonger son séjour : « C’est un colis encombrant (…). Nous ne pouvons pas le renvoyer chez lui (…). En le gardant ici, nous rendrons service à tout le monde » (p.138). Mais pas pour longtemps car dans le dernier chapitre du livre, le narrateur ramène l’illuminé dans sa région où son retour fait polémique chez les rescapés de la guerre dont il fut à l’origine : « Après avoir gâché nos vies, le revoilà qui traumatise notre mémoire, dès que nous tentions d’oublier le passé » (p.141). Et la population de s’en prendre à Sassou qui aurait été incapable de maintenir l’ordre public en tant que commandant suprême des forces armées. L’illuminé décide alors de rejoindre sa mère qui préside quelques réunions magico-mystiques. Dans cette dernière partie du roman apparait le merveilleux et le fantastique car le texte épouse l’extraordinaire : la mère de l’illuminé est interpelée par des extra-terrestres qui voudraient l’emporter avec son fils sur leur planète pour y être jugé puisqu’elle n’a pas pu se débarrasser de ses mauvais penchants. Mais elle est réaliste car n’étant plus maitresse de ses pouvoirs, elle doute du projet des extraterrestres : « Nous emporteront-ils tous les deux ? Je ne sais pas (…) : nos pouvoirs mystiques et magiques n’existent plus » (p.149).

 

Y aurait-il un complot tacite entre Sassou et le rebelle Ntoumi l’illuminé dans cette tragédie du Pool ? Une question posée aux historiens que les romanciers essaient de mettre en exergue dans la fiction. Aussi, l’auteur qui est un homme politique congolais de la première heure, mélange réalité et fiction pour créer un texte qui pourrait conscientiser les Congolais à propos de la cohésion nationale. Il nous met sur la trajectoire folle du référentiel congolais qui nous permet de prendre le faux pour du vrai dans l’histoire du personnage de l’illuminé  faisant allusion à un certain pasteur-résistant Ntoumi de la forêt du Pool..

Une folle dans la cour du Roi de Raymond Loko

Classé dans : Non classé — 6 août, 2016 @ 6:17

 

Quand le jeune Congolais Ayessa arrive en Côte d’Ivoire pour ses études universitaires, il ne sait pas que son destin va s’arrêter à Abidjan où sera né post mortem son fils qui sera le fil conducteur de ce roman de Raymond Loko. Par un jeu de hasard, « Les découvertes », Ayessa alias Rudranath fait la connaissance de la jeune Aminata qui s’appelle Pouniath pour la circonstance, elle aussi étudiante à l’université d’Abidjan.  Un amour qui sera brisé par la mort inopinée du jeune Ayessa au cours d’une confrontation entre les étudiants ivoiriens et les forces de l’ordre : il est au mauvais moment et au mauvais endroit quand se déroulent ces malheureux événements. Et quand Aminata apprend la mort de son amoureux, elle tombe dans la démence avec le fruit de leur amour appelé Mongo. Aussi, commence l’histoire de la folle Aminata errant dans la ville d’Abidjan avant que l’enfant soit récupéré par deux hommes de bonne volonté appartenant à un organisme international. Accueilli dans un orphelinat aux Etats-Unis, puis adopté par un couple homosexuel, le jeune Mongo réussit brillamment dans ses études et sa vie professionnelle. Voulant connaitre ses origines, il se en Afrique en commençant par la Côte d’Ivoire, pays qui le dirige au Mali, le pays de sa mère qui a disparu de la circulation depuis une vingtaine d’années. Désarçonné, il continue sa route sur le Congo où il n’a pas de difficultés pour retrouver ses grands-parents. Commence  pour Mongo une autre vie au Congo qui va l’accepter sans problème. Il découvre le village de ses ancêtres et, contre toute attente, son grand-père, le roi des Mbayas âgé de 111 ans. Celui-ci le déclare comme son successeur après sa mort, comme le lui auraient annoncé les esprits. Initié aux sciences occultes, Mongo s’investit dans la politique de son pays avec une bonne image et devient le président, puis le roi du Congo. Il retrouve sa mère par l’intermédiaire de l’ambassadeur du Mali au Congo. Mais le destin fera qu’elle meurt dans ses bras, comme l’avait prédit son grand-père avant de mourir. Morte, Aminata s’avère protectrice du roi Mongo dans l’exercice de ses fonctions politiques. Une folle dans la cour du Roi, un roman où se reflètent quelques transpositions des réalités ivoiriennes  et congolaises.

 

Ayessa, le destin arrêté

 

Ce garçon timide et dont les questions d’intimité avec une femme est un casse-tête chinois, trouve le chemin de la vie amoureuse à travers le jeu « Les découvertes » qui précède la Saint-Valentin à l’université d’Abidjan où il est venu étudier. Les « découvertes », un jeu qui consiste à écrire à une personne inconnue, de sexe opposé, par l’intermédiaire d’un facteur. Et s’en suit une fête publique où les couples « valentins » se découvrent. C’est à cette occasion qu’Ayessa et Aminata se découvrent à travers le couple Rudranath / Pouniath, leurs noms imposés par l’anonymat des « Découvertes ». Aussi, commence une nouvelle vie pour les deux étudiants qui semblent s’aimer : « la chambre du campus d’Ayessa était devenue celle d’Aminata » (p.31). Cet amour se fortifie comme si les deux étudiants n’attendaient que la Sant-Valentin pour déclarer leur passion réciproque. Cet amour va leur permettre de donner naissance à un enfant qu’ils nomment Mongo Albert : « Tout doucement, la grossesse [d’Aminata] évoluait, atteignit sa maturité et elle accoucha d’un beau petit garçon (…) L’enfant qu’ils avaient nommé Mongo Albert, grandissait au bon gré de ses parents » (pp.36-37). Mais nul n’étant maître de leur avenir, les deux amoureux subissent la monstruosité du destin. Brillant étudiant et s’apprêtant à préparer son doctorat, Ayessa est victime des bavures de la politique africaine. Mêlé involontairement à une manifestation estudiantine consécutive à des troubles politiques qui est mâtée par les forces de l’ordre, Ayessa est atteint mortellement. Aussi, s’arrête tous les projets d’Ayessa et commence la descente aux enfers pour Aminata quand elle se confronte à la triste réalité de la mort du père de son enfant encore bébé : « Aminata était devenue folle pour voir perdu l’amour de sa vie. Un amour qui, pourtan, avait commencé comme une blague, mais qui avait eu la force de terrasser une vie en se détruisant comme une blague » (p.50).

 

Mongo ou l’incarnation d’Ayessa et Aminata

 

Avec le personnage de Mongo, incarnation d’Ayessa et d’Aminata, l’auteur nous fait rentrer dans l’univers congolais avec certaines références qui reflètent le social, le sociétal et la politique congolais. Retiré de sa maman malade,  par deux hommes de bonne volonté, il est  emmené aux Etats-Unis et accueilli dans un orphelinat. Et comme le signifie l’auteur, « seul le souvenir d’une grande complicité entre lui et sa mère était vivace en lui » (p.62). Il s’adonne à ses études pour réussir et aller à la recherche de sa maman. Bien encadré pour un couple homosexuel métis, il réussit dans ses études puis dans le monde professionnel car Président directeur général d’une entreprise. Mature, il commence à se poser des questions sur ses origines et découvre les traces de ses parents adoptifs : « Dans ses recherches, il put découvrir l’orphelinat qui l’avait accueilli dans ce continent. Aussi, dans les archives, retrouva-t-il les traces de deux Français (…) fonctionnaires aux Nations-Unis [qui] avaient séjourné aux Etats-Unis » (p.68). A partir de ce moment, le destin de Mongo prend une autre tournure. A la recherche de sa mère, il se rend en France à la recherche des deux Français qui détiendraient le secret de ses origines. Il apprend qu’il est orphelin de père congolais depuis son enfance et que sa mère, atteinte de démence, ne voulait pas se séparer de lui. Séjour en   Côte d’Ivoire puis au Mali où serait renvoyée sa mère depuis deux décennies et que l’on soupçonne morte. Direction Brazzaville à la recherche de ses grands-parents qu’il retrouve sans difficultés. Au Congo, sa vie prend une autre tournure. Il est accueilli par sa famille qui a la particularité d’être royale. S’intéressant à la politique, il finit par être président du Congo et hérite du royaume quand meurt le roi qui l’avait choisi personnellement. Malgré toutes les tribulations provoquées par ses adversaires politiques au sujet de sa mère qu’il a retrouvée grâce à l’aide de l’ambassadeur du Mali au Congo, il ne peut se séparer d’elle jusqu’à sa mort voulue par le destin : « La vie étant ainsi faite, le roi Mongo 1er se résigna à penser que cet événement n’était en réalité qu’une expression de Dieu souverain » (p.120). Et cette mort voulue par Dieu, va changer le cours du destin de Mongo 1er dans l’exercice de ses fonctions politiques : « Ainsi le roi passa une vie paisible après la mort de sa mère. On aurait dit que son esprit était sur lui et avait muselé ses opposants qui, peut-être, furent tranquilles, après avoir accompli la mission divine, celle d’envoyer Aminata à la place que Dieu lui voulait » (p.122).

 

LITTERATURE

 

Roman et politique dans Une folle dans la cour du Roi

 

Ce récit propose son côté didactique quand l’auteur caricature la politique africaine avec tout ce qu’elle a de dangerosité dans la vie des larges masses populaires. En Côte d’Ivoire, le jeune Ayessa est marqué par des événements politiques : il assiste à une marche des opposants : « Le pouvoir ayant interdit cette marche, ses organisateurs furent considérés comme des antirévolutionnaires ou des réactionnaires et devaient être traités comme tels » (p.42). Aussi, l’auteur ne s’empêche pas de fustiger la politique africaine : « Une opposition qui ne cherche que la destruction de ce que l’autre a bien fait n’est pas une bonne opposition (…) L’Afrique est pleine malheureusement de ces menteurs qui prennent la politique pour l’art de mentir » (p.43). Et c’est dans ce milieu malsain de la politique de son pays que Mongo 1er va affronter ses opposants. Ceux-ci lui tendront des pièges pour freiner sa carrière politique dans une société encore à la merci des superstitions comme le rappelle l’auteur : « Combien d’édifices n’a-t-on pas détruits dans nos pays sous prétexte que leurs auteurs, chefs d’Etat pour la plupart y auraient mis des fétiches pour dominer le peuple ? » (p.123).

 

Une folle dans la cour du Roi, un roman qui fait la symbiose du quotidien vécu et de l’imaginaire qui nous fait penser à l’Afrique. Particulièrement à la Côte d’Ivoire et au Congo, deux pays dont quelques événements sociopolitiques ont dû inspirer l’auteur qui nous donne le reflet du quotidien d’une Afrique en perspectives mutations.

 

 

(1), Raymond Loko, Une folle dans la cour du Roi, éd. Baudelaire, 2011 

Rêve d’ailleurs d’Huguette Massanga

Classé dans : Non classé — 9 septembre, 2015 @ 2:56

 

Le sujet sur la quête d’un ailleurs de merveilles que développe Huguette Nganga Massanga dans son deuxième roman Rêve d’ailleurs crée un pont entre l’Afrique et l’Europe. Tous les problèmes que pose le roman au niveau du rêve de bonheur en Occident, du paradis européen, se transforment en enfer quand l’immigré vit la dure réalité du pays d’accueil. Rêve d’ailleurs ! est l’histoire des mésaventures du jeune Ndombe qui tombe dans le désenchantement quand il se confronte aux vicissitudes du Sufisus, pays imaginaire occidental qui pourrait rappeler les réalités de certains pays européens.

Jeune diplômé sans emploi ayant exercé, malgré lui, le métier de contrôleur de bus à Ndjindji, une ville qui rappelle l’Afrique centrale du côté de l’océan Atlantique, Ndombe, comme la plupart des jeunes de sa génération, rêve d’une vie meilleur de l’autre côté de la Méditérannée. Après moult difficultés dans la préparation de son aventure, le héros obtient quand même le visa qui lui permet de voyager et cela, après stress et humiliations subies à l’ambassade du Sufisus. Aussi, quand il arrive à destination, commence alors pour lui la découverte de la véritable face cachée de la vie de l’immigré. De la demande d’asile au mariage avec une femme du Surfisus pour avoir enfin sa carte de séjour car menacé d’une reconduite à la frontière, Ndombe réalise que l’ailleurs tant rêvé n’a été que chimère et désillusion. Quand sa situation administrative est solutionnée, il revient en séjour à Ndjindji avec sa femme. Cette dernière est attirée par la richesse africaine que ne réalisent pas paradoxalement les jeunes du pays de Ndombe. Aussi, propose-t-elle de s’y installer avec son mari pour se lancer dans certains projets lucratifs. De retour en Europe, Ndombe végète toujours dans le chômage et  il est aux bons soins de sa femme, une réalité difficile à vivre pour Ndombe. Aussi, il faut trouver une solution, prendre une décision. Faut-il aller « chercher la vie » dans un autre pays européen comme le préconise l’homme ou retourner en Afrique pour y monter une attitude lucrative comme le préconise la femme ? Rêve d’ailleurs !, un roman où le héros Ndombe apparait dans un triptyque qui va du rêve à la désillusion en passant par le vécu de la dure réalité de la vie en Europe pour un immigré.

Panneau 1 : Le rêve d’un ailleurs de bonheur à tout prix

Dans un pays caractérisé par la montée des antivaleurs, les jeunes ne peuvent accepter l’ambition exagérée de l’homme politique qui pratique le régionalisme, le tribalisme et se sert de leur naïveté pour accéder au pouvoir. Aussi leur vient l’idée d’aller, par tous les moyens, vers l’el dorado tant rêvé ; et Ndombe de se demander : « Comment pouvons-nous rêver d’une république qui ne l’est que de nom, car en réalité elle est une clanarchie puisque gouverné chaque fois par un clan » (p.29). Et ce pouvoir clanique aura le dessus sur le héros qui pense aller vers d’autres ailleurs pour ne pas supporter l’injustice sociale. Le Sufisus, un ailleurs où, d’après les on-dit du pays, on devrait l’accueillir, lui donner un logement, du travail. Dans ce pays de merveilles, il aurait l’embarras du choix en ce qui concerne les femmes. Le Sufisus, un pays où il y a des institutions qui s’occupent de tout : « On est malade, il y a des assurances maladie (…) on a du mal à payer son loyer, oh ! on va voir les assistants sociaux » (p.50). Mais ce bonheur à tout prix vers lequel les jeunes veulent s’aventurer  se découvre dans les mensonges des immigrés en vacances au pays. Ces derniers ne révèlent jamais les « cauchemars » de l’Occident, attitude qui accentue le désir de partir au pays des merveilles. Arrivé en Europe, Ndombe va se confronter à cette triste réalité ; il est  interné dans un centre de demandeurs d’asile et sa vie devient aléatoire dans ce pays qu’on lui présentait comme un paradis. L’immigration devient pour le héros un chemin de non retour : « (…) Lorsqu’on arrive ici on ne peut plus rebrousser chemin. C’est rare de voir une personne qui (…) se trouve confrontée à des difficultés, décider de rentrer » (p.57). Mais ne rentrent au pays, malgré eux, que les malheureux tombés dans les filets des reconduites à la frontière.

Panneau 2 : Dure réalité de la vie en Europe

Commence alors une nouvelle vie pour Ndombe qui a quitté le foyer d’accueil pour demandeurs d’asile. Il a trouvé un appartement et du travail. Pendant ce temps, un avocat est chargé de s’occuper de son dossier de demandeur d’asile, un statut d’immigré difficile à assurer car n’étant jamais pris au sérieux par l’administration dans ses justifications de demandeur d’asile : « malgré tout ce que je raconte, ma peine, les dangers que j’encourrais si je rentrais dans mon pays, personne ne veut me croire » (p.74). Après trois ans d’attente, Ndombe se trouve confronté au mauvais sort de son destin quand son dossier de demandeur d’asile est rejeté ; il est sommé de rentrer dans son pays. Pris de dépit, le héros écarte toute idée de rentrer au bercail malgré sa situation d’immigré clandestin. La vie ne vaut pas d’être vécue dans son propre pays. : « (…) je ne pourrai pas rentrer chez moi, il n y a aucun avenir là-bas et en plus je suis en danger parce que je suis considéré comme un ancien milicien de l’armée rebelle de l’ancien président » (p.85). Devant sa position d’immigré clandestin, il se souvient du conseil à lui donné discrètement par conseiller personnel du service d’accueil des demandeurs d’asile : « il devait trouver une femme de ce pays et se marier au plus vite. Lorsque celui qui connait votre dossier par cœur vous dit de telles choses, il vaut mieux les prendre au sérieux et s’exécuter » (p.75). Et au fil des jours l’exécution de ce conseil ne tarde pas car Ndombe va s’intéresser à une certaine jeune femme nommée Blanche avec laquelle il va se marier. Bien que régularisé, il ne réalise pas le bonheur souhaité en Europe où le choc des cultures est manifeste dans son foyer.

Panneau 3 : Ndombe au cœur de la désillusion et du désenchantement

Désillusion et désenchantement commencent chez Ndombe avant même son mariage avec Blanche. Il subit les aléas du racisme quand, décidée de se marier avec son homme, Blanche décide de le présenter à ses parents qui malheureusement ne sont pas d’accord de son choix amoureux. Si les parents ne manifestent pas ouvertement leur antipathie envers Ndombe qu’ils ont bien accueilli chez eux, c’est surtout les habitants de leur village qui manifestent leur animosité vis-à-vis du couple : « La prochaine fois que j’oserai revenir dans leur village, c’est la police qui viendrait me raccompagner illico presto dans mon pays » (p.128). Vivant sous le même toit avec Blanche, Ndombe subit les affres  de la société occidentale : il est licencié de son travail à cause de sa situation administrative ( il était encore un sans- papier) et doit s’occuper des travaux ménagers. Il subit les caprices d’un petit chien laissé chez eux par une amie de Blanche partie en amoureux avec son petit copain, une situation qui le laisse pantois en découvrant la place confortable qu’occupent les animaux domestiques dans la société occidentale. Aussitôt marié officiellement, le couple décide d’aller passer leur lune de miel au pays de l’homme. Aussi la désillusion poursuit Ndombe quand Blanche, émerveillée par les éventuelles potentialités de l’Afrique, propose à son mari  de s’y installer. Aller chercher un mieux-vivre dans un autre pays européen ou aller s’installer en Afrique comme le voulait sa femme, un dilemme qui se dresse devant Ndombe aux prises de son destin devenu capricieux : « Notre décision reposait sur deux choses. Je voulais que nous partions dans un autre pays européen plus ouvert que celui-ci. Blanche voulait que nous allions nous installer dans mon pays pour y monter une activité lucrative » (p.172). Des deux intentions, quelle sera la bonne ? Suspens entretenu par le narrateur.

Avec le roman d’Huguette Nganga Massanga, le rêve de l’immigré qui était fondé sur la découverte d’un pays de cocagne,  devient chimérique chez Ndombe qui découvre le véritable visage de l’immigration. Du style, Rêve d’ailleurs ! évolue dans un croisement du discours (quand Ndombe raconte au présent sa propre histoire) avec le récit (quand l’histoire du héros est rapportée au passé par un narrateur extradiégétique). Cette façon de construire le texte donne une autre dimension au roman congolais. Rêve d’ailleurs ! apparait comme une révélation chez les auteures congolaises. Avec ce roman, Huguette Nganga Massanga s’approche indubitablement de ses aînés Emilie-Flore Faignond et Marie-Louise Abia dans la rigueur de l’écriture romanesque. Après son premier roman L’envers du décor accueilli favorablement par la critique de son pays avec le Prix Tchikounda de meilleur écrivain en 2010, elle confirme son talent avec Rêve d’ailleurs !, l’un des meilleurs romans sur la thématique de l’immigration des Africains en Europe.

 

« Elikia » d’Eveline Mankou

Classé dans : Non classé — 23 mai, 2015 @ 7:18

 

Deux récits qui évoluent en dents de scie. Une narratrice et un narrateur qui racontent à tour de rôle leurs aventures et mésaventures, tel est le macro-récit que développe le roman de l’écrivaine Eveline Mankou.

 

Miamona se présente comme une femme qui a été déçue en amour par un certain Kiessé qu’elle a aimé follement. Malheureusement celui-ci a épousé sa sœur, une situation que vit difficilement la pauvre Miamona. A son service, elle tombe dans les bras d’un Danois dans l’espoir de sortir du désespoir qu’elle a connu avec Kiessé.  Mais cet amour n’est qu’aléatoire, et c’est avec un compatriote parisien au nom de Seho qu’elle va essayer de construire son bonheur. Seho, un vieux Parisien que la femme va découvrir au fur et à mesure qu’ils vont cohabiter, particulièrement à Nice, la ville où vit Miamona.

Seho vit depuis plusieurs décennies à Paris dont il connait les principaux coins et recoins. Il a un penchant pour les femmes prostituées de Paris. Il connait presque tous les lieux de Paris où se pratique le plus vieux métier du monde. Il a des relations régulières avec une prostituée nigériane. Il pense qu’il lui faut une femme du pays, mais pas comme Miamona qu’il a rencontrée dans un restaurant de la gare du Nord et qu’il trouverait destabilisée et déséquilibrée. Et dans cette cohabitation entre Seho et Miamona que le lecteur découvre quelques réalités de la société congolaise de Paris où l’immigré est parfois confronté au choc des cultures.

 

Miamona : une Congolaise qui s’est occidentalisée

 

Toute sa nouvelle vision de femme métamorphosée par le séjour en France se manifeste au cours de sa vie amoureuse avec un compatriote qu’il rencontre à Paris. De retour chez elle à Nice, elle ne cesse de penser à cet homme qui lui « brûle » déjà le cœur. Celui-ci va se confronter à son comportement de femme occidentalisée au cours de leur cohabitation. L’attitude de Seho l’impressionne négativement. Réaction de la jeune femme : « [c’est]  un mâle qui n’offre ni roses ni champagne est d’office disqualifié. C’est vrai, au Congo il n y a pas de fleuristes ni de grandes caves ! Mais en France, pas d’excuses pour qu’un homme n’offre pas une bonne bouteille » (p.67). Miamona souhaite vivre l’amour romantique qu’elle aurait découvert dans la société occidentale mais qui ne trouve pas sa place dans le comportement de son homme façonné par ses rapports on ne peut plus directs avec les prostituées de Paris. Pendant que son homme se comporte en véritable Congolais malgré le temps passé en France, Miamona apparait comme une Africaine acculturée. Aux excursions en péniche et aux visites culturelles qu’elle adore, Seho, de son côté,  préfère les retrouvailles et réunions communautaires. Et Miamona de cogiter dans son for intérieur : « Comment allais-je donc trouver un compromis au-delà de nos différences qui semblaient creuser un énorme fossé entre nous ? » (p.69). Mais cette femme qui épouse la civilisation occidentale tout en niant certaines réalités congolaises se montre combative pour l’émancipation de la Congolaise dans le domaine sociopolitique. Sensible à la cause féministe, elle se rappelle la position de soumission des femmes au Congo qui sont à la merci des caprices des hommes, celles des bals populaires et des seconds bureaux. Aussi se souvient-elle des femmes intellectuelles qui ont changé la vie sociale et sociétale de la Congolaise  à l’époque du monopartisme : « Ces femmes étaient fières de leur rassemblement révolutionnaire. Elles étaient orgueilleuses, suffisantes (…) Elles se dandinaient auprès des hommes du parti politique d’antan, c’était du temps du monopartisme » (p.88). En France, Miamona va s’intéresser à un « mouvement de femmes pour les femmes » du Congo qui revendique et défend la cause féministe. Et Miamona de se rappeler qu’ « aucun organisme digne de ce nom n’existe aujourd’hui [au Congo] pour montrer du doigt, par exemple les problèmes de la polygamie ou de l’exploitation sexuelle des jeunes filles » (p.89). A travers le portrait de Miamona, le récit d’Eveline Mankou s’avère féministe car malgré l’acculturation de celle-ci, son penchant pour l’émancipation de la Congolaise dans l’univers sociopolitique est un élément qui vient rehausser sa personnalité.

 

Seho : un homme et trois femmes

 

La première femme qui marque sa vie d’homme est sa mère. Celle-ci a peur que son fils s’amourache d’une Blanche ou d’une immigrée : « [Ma mère] s’inquiétait. Elle avait une peur noire que je ne prenne pas une Noire à Paris. « Les Blanches manquent de pudeur » (p.31). Aussi lui trouve-t-elle une fiancée du pays, la belle Nsona qui le rejoindrait au moment opportun, après avoir réglé la dot coutumièrement : « Dans ces malles [qu’il envoyait  au pays] étaient scellés des cadeaux pour Nsona et sa famille. Nsona était la précieuse femme que ma mère m’avait choisie » (p.29). Malheureusement son mariage avec cette dernière ne va pas se concrétiser. Ayant cédé à la tentation de l’argent et du matériel, elle devient une des maîtresse d’un notable politique qui  pratique des rites démentiels avec sacrifices humains.  Nsona mourra mystérieusement, comme toutes les autres maîtresses du notable politique : « Ces jeunes femmes [du notable politique] (…) erraient longtemps puis succombaient plus tard soit chez elle, soit dans un endroit reculé. Nsona venait d’être la énième victime » (p. 132). Avec Miamona, se découvre la personnalité de Seho : un vieux Parisien qui n’a rien perdu de sa congolité. Il est souvent à Château rouge qui résume l’Afrique à Paris. En bon Congolais, il ne veut pas être influencé par la femme : « Je ne vais tout de même pas me soumettre à la volonté d’une femme. Je suis noir, je resterai noir. Je suis congolais un point c’est tout » (p.63). Et tout au long de leur cohabitation, Seho ira à l’encontre de certaines attitudes héritées de la culture des Blancs. Il n’est pas enclin à quelques pratiques mondaines, aussi le démontre-t-il en compagnie de Miamona : « Ce n’est pas mon truc de servir les femmes » (p.99).

 

Elikia-Espoir : une autre façon de mener un récit

 

En général le récit est raconté par un seul narrateur. Il rapporte l’histoire de l’intérieur (je) ou de l’extérieur (il). Avec Elikia-Espoir, nous avons deux narrateurs, (Miamona et Seho) qui nous révèlent leurs destins dans un récit qui évolue en chiasmes. Les aventures des deux principaux personnages s’appellent réciproquement tout en dévoilant d’autres personnages comme la maman de Seho, Nsona, le notable politique, les infirmières de la clinique où a accouché Miamona… Dans ce récit, l’auteure se voudrait peut-être originale au niveau du racontant tout en privilégiant le linéaire du récit qui permet au lecteur de suivre la logique de la trame événementielle de l’histoire racontée.

 

« La voix d’une femme qui espère » d’Alima Madina

Classé dans : Non classé — 23 mai, 2015 @ 7:10

 

 

Un recueil de cinq nouvelles qui, au cours de la lecture qu’il impose, révèle des situations où la femme apparait comme l’élément primordial au cœur des aventures rapportées. Dans ces textes, en dehors de « La pygmée heureuse » où l’héroïne est un être qui se satisfait de son destin, les femmes subissent en général les turpitudes de la vie provoquées par l’attitude rétrograde de l’homme.

 

Au cœur du sunnisme

 

Sur les cinq nouvelles que nous propose le livre d’Alima Madina,  trois font allusion aux rapports que la religion musulmane entretient avec les non musulmans. Dans « Les pleurs du harem », se dévoile la condition de la femme sunnite. Elle serait, d’après l’iman au cours d’un prêche, la propriété de l’homme. Mais les femmes se sentent touchées par l’iman qui aurait déformé la sainte parole au cours de son prêche : « Pour marquer leur désarroi, quelques femmes essuyaient leurs larmes. Les écervelées riaient. Les courageuses cherchaient le regard fuyant de l’iman » (p.24). Aussi, c’est l’héroïne Sayida qui devient le centre d’intérêt de cette deuxième nouvelle. Son comportement inquiète son père car ne voulant pas se marier avec un certain Saleh qui a déjà une épouse. Malheureusement son amour pour Abdoul n’est pas apprécié par sa tante. Pour cette dernière, c’est un amour de malédiction car le jeune homme est un chômeur : « Mais ignores-tu vraiment qu’il est impossible d’aimer un chômeur. C’est une malédiction (…). C’est un amour satanique qui ne s’appuiera que sur le banal » (p.32). Ces paroles s’avèrent prophétiques car cat amour sera sans issue. Abdoul abandonnera Sayida pour se lancer dans le vrai djihad dans le but de véhiculer le véritable message coranique. Et comme on ne peut aller à l’encontre des lois sunnites, Sayida, même n’ayant pas pu réussir à sa tentative de suicide, subira le châtiment des quatre-vingts coups de fouet en public, une réalité musulmane : « Dans le coma proche de la mort, Sayida reçut le premier coup de fouet de la punition » (p.36). Le thème de la religion musulmane se retrouve aussi dans  le troisième texte du recueil où une sunnite affronte les tribulations maritales. Loin de son Sahel natal, elle découvre le pays de son homme non musulman, un pays qui, malheureusement, subira les affres d’une guerre civile. Et comme son mariage avec son homme n’était pas apprécié par ses parents, l’héroïne regrette d’avoir désobéi à ces derniers : « Mon père n’avait donc pas tort de me dire sans avoir froid aux yeux que ce pays n’était pas stable » (p.44). Elle pense alors à Saïd Ismaël qui aurait pu être son homme dans une union qui respecterait la loi musulmane. Le sentiment de tristesse de la jeune femme est renforcé quand elle réalise la mort de son mari consécutive aux affrontements armés qu’a connus son pays d’adoption.  C’est dans les relations homme-femme que nous découvrons les souffrances d’une autre femme musulmane. Triste sort d’une fille sunnite bien éduquée qui deviendra une fille-mère après avoir été abandonnée enceinte par son amoureux Ted : « Toutes les démarches que Rama avait entreprises pour ramener à la raison l’amour de Ted s’étaient révélées vaines » (p.63). De cette aventure, naîtra un enfant que l’homme voudrait reconnaitre à dix huit ans. Et le lecteur de se retrouver dans un imbroglio : d’un côté Rama, une sunnite vexée et consciente d’avoir été abandonnée et d’avoir élevé seule son enfant, de l’autre un père irresponsable qui pense maintenant reconnaitre l’enfant.

 

L’amour maternel plus fort que tout

 

Ce thème est largement développé dans deux nouvelles qui révèlent deux attitudes maternelles qui mettent en relief les souffrances que peut éprouver une femme pour son enfant. Pour avoir mis au monde un enfant albinos, Lili est brusquement abandonnée par son mari et ses proches. Une expérience difficile et pénible pour la jeune femme. Aussi, le rêve de donner un bébé « normal » à son mari qui l’attendait  n’est pas réalisé. Ce qui serait leur premier bonheur devient un grand malheur qui va affecter le couple : « Mon mari et le beau bébé de nos rêves étaient ailleurs, (…). Tout était fini entre moi et lui. Mon bonheur de jeune mariée s’écroulait » (p.18). Quand on lui demande de se débarrasser de son enfant albinos, elle ne peut le faire, l’amour maternel étant plus fort que tout : « Non, je ne tuerai pas cette chair sortie de mes entrailles » (p.20). C’est avec philosophie qu’elle accepte la décision de son mari Gladys qui opte pour la séparation : « Je n’ai pas le choix. La vie de Néné [l’enfant albinos] me l’exige. Chez nous, une mère ne tue jamais son enfant » (p.21). L’amour maternel plus fort que tout se concrétise aussi chez Rama dans « Pardonne-moi, mon enfant ». Rama, une femme abandonnée enceinte par un homme sans scrupule qui décide de reconnaitre l’enfant quand celui-ci a atteint ses dix huit ans. L’amour maternel est tellement fort chez Rama qu’elle n’hésite pas à commettre l’irréparable si son ignoble Ted décidait de s’approcher de son enfant : « Oublie tout simplement mon enfant. Je te tuerai le jour où tu te rapprocheras de lui » (p.70). Mais le sang appelant le sang,  et malgré tout ce que fera Rama, son enfant finira par rencontrer son père. 

 

L’humanisme dans La voix d’une femme qui espère

 

Si la femme subit les méchancetés de l’homme comme cela se remarque à travers les personnages de Lili dans « Un albinos » et Rama dans « Pardonne-moi, mon enfant », elle est heureuse et chanceuse dans « La pygmée heureuse ». La fille du pygmée Aka baptisée Marie par Vauthier change de destin quand ce dernier, médecin de la localité, l’inscrit à l’école. Vauthier, un expatrié travaillant en Afrique, se remarque par son humanisme. Il sympathise avec Aka tout en offrant des produits de première nécessité comme les médicaments, le savon… avant d’inscrire sa fille à « l’école des Blancs ». L’humanisme de Vauthier fera de la jeune fille pygmée une femme instruite. Elle devient ensuite une aide-soignante au service de ses compatriotes et se révèle comme un pur produit de l’humanisme de Vauthier : « Elle administrait des médicaments et faisait des injections à côté de Vauthier (…) Marie était l’unique aide-soignante du dispensaire » (p.53). Aussi, le personnage de cet expatrié apparait comme une exception dans les relations Blanc-Noir qu’offre en général la littérature africaine.

 

Avec ces récits, Alima Madina fait découvrir une Afrique au carrefour de plusieurs cultures. On voit comment le sunnisme interpelle le destin de la femme qui se révèle comme la propriété de l’homme dans la religion musulmane. Cet homme qui, dans presque tous les textes, se caractérise par son antiféminisme qui atteint une beauté pathétique dans « Pardonne-moi, mon enfant », un beau texte qui montre que l’auteure est plus qu’une femme.

« Du premier jour à l’infini » de Kharine Yidika

Classé dans : Non classé — 23 mai, 2015 @ 6:56

 

Voici un roman qui met en relief deux destins atypiques à travers un bel amour entre Mélodie et Léandre, amour qui va jusqu’aux fiançailles avant d’être malheureusement brisé par le passé on ne peut plus « sombre »  de la fille.

 

Après leur rencontre au club d’apprentissage d’anglais, Mélodie et Léandre semblent s’attirer. Le jeune homme n’hésite pas à déclarer son amour pour celle qui lui plait énormément. Mélodie  se donne quand même au jeune homme tout en ayant peur de connaitre une autre déception après certains échecs amoureux dans le passé. Amour passion avec Léandre qui lui fait oublier les vicissitudes des amours ratés : « Mon amoureux m’apportait toute la joie que j’avais perdue avec mes déconvenues du passé » (p.49). Mais cet amour révélé aux parents des deux amoureux subit un couac quand Léandre, contre toute attente, abandonne Mélodie pour retomber dans les bras d’une certaine Joretta. Une fois de plus, Mélodie retombe dans la déception attribuée à son physique qu’elle trouve aléatoire. Quel désespoir pour la jeune femme au moment où son amour pour Léandre s’avère intense. Elle désire séjourner en France mais son rêve est brisé par le refus de visa. Aussi décide-t-elle d’approfondir ses connaissances en anglais pour un éventuel séjour aux Etats-Unis. Au cours du mariage traditionnel de sa sœur cadette, Léandre qui est présent au lieu de la cérémonie, tente d’amadouer Mélodie qui se montre inflexible mais qui ne peut résister au pardon du jeune homme. Bonheur retrouvé après ce pardon. Mélodie est même acceptée par sa future belle-mère Wali. Agréable séjour de la jeune femme chez son amoureux Léandre qui travaille à Pointe-Noire : « Difficile d’imaginer quels ingrédients secrets Dieu a mis dans le cœur de l’homme pour qu’il se sente heureux, aussi idiot, aussi fou quand il aime et quand il est aimé en retour » (p.106). Amour passion, amour fou qui fait rêver les deux amoureux : se marier et avoir un enfant. Mais ce rêve, tant cher à Mélodie, ne pourra se réaliser ; elle sera, une fois de plus, victime de son passé. Léandre et sa mère seront déçus quand Mélodie révélera sa situation  de fille mère avec deux jumelles de père inconnue issues d’un viol. A partir de ce moment la vie de la jeune femme se trace un autre destin. Elle a trouvé du travail et peut s’occuper de ses deux enfants. Celles-ci quittent l’orphelinat pour vivre avec leur mère. Son rêve de voyager pour les Etats-Unis va se réaliser car elle connaitra, par l’intermédiaire des réseaux sociaux,  un Américain avec qui elle aura de bons rapports. Du Premier Jour à l’Infini, un récit qui se fonde principalement sur deux personnages : Mélodie et Léandre.

 

Mélodie : une vie brisée par l’ingratitude du destin

 

Déjà adolescente, Mélodie se confronte à la fatalité de son destin. Au cours des tristes évènements que connait son pays, elle subit la violence dégradante des hommes en armes qui ont tué son père : « Une nuit (…) des mercenaires angolais nous ont poursuivis. Ils assassinèrent tous les hommes qu’ils avaient trouvés là, et ils emmenèrent les jeunes filles à la lisière de la forêt (…). J’ai été violée par trois mercenaires (…)  alors que j’étais encore vierge… De retour à Brazzaville,  ma grossesse était presque à terme. J’ai mis au monde deux petites filles » (p.137). Et  c’est après cette déclaration qu’elle subira la fatalité du destin qui l’avait mise au mauvais moment et au mauvais endroit pendant le drame d’un certain 18 décembre quand « tôt dans la matinée les armes crépitaient sans répit » (p.136). Fallait-il sacrifier son amour maternel pour ses enfants au dépens de son amour « conventionnel » pour l’homme qu’elle aimait et qui l’aimait ? Un dilemme qui va persécuter son mental car, à un certain moment, avant d’avouer sa situation de fille-mère à Léandre, elle sera curieusement suivie par un médecin psychiatre après la déclaration officielle des fiançailles des deux familles : « Depuis plusieurs semaines, je faisais des insomnies (…). J’écrivais trop et je faisais du souci quant à l’avenir de nos fiançailles » (p.122). L’amour de ses enfants étant plus fort que tout pour une mère, Mélodie « [s’était] débarrassée de tout ce qui pouvait lui rappeler un brin de souvenir de cet homme [qu’elle ne haïssait] pourtant pas » (p.166). Aussi, dans son nouvel appartement avec sa mère et sa sœur cadette Vinciane, elle réalise qu’ « il était temps d’oublier leurs peines et de fêter le retour des enfants à la maison » (p.168).

 

Léandre entre mère et fiancée

 

Ce garçon qui n’a pas connu un amour paternel convenable, sera à la merci des caprices féminins. Il quitte Joretta pour Mélodie qu’il abandonne quelque temps après. Il renoue avec Joretta. Il ne sera jamais un homme épanoui car, même adulte, il sera toujours le « bébé » de sa mère : « Elle faisait sa lessive, son lit, son repas. Elle lui chantait la berceuse chaque soir… » (p.55). Quand Léandre décide de se séparer de Mélodie « sans raison », celle-ci pense qu’il a été influencé par sa mère : « Qu’ai-je fait pour mériter ça ? C’est ta mère qui ne veut pas de moi n’est ce pas ? » (p.63). Ce qui semble faux car Wali acceptera ses fiançailles avec Léandre. Malgré son amour passion pour Mélodie, malgré tous les rêves qu’ils veulent réaliser, l’image de la mère possessive va de nouveau interpeler le destin de Léandre quand Mélodie lui révèle son douloureux passé. Wali n’acceptera jamais que son fils épouse une fille-mère. Léandre ne pourra pas aller à l’encontre de cette décision. Mais en amour, souvent à quelque chose, malheur est bon : le bonheur que Mélodie n’a pu concrétiser avec Léandre se réalise avec un Américain qu’elle connait à travers les réseaux sociaux : « Une relation sérieuse m’appelait sous d’autres cieux. Mon rêve américain était enfin en cours de réalisation » (p.169).

 

Fallait-il que Mélodie révèle à son fiancé le viol qu’elle avait subi au cours de son adolescence ? La vérité sur le viol subi par la jeune femme aurait-elle blessé et marqué un amour réciproque et prometteur ? Cette vérité serait-elle la cause de la déconvenue qui s’est abattue sur le destin des deux amoureux ? Des interrogations qui interpellent le lecteur et qui nous fait découvrir l’auteure Kharine Yidika dans une autre façon de traiter le thème de l’amour juvénile. Du style, Du Premier Jour à l’Infini épouse un chiasme (texte évoluant en dents de scie), le récit premier rapporté au passé par la narratrice est traversé à certains moments par le récit au présent et au futur défini par son journal intime.

Un yankee à Gamboma de Marius Nguié

Classé dans : Non classé — 23 mai, 2015 @ 6:42

 

Une histoire, la ville de Gamboma, deux héros, telle est la toile de fond que présente  Un yankee à Gamboma. Tout au long du récit, une amitié indélébile lie Nicolas, natif de Gamboma à son compatriote Benjamin alias Sous-off, originaire de Loudima du Sud Congo, venu à Gamboma dans l’exercice de son métier de militaire. Ce dernier, par l’intermédiaire de Nicolas, découvre les us et coutumes des Gangoulous (originaires de Gamboma). Un yankee à Gamboma,  un récit qui nous révèle aussi le Congo des années 90 où persistent encore tribalisme et sorcellerie. Benjamin le yankee est bien accueilli à Gamboma. Aussi la famille de Nicolas se voit protégée cet homme craint dans la ville et qui sera plus connu par le surnom de Sous-off. Dans ce Gamboma où se découvrent certaines réalités sociales et politiques, Nicolas devient une sorte de « traitre » pour ses amis. Son attachement à Sous-off n’est pas accepté. Il assiste impuissant à la mort d’un vieil homme brûlé vif. Celui-ci est accusé de sorcellerie car il aurait « mangé » son neveu. Et tout cela se passe devant Ngouelendélé père et fils qui sont présents dans les environs mais indifférents au drame. Dans cette ville, Sous-off connait quelques aventures amoureuses et est craint par la population jusqu’à ce jour où il sera humilié, au cours d’une bagarre, par un jeune de Gamboma. Commence alors sa démystification qui sera accentuée par la mort qui le surprend au cours d’une confrontation de la foule de Gamboma avec un groupe de militaires dont il fait partie. Un yankee à Gamboma, un récit qui annonce plusieurs directions thématiques dont trois semblent épouser les réalités congolaises.

 

Au plus près du référentiel politique congolais

 

Ce texte qui prend fondation sur la réalité sociopolitique des années 90, nous fait revivre une séquence politique qui a été marqué par les présidents Lissouba et Sassou Nguesso. Le héros Sous-off apparait comme un produit de leurs divergences politiques. Et ce dernier de déclarer en plein Gamboma : « Je suis un des miliciens du président Lissouba qu’on appelle Cocoyes. Je viens de Loudima où j’ai été formé par les Israéliens. Les Mbochis nous ont volé un quart de siècle (…) Quel homme oserait incarner un Nzabi dans ce pays ? » (pp.15-16). A travers cette déclaration de Sous-off, se révèle la période tumultueuse de la décennie 90 quand Lissouba, élu président de la république avait quelques contentieux politiques avec son prédécesseur. Aussi, cette confrontation entre ces eux hommes politiques prend, à un certain moment, une tournure militaire. Ce que démontre Sous-off quand il apprend à Nicolas et ses amis «  qu’ils étaient venus nombreux [à Gamboma] pour assurer la sécurité de la population, que depuis qu’on avait volé des armes à la caserne (…), le président Lissouba soupçonnait un Mbochi [Sassou Guesso] de préparer un coup d’Etat » (p.16). Dans son ensemble Un yankee à Gamboma peut se définir comme un roman réaliste que l’on peut ranger dans la fiction qui traite de la démocratie pluraliste au Congo. L’auteur n’invente rien sauf l’écriture car il se réfère au vécu quotidien ainsi qu’à la géographie de Gamboma : « Au loin j’aperçus le Nkéni qui coulait doucement vers le majestueux fleuve Congo. Quand j’arrivai vers l’école 31-juillet… » (p. 77). Mais c’est au niveau de la présence de certains grands ténors de la république que le récit trace son univers politique. Tout au long du coulé narratif, les figures comme Sassou Nguesso, Lissouba, Kolelas, Dzon,  Elo Dacy, Ngouelendele sont présentés dans leur fonction d’homme politique : « (…) j’aperçu Sous-off vers Soprogi en face de la maison que Mathias Dzon venait d’acheter et qui était devenu (…) son Etat major » (p.61).

 

Un yankee à Gamboma, un livre d’un jeune pour les jeunes

 

En dehors des hommes politiques et des parents de Nicolas et quelques adultes de Gamboma, le récit du jeune Marius Nguié met en relief la jeunesse de Gamboma. Nicolas est un jeune élève. Son amitié avec le jeune Benjamin alias Sous-off font de lui un traitre de sa bande formée par d’autres jeunes amis tels Martin, Fernand, Sylvain… Du côté de la jeunesse féminine, on peut citer Nadia la Miss Gamboma qui aura pour amant Sous-off avant que ce dernier, abandonné par cette dernière, s’amourache de la jeune Yasmine. La jeunesse dans Un yankee à Gamboma dénonce aussi quelques dépravations consécutives aux douloureux évènements de la décennie 90 comme le viol : « [Benjamin] avait étendu Karine sur l’herbe, l’avait mise à quatre pattes, puis lui avait mis son gros zizi dans le cul » (p.15). C’est au niveau de cette jeunesse marquée par la décennie 90, que l’on peut remarquer le tribalisme au Congo qui épouse souvent la politique. Pour Sous-off, « les Mbochis leur ont volé un quart de siècle » (p.15). Fernand n’apprécie pas l’amitié entre Nicolas et Benjamin parce que n’étant pas de la même tribu : « dès que je prononçais [le nom de Sous-off] (…) des amis (…) me prenaient pour un fou parce que je le fréquentais » (p.31). Mais Nicolas ne se laissera pas gagner par le tribalisme.

 

De la langue française au langagier congolais

 

S’il est un point qui caractérise Un yankee à Gamboma, c’est le travail langagier qui crée un point entre le français classique et le langage francisé du Congo en général et de Gamboma en particulier. Quelques exemples : « [A] l’élection de Miss Gamboma qui est sincèrement une affaire de bordèles. En français de Gamboma, une bordèle est une femme facile qu’on appelle aussi « cuisse légère » (p.40), « Elle me dit que Sous-off était performant, qu’il pouvait rester une heure et quart sur [sa copine Nadia] sans verser. En français de Gamboma, verser dans une femme, ça veut dire éjaculer » (p.47). Et ce genre de textes explicatifs apparait à tout moment quand le récit met en exergue le français congolais.

 

Un yankee à Gamboma, un texte qui se lit d’un trait qui lie les deux principaux héros. Nicolas raconte son histoire tout en présentant le séjour de son ami Sous-off à Gamboma. Aussi, l’auteur dans le mélange de deux narrations qui s’interpellent tout au long du récit, crée une nouvelle dynamique dans le roman congolais.

« De la bouche de ma mère » de Georges Mavouba-Sokate

Classé dans : Non classé — 6 octobre, 2014 @ 9:00

Le conte, un genre qui n’arrive pas à s’imposer dans le récit narratif au niveau des écrivains de la nouvelle génération où la nouvelle et le roman se taillent la part du lion. Mais avec De la bouche de ma mère, Georges Mavouba-Sokate nous replonge dans la tradition kongo. Aussi, entre ce dernier et les lecteurs, il y a les souvenirs des soirées passées avec sa mère qui n’ont jamais quitté son subconscient. En sept petits textes où se mêlent fantastique et merveilleux, Mavouba-Sokate nous invite au coin du feu du soir, dans la clarté vespérale, savourer l’imaginaire ancestral du terroir kongo.

 Du fantastique au merveilleux

L’homme, la femme et les astres, voilà les principaux éléments-personnages que l’on rencontre dans les contes de De la bouche de ma mère. Les enfants de nos jours voient briller le soleil le jour et admirer le cache-cache qui se joue entre la lune et les nuages pendant certaines nuits. Mais peuvent-ils imaginer que ces deux astres occupent une place mythique et légendaire dans la cosmogonie kongo ?   Le texte intitulé « La légende des deux luminaires » nous relate, à travers la « confrontation » de deux jumeaux dont l’appellation est N’Simba pour l’un et N’Zuzi pour l’autre, pourquoi l’univers  a un soleil et une lune. C’est au cours d’une baignade des deux jumeaux dans une rivière que se créé une mésentente entre les deux, quand N’Simba joue un sale tour à N’Zuzi. Aussi, la maturité sociale kongo se trouve résumée dans la réaction de N’Simba après le vilain geste vis-à-vis de N’Zuzi. Il se rattrape : « Ne trouves-tu pas que nous entretenons une vaine concurrence ? Nous serions pus utiles à la terre si nous nous partageons le temps(…). Moi, je travaillerai et présiderai aux hommes au lever, et je te laisserai présider au moment où ils iraient se coucher » (p.16). L’histoire du bûcheron N’Doantoni nous plonge dans le fantastique des fruits sauvages de la nature congolaise qui apparaissent comme des personnages vivants dans le quotidien du bûcheron. Et quel ne sera pas son désarroi quand il va être abandonné par la nymphe qu’il avait connue mystérieusement dans la forêt. Mais quelle ne sera pas sa surprise quand il passe outre le secret de son existence avec la nymphe. Celle-ci décide alors de regagner la forêt avec sa progéniture, abandonnant l’homme à lui-même : « C’est mon mari qui a divulgué la rumeur diffamatoire, pensait-elle. Il m’a trahie. Pourtant il avait prêté serment. Comment vivre dans un monde où il est difficile d’être environné d’un mur de confiance mutuelle ? » (p.24). Chez Mavouba-Sokate, le conte pourrait se définir comme une plongée dans la tradition kongo où certains « mystères » étaient tolérés pour moraliser la société. Dans « Le gendre », se développe le thème du mariage, une union sacrée qui demandait une abnégation de la part du prétendant. Ici, se remarquent le courage et la perspicacité d’un jeune homme qui arrive à défier son futur beau-père pour concrétiser un mariage dont tous les autres prétendants ont eu de peur du test imposé par ce dernier. Et l’heureux prétendant est  le courageux N’Dongala N’Goma avec un surnom kilométrique qui accentue le mystère du personnage : « Kountoukoua M’Poutoukouako Kountoukoua Kivoutoukanga Kounimako. Ce qui signifie : je ne reviens jamais à l’endroit d’où je suis parti, même quand on me rappelle et qu’on me prie ou m’ordonne d’y revenir quelque raison que ce soit. Comme la rivière qui ne remonte jamais à sa source, moi je ne reviens jamais à mon point de départ » (p.33). Dans De la bouche de ma mère, est mis en relief le côté moral de la tradition kongo que malheureusement, ne respectent pas certains jeunes comme on peut le remarquer dans « Le palmier des mânes ».  Pour avoir désobéi à son père Loukossi à qui l’esprit de son défunt oncle, a offert un palmier des mânes qui l’ont rendu riche, Dianzenza le fils de ce dernier commet l’irréparable. Sermonné par son père qui lui rappelle la loi inviolable et sacrée des mânes : « même [son] fils ne pourrait grimper et opérer sur l’arbre qu’en sa présence » (p.77), loi que Dianzenza a foulée aux pieds en récidivant. Le courroux des mânes va déraciner l’arbre providentiel, laissant Loukossi dans sa situation d’antan.

L’ignominie de la femme dans De la bouche de ma mère

En dehors de N’Kengué qui se présente comme une figurante dans « Le gendre », la femme est présentée par son côté on ne peut plus désobligeante dans « Les tradit-esthéticiennes », « N’Zombo l’unijambiste » et « La vierge, l’eunuque et le diable ». Jalousie poussée à outrance des amies de N’Dona qui n’acceptent pas sa beauté physique ; aussi vont-elles lui jouer un mauvais tour en attentant à sa vie. Dans « N’Zombo l’unijambiste », le héros principal est victime de la méchanceté de sa grand-mère. Dans « La vierge, l’eunuque et le diable », La belle Loukoula, par sa naïveté, refuse de se marier avec les jeunes hommes du village. Il tombe sous le charme d’un étranger, personnage mystérieux, qui sera à l’origine de sa mort. Et comme l’écrit l’auteur, « tout le village éclate en sanglots, maudissant le jour où cet étranger était venu conquérir le cœur chaste de la fille » (p.91).

De la bouche de ma mère, une série de textes qu’il faut absolument découvrir pour comprendre les tenants et les aboutissants du message de l’auteur. Georges Mavouba-Sokate, une bibliothèque vivante de la tradition kongo au service de la nouvelle génération distante des us et coutumes de nos ancêtres.

« La boue de Saint Pierre » (1) de Ralphanie Mwana Kongo

Classé dans : Non classé — 15 juillet, 2014 @ 12:45

« La boue de Saint-Pierre » présente Tangu, un pays imaginaire d’Afrique centrale qui pourrait nous rappeler des réalités sociopolitiques du Congo, du Cameroun, du Gabon, de la Centrafrique, de la RD Congo… Tanu nous offre-t-il réellement un univers dont les hommes et les femmes épouseraient le quotidien sociopolitique de la sous-région ? Réponse à cette question après lecture de ce premier roman de Ralphanie Mwana Kongo.

Cruel destin de Pélagie Tala, vie abîmée de son frère Gaspard par son ami de circonstance Ferdinand Moto et l’étrange ambition politique de ce dernier, voilà les axes principaux de l’univers romanesque de « La boue de Saint-Pierre ». Aussi, devant ce récit qui déroule plusieurs aventures, le lecteur se demande : Est-ce l’histoire de Pélagie qui endure le mal de sa famille ? Est-ce la vie énigmatique du sulfureux politicien Ferdinand Moto ? Est-ce l’histoire de la gent féminine dépravée ou se remarque l’infidélité de Louisa et la désinvolture de Mimi, la maîtresse de Ferdinand Moto ? Mais on remarque que les évènements tournent autour de Gaspard qui apparait comme le personnage principal et omniprésent dans le destin des autres.  Frère de Pélagie ayant réussi dans la couture après une vie difficile et pénible auprès de ses parents, il fait la connaissance du futur préfet Ferdinand Moto. Ce dernier va se servir de sa naïveté pour lui demander de confectionner le Mulélé-nfumu, un habit auquel on attribuerait une valeur mythique et mystique pour le président au pouvoir, mais qui sera le sien quand il va accéder curieusement à la magistrature suprême. Et l’argent et le sexe vont contribuer à son ascension politique, à la grande surprise de son ami Gaspard marqué par le monde politique où la fin justifie les moyens.

Pélagie et Pierrette, deux destins douloureux récompensés au dernier moment

Violée par son père et mère de deux « enfants sans père », avant de tomber dans les bras d’un certain Brice qui lui fait un autre enfant, Pélagie vit dans la précarité. Elle ne connait pas le bonheur conjugal avec Brice, un homme jaloux adepte du tabac et de l’alcool. Aussi, sera-t-elle obligée d’avorter quand elle tombe de nouveau enceinte, ne voulant plus avoir un deuxième gosse avec Brice. Sa timidité et sa passivité s’effacent brusquement quand elle perd l’un de ses deux fils élevés par sa mère. Elle affronte celle-ci jusqu’à lui porter main quand elle décide d’élever seule ses deux enfants qui lui restent et qu’elle aime énormément. Son frère qui a admiré son courage et son projet de confectionner des tricots, l’aide financièrement pour commencer une autre vie de bonheur loin des tracasseries de sa mère et de Brice le père de sa fille Léonide.

Le bonheur tardif apparaît aussi chez Pierrette, cette femme qui va élever seule son fils. Barthélemy Tengo, le géniteur de sa grossesse, n’avait pas reconnu son acte car étudiant à l’époque. Celui-ci, plusieurs années après une réussite sociale consécutive à son militantisme politique, fait revivre l’amour qu’il avait avec son amie d’enfance. Il reconnait son fils, demande pardon à Pierrette pour repartir sur des nouvelles bases : « Quand tu t’es retrouvée enceinte ; je n’ai pas pu prendre mes responsabilités (…). J’espère que tu me pardonnes (…). Je veux reconnaitre Zoizo [leur fils], t’épouser et commencer une nouvelle vie ailleurs. Tous les trois… » (p.153).

Des femmes, pas comme Pélagie et Pierrette

Si Pélagie et Pierrette n’ont pas connu le bonheur conjugal comme le souhaiterait toute jeune femme au début de sa vie sentimentale, il y a dans « La boue de Saint-Pierre » une catégorie de femmes qui jouissent de leur sexe. Louisa, la femme de Gaspard, se laisse séduire par le futur préfet Ferdinand Moto. Celui-ci profite du manque de tendresse de Gaspard envers son épouse pour assouvir son dessein. Séduite par le comportement agréable du futur préfet, Louisa connait l’amour romantique avec ce dernier : « Gaspard manquait de tact, il était dépourvu de romantisme (…) L’amour, Louisa l’avait toujours voulu fort, captivant, enivrant (…). Elle l’éprouvait avec Ferdinand. Quel homme exquis, plein de délicatesse et d’attention ! » (p.112). Des femmes, pas comme Pélagie et Pierrette, on les trouve dans le groupe de la maîtresse de Ferdinand. Ces femmes vont s’occuper de Gaspard à dessein. Par l’intermédiaire de Ferdinand, Gaspard devient un habitué du groupe de Mimi et commence à flirter avec la plus jolie femme du coin.  Mais quelle ne sera pas sa surprise et sa déception quand Louisa, trahie par Firmin son domestique, au cours d’une discussion houleuse, avouera son amour pour Ferdinand : « Est-ce que c’est vrai ? Il espérait qu’elle réfuterait tous les odieux mensonges, toutes ces viles accusations (…). Je l’aime (…). Pardonne-moi ! Ce furent les seuls mots de Louisa. Le couturier s’affaissa dans le grand canapé du salon, les mains sur la figure » (p.144). Commence alors la descente aux enfers de Gaspard car se sentant trahi et perdu, descente aux enfers qui sera accentuée par l’ambition politique de Ferdinand.

Pas d’empathie et de sentimentalisme en politique

La politique, synonyme de mensonge, de magouille et de tromperie en Afrique, se révèle dans ce roman à travers le personnage de Ferdinand Moto. Futur préfet et travaillant dans l’ombre pour renverser le président de la république, l’homme n’a aucune empathie envers les personnes auxquelles il s’attache par intérêt. Gaspard tombe dans le piège quand il fait la connaissance de la famille présidentielle dans l’exercice de son métier. Malgré sa réticence à confectionner le Mulélé-nfumu, il est séduit par le mensonge de Ferdinand qui sert d’intermédiaire entre lui et la présidence. Il lui propose une grosse fortune pour ce travail. Pour bien contrôler psychologiquement Gaspard, il l’entraîne vers la luxure et c’est le groupe des femmes de Mimi qui va s’occuper de Gaspard tout en le faisant cocu. Il profite des faiblesses sentimentales de ce dernier pour se comporter en véritable Don Juan devant Louisa : «(…) depuis que je t’ai vue, je n’arrive pas à te sortir de mes pensées (…). Une femme comme toi mérite d’être cajolée, choyée, idolâtrée tous les jours » (pp.94-96). Et c‘est ce qu’il fera au cours de leurs rencontres intimes. Ferdinand Moto, c’est l’homme politique sournois, sans scrupule et sans sentimentalisme quand il se prépare à renverse le président. Il joue un sale tour à Gaspard en vandalisant son atelier pour lui voler le Mulélé-nfumu qu’il a confectionné ainsi que l’argent versé pour l’acompte. Il découvre l’ignominie de Ferdinand quand il apprend qu’il a été cocufié par ce dernier, et surtout quand il se proclame nouveau président après son coup d’État réussi. Aussi, son sadisme se dévoile une fois de plus quand il s’en prend à la famille du président. A l’indignation de Constantine, l’épouse du président déchu, il n’hésite pas à répondre par la cruauté : « Fusillez-la ! C’était la chose qu’il se contenta de dire. Et le couple Bukuta fut exécuté ainsi que tous les autres membres de la famille présidentiels, présents ce matin au palais » (p.149).

Et la présence de la boue du côté de Saint-Pierre ?

Saint-Pierre, un quartier qui pourrait rappeler un coin de Brazzaville, Douala, Kinshasa… par la boue qui y cause beaucoup de dégâts. Cette boue dans laquelle ont grandi Pélagie et Pierrette et leurs progénitures. Cette boue qui tue la vieille Nganga dans un accident de circulation. Cette boue qui empêche les taxis d’emmener le corps du petit Dimi à la morgue. Cette boue qui repousse les personnes nanties des quartiers modernes comme Louisa : « [Elle] détestait ce quartier, sa misère noire et sa boue qui était l’image même des mœurs de ses résidents » (p.68). Et c’est cette même boue que le nouveau président promet de vaincre : « Seul un individu brillant pouvait gouverner le troupeau, le sortir de la boue et le ramener vers la lumière. Il [Ferdinand Moto] était le dirigeant qu’il fallait à ce peuple, lui, et pas un autre » (p.152). Arrivera-t-il à concrétiser cette promesse ? Scepticisme au sein du peuple de Saint-Pierre.

« La boue de Saint-Pierre » est bâti sur une structure qui traite plusieurs sujets à la fois en respectant l’aiguillage temporelle dans une narration où les ellipses aident les lecteurs de passer d’un destin à un autre sans difficulté aucune. Une des qualités qui caractérise le roman de Ralphanie Mwana Kongo. Ce livre ne nous ramène-t-il pas dans le quotidien de l’Afrique du XXIe siècle qui peine à se réveiller socialement et politiquement ?

 

(1) Ralphanie Mwana Kongo, « La boue de Saint-Pierre », éd. L’Harmattan, coll. Encres noires, 2012, 153p.

 

« Chronique d’un destin manqué » (1) de Jessy Loemba

Classé dans : Non classé — 30 juin, 2014 @ 10:50

Jessy E. Loemba

Jessy E. Loemba

Voici un roman dont le personnage central joue à cache-cache avec le lecteur, en épousant l’abstrait dans la position de narrateur, et le concret en tant qu’auteur. Un récit qui relate les souvenirs et les vicissitudes d’un jeune étudiant dont l’enfance a été marquée par l’image d’un père autoritaire. Un père qui voulait forger le destin de son enfant à son image. Hélas !

Au campus où il habite pour ses études supérieures, le héros reçoit un coup de fil qui lui annonce l’hospitalisation de son père. Et c’est à partir de la visite que lui rend son ami Pépé que le lecteur pourra suivre l’étrange destin du héros. Ayant fréquenté les églises de réveil depuis son adolescence, il devient un fervent prédicateur sur la place publique. Son père, non content de cela, va le rappeler à l’ordre. Au cours de sa longue causerie, le héros dévoile son enfance à Pépé, une enfance marquée par l’image d’un père autoritaire et exigeant car voulant la réussite de son enfant. Fils de parents non mariés, il ne connait pas la vie de famille. Il est d’abord élevé par les grands-parents maternels à Moussolo, qui ne serait autre que la ville de Pointe-Noire, avant de rejoindre son père. C’est à partir de ce moment que commencent les vraies contradictions entre le père et son fils, plus particulièrement au sujet de l’orientation scolaire et universitaire de ce dernier. Car les deux étant diamétralement opposés au niveau de leurs cursus scolaire et universitaire. Le père est un scientifique qui voudrait que son fils fasse des études scientifiques. Malheureusement pour lui, l’enfant, plus disposé aux études littéraires, ne pourra pas répondre favorablement à sa volonté. Blessé dans son amour propre par le fils qui n’a pas respecté ses vœux, Loemba père, homme viril et autoritaire, aura des relations conflictuelles avec son fils jusqu’à sa mort. Aussi, ce récit captivant avec un style on ne peut plus particulier, se présente comme un long monologue ponctué par quelques questions de son ami Pépé. S’y remarquent quelques problèmes qui gangrènent la société du héros narrateur.

Conflit entre le père et son fils : deux forces diamétralement opposées

Tout au long du récit, le héros se voit naturellement abandonné par son père qui, paradoxalement, est conscient de son avenir. Cet ingénieur formé en France voudrait que son fils soit le prolongement de sa personnalité. Il est obsédé par l’idée de le voir lui succéder comme ingénieur dans la société où il travaille. Mais le vœu du père ne sera pas concrétisé, peut-être pour n’avoir pas guidé les premiers pas de l’enfant. Car dès sa naissance, le héros ne connait pas l’amour paternel : « Mes parents n’étaient pas mariés et ne pouvaient par conséquent vivre sous le même toit (…). Mon père avait concédé mon élevage à ma mère » (p.40). Le héros ne connaitra pas « le bonheur des enfants qui sautaient au cou de leur père ». Son père lui fait peur à chacune de ses apparitions. Le garçon attiré par sa mère par l’effet du complexe d’Œdipe, va implicitement haïr son père pendant un certain moment. Aussi, après la prime enfance passée dans la maison des grands-parents maternels, l’enfant va quitter sa mère pour rejoindre son père. Commence alors à s’écrire une nouvelle page de son destin avec la présence physique du père qui va influencer ses études. Opposition de deux caractères : le père veut décider à la place de son fils au sujet de l’orientation scolaire de ce dernier qui devrait étudier les sciences comme lui. Mais ce sont plutôt les Lettres qui intéressent le jeune Loemba : « Mon père était loin de se douter que j’aurai un destin contraire au sien. Il croyait que je marcherais sur ses traces (…). Erreur ! La vérité, c’est que j’étais faible en sciences, surtout en mathématiques » (p.49). Dans les relations entre parents et enfants, les désaccords sont inévitables. Mais il y a une façon de les gérer. Ici, ils ont profondément affecté le héros car étant incompris par son père. Ce dernier ne comprend pas pourquoi son fils manifestait des faiblesses en sciences. Sa réussite universitaire se réalise au niveau des Lettres, malgré quelques embuches à lui dressées par le système scolaire et universitaire corrompu de son pays, le Makambo.

Quand le récit de Loemba devient agressif et dénonciateur

Du début à la fin, « Chronique d’un destin manqué » évolue en mettant en exergue un pan social de la République de Makambo, un pays imaginaire qui nous fait penser à un État d’Afrique centrale. L’école et l’université qui ont façonné le jeune Loemba se présentent à lui comme un univers d’ « antivaleurs » que développent paradoxalement le monde intellectuel. Le système éducatif du Makambo laisse à désirer. C’est un univers dans lequel les enseignants se comportent comme de véritables « bandits intellectuels ». Élevé au collège, le jeune Loemba va se désintéresser des mathématiques à cause du comportement désagréable d’un professeur en classe de 5ème : « Ce professeur (…) n’était pas du tout aimable. Il prenait un malin plaisir à terroriser de jeunes enfants, au lieu de leur faire aimer sa matière » (p.72). Aimant les livres, et plus particulièrement ceux qui traitent de la littérature et des sciences humaines, le héros trouvera son salut dans l’admission au bac littéraire qui lui ouvrira les portes de la faculté des Lettres puis de l’École normale supérieure de son pays. L’immoralité de certains professeurs qu’il avait remarquée dans le secondaire, fait de nouveau surface à l’université. Paresse, insolence, cupidité, affairisme, voilà quelques maux que dénonce le héros dans le milieu des enseignants : « Quiconque ne déboursait pas un sou, était menacé de ne pas obtenir la moyenne lors des devoirs et /ou des examens, quand bien même il aurait rendu une bonne copie » (p.82). Mais le héros s’aperçoit que sa réussite ne se trouve que dans le monde des Lettres où il y a encore de la personnalité au niveau des enseignants : « J’ai choisi un département (…) où les enseignants avaient encore de la dignité : le département de Philosophie » (p.84).Livre_J. Loemba

« Chronique d’un destin manqué », un récit réaliste ?

En se fondant sur une autobiographie où le narrateur et l’auteur se confondent dans certains segments narratifs, le récit de Loemba se veut plus réaliste que fictif. Même s’il se cache derrière un jeu de mots que l’on perçoit dans le coulé narratif (« Bras-habiles » pour « Brazzaville »), les faits rapportés interpellent la véracité de l’histoire du pays du narrateur-auteur. Les faits rapportés appartiennent à l’histoire vraie du pays du narrateur-auteur : « Je suis né (…) au lendemain du mouvement insurrectionnel du 5 février 1979 qui marqua un tournant décisif à l’expérience du Comité militaire du parti instauré dans mon pays à la suite de l’assassinat tragique le 18 mars 1977, d’une sommité, chantre du socialisme scientifique en Afrique » (p.37). Dans ce récit qui apparait comme une autobiographie car le narrateur se diluant dans l’auteur, le texte nous révèle l’enfance du héros qui se fonde sur des fais réels qu’aurait vécus l’auteur. Ce livre pourrait se définir comme une chronique d’une mésentente entre le narrateur et son père. Une chronique suivie immédiatement d’un poème, « Lettre à mon père », comme pour révéler à ce dernier, in memoriam, l’amour qu’il n’a pas su lui exprimer de son vivant.

Roman ? Récit ? Chronique ou témoignage autobiographique ? L’auteur et son éditeur ont choisi l’appellation de roman. Soit ! Mais le plaisir que nous offre ce texte par sa simplicité fondé sur un style clair et linéaire, nous fait penser au courant réaliste. A partir du vécu quotidien, l’auteur nous offre une belle « page de vie » d’une jeunesse africaine confrontée au conflit de générations et à certaines « antivaleurs » qu’entretiendraient encore quelques universitaires du continent.

(1) Jessy E. Loemba, « Chronique d’un destin manqué », éd. Publibook, Paris, 2011, 84p. 10,00€

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